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Critiques

Les émotions de Moune, Cécile Alix, Claire Frossard (par Myriam Bendhif-Syllas)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 30 Avril 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Jeunesse, Magnard

Les émotions de Moune, Magnard Jeunesse, mars 2019, 30 pages, 9,90 € . Ecrivain(s): Cécile Alix, Claire Frossard Edition: Magnard

 

 

Moune est une petite fille à la bouille ronde et aux cheveux roux bouclés. Comme tous les enfants, elle est amenée à vivre de nombreuses expériences qui provoquent en elle des émotions. Or, pour un tout-petit, l’émotion n’a pas de degrés, elle est. Pleine et entière, le submergeant parfois. La collection consacrée à Moune et à son copain Timéo, propose de parler de deux émotions contraires à travers deux histoires et de faire partager à l’enfant lecteur ses propres expériences, de mettre des mots sur des émotions et des situations qui l’auront marqué. La conception des albums s’accompagne d’une page consacrée à chacune des émotions abordées, précédant l’histoire, puis d’une double page dédiée à un jeu visant à accompagner ou à faire passer l’émotion éprouvée. Ces compléments sont l’œuvre de la psychopédagogue Florence Millot, spécialisée en communication bienveillante en famille et en gestion des émotions.

Une prière à la mer, Khaled Hosseini (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Lundi, 29 Avril 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits, Arts, Albin Michel

Une prière à la mer, septembre 2018, ill. Dam Williams, 48 pages, 12 € . Ecrivain(s): Khaled Hosseini Edition: Albin Michel

 

Hommage aux migrants morts en mer

Un père syrien quitte son pays à bord d’une barque, portant son enfant Marwan dans les bras. Le père soliloque. D’une part, il évoque les beaux souvenirs de Homs : la ferme, les souks et ruelles animés, les gens chaleureux de différentes religions… La ville était un paradis.

« Si seulement tu avais de Homs le même souvenir que moi, Marwan. Dans les rues animées de la vieille ville, il y avait une mosquée pour nous autres musulmans, une église pour nos voisins chrétiens, ainsi qu’un vaste souk ou nous nous mêlions tous afin de marchander des pendentifs en or, des produits frais et des robes de mariée ».

D’autre part, il évoque les images noires dues le la guerre : les bombardements, les décombres, le sang… La ville devient un enfer. Ainsi, le père choisit la mer pour fuir la guerre et trouver un foyer ailleurs.

Ce lointain de silence, Jean-Louis Bernard (par André Sagne)

Ecrit par André Sagne , le Lundi, 29 Avril 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Encres vives

Ce lointain de silence, octobre 2018, 16 pages, 6,10 € . Ecrivain(s): Jean-Louis Bernard Edition: Encres vives

 

Le nouveau recueil de Jean-Louis Bernard se déploie comme sur un fil tendu dans l’espace, un fil de silence considéré à son horizon, comme projeté à son « lointain ». Fil suspendu entre un point de départ et un point d’arrivée si l’on veut les appeler ainsi, entre les deux premiers poèmes et le dernier. Parti d’une sorte de bilan, d’un constat (au temps de « nos stridences », nous n’avons rien fait pour prévenir « l’arche de solitude »), comme un regret des occasions manquées et qui « fixe » la situation du poète lui-même (« à terre perdue / je compte les collines »), le recueil aboutit dans son dernier poème à une sérénité nouvelle, une forme d’apaisement : un autre silence s’ouvre alors, un « silence des mots / échappés de leur cage », où « la parole s’absente ». Un passage du « silence diluvien à recoudre » au « silence étiré », jusqu’à ce point d’aboutissement que constitue l’amnésie, qui se fait au prix d’une tension, d’une évolution en tout cas, peut-être d’une transformation.

Poésie sur Place, Christian Prigent (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 29 Avril 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie

Poésie sur Place, Presses du réel, coll. Al Dante, mars 2019, 112 pages, 18 € . Ecrivain(s): Christian Prigent

 

En un nécessaire transfuge de la « matière » où un glissement a lieu loin des mots poussiéreux, Christian Prigent ose soudainement et volontairement les vocables salis, baveux, merdeux au besoin. Le lecteur ou auditeur (puisque le livre est accompagné d’un CD) est pris de panique dans cette montagne de mots, ne capitalise plus rien.

L’auteur se laisse aller au pur plaisir d’un corpus qui ne répond pas à la simple curiosité du visible, du lisible, mais au désir de voir ce qui est absence, manque, ombre, voir non seulement le souffle mais la défécation comme il le rappelle dans un des textes : L’écrit, le caca, tiré de sa revue TXT n°10.

L’énumération, la répétition, la scansion ouvrent à une danse qui fait sauter les verrous du monde et du corps. Lire ou entendre n’est plus saisir, appréhender, c’est se laisser envahir par un flux auquel le poète donne « corps » pour offrir au « spectrateur » un état d’éveil au moment où la matière verbale devient ce que Beckett nomma du beau nom de « foirades »…

La Tentation de saint Antoine, Gustave Flaubert (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 19 Avril 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Folio (Gallimard), Contes, Cette semaine

La Tentation de saint Antoine, 352 pages, 6,80 € . Ecrivain(s): Gustave Flaubert Edition: Folio (Gallimard)

Que faire face à la tentation ? Oscar Wilde ne tergiversait pas : « Le seul moyen de se délivrer d’une tentation est d’y céder… ». Au risque de sombrer dans l’excès et le chaos : orgie de chocolat, meurtre du voisin bruyant, viol de l’hôtesse d’accueil, ingénue vénusté exposée à la prédation masculine… Prudent, Antoine le Grand dit saint Antoine (251-356) a préféré se retirer dans le désert égyptien, loin des tentations, loin des objets de son désir, obscur et pernicieux. Gustave Flaubert (1821-1880) retrace à sa manière son anachorèse tourmentée par l’aiguillon du diable.

Comme le suggérait Cioran, « je suis un Sahara rongé de voluptés », l’érémitisme n’est pas une sinécure, un ciel sans nuées. Antoine endure la solitude, l’ennui, l’inanition. Il plie sous le poids de l’acédie, cette affection spirituelle touchant les Pères du désert, se manifestant par un profond découragement et une érosion de la foi : « Voilà plus de trente ans que je suis dans le désert à gémir toujours ! ». Aux confins du délire, Antoine résiste tant bien que mal aux péchés capitaux et capiteux dont les représentations assaillent inlassablement son esprit. Il doute copieusement, rêve de banquets et de dorures, s’imagine aimé de la reine de Saba…