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Critiques

Félix Fénéon, critique, collectionneur, anarchiste (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Mardi, 03 Septembre 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Biographie

Félix Fénéon, critique, collectionneur, anarchiste, Isabelle Cahn, Philippe Peltier, Laurence Des Cars, Cécile Debray, La Procure, 2019, 317 pages, 39,90 €

 

Fénéon le Yankee

Ami de Mallarmé, Signac, Matisse, Fénéon évolue d’abord dans le milieu symbolique en tant qu’auteur et critique. Voulant avant tout mettre en avant les autres, il inventa le terme « nouveau-impressionnisme » et une nouvelle critique d’art à l’extraordinaire langue cucurbitante, échineuse, débarbouillante entre autres pour évoquer Degas. Le tout dans un maniérisme revendiqué comme tel. La critique ne se veut que descriptive. Néanmoins Félix Fénéon fait parler le tableau en le réinventant dans son érotique poétique.

Toujours disponible aux arts nouveaux, il découvre les arts lointains (africain et de l’Océanie). Il est un des premiers à les défendre et les collectionner dès le début du XXe. Il fut sans doute préparé à ce regard neuf initié par la peinture japonaise. L’art de l’Extrême-Orient ouvre à celui d’Afrique pour une traversée des formes fondamentales.

Le Bruit des tuiles, Thomas Giraud (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 02 Septembre 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, La Contre Allée

Le Bruit des tuiles, août 2019, 300 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Thomas Giraud Edition: La Contre Allée

Thomas Giraud nous transporte au milieu du XIXe siècle, à une époque où de nombreux Européens s’embarquaient pour l’Amérique, attirés par la promesse d’espaces vierges où tout était à construire. Il raconte l’échec d’un grand projet d’expérimentation collective, d’une utopie fouriériste qui devait aboutir à la liberté et au bonheur. Un projet qui, selon son organisateur, ne pouvait que réussir. Car Victor Considerant, s’érigeant en « prophète », pensait non seulement avoir trouvé le lieu idéal dans la « Terre promise » du Texas mais avoir tout prévu, tout envisagé. Tenant compte des raisons des échecs de ses prédécesseurs qu’il prétendait avoir comprises, ce polytechnicien avait en effet préparé ce projet sur le papier avec méthode ; il avait anticipé chaque étape dans ses moindres détails.

Mais « l’Eden sauvage » que ces pionniers – « tous animés de principes égalitaires » à défaut d’avoir pour la plupart « jamais planté un haricot ou une salade de leur vie » ni « jamais monté un mur » – devaient transformer en « Eden harmonique » s’avéra vite un enfer. Car « tout semblait moins préparé sur place que dans ses architectures de papier ». Et sur ces terres infertiles plombées par un climat rigoureux aussi glacial en hiver que caniculaire en été, où s’abattent parfois par malchance des nuages de sauterelles, l’éphémère communauté de La Réunion fondée en 1855 à quelques kilomètres de Dallas périclita et disparut cinq ans plus tard.

Le Nuage et la valse, Ferdinand Peroutka (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Lundi, 02 Septembre 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman, La Contre Allée

Le Nuage et la valse, avril 2019, trad. tchèque Hélène Belletto-Sussel, 573 pages, 25 € . Ecrivain(s): Ferdinand Peroutka Edition: La Contre Allée

 

Ce fut tout d’abord une pièce de théâtre jouée en 1947-1948, pièce écrite par Ferdinand Peroutka qui fut interné à Buchenwald par les nazis en raison de ses convictions démocratiques ; ce n’est qu’en 1976, alors exilé aux USA en raison du Coup de Prague, qu’il publie son texte sous la forme d’un roman.

La structure du texte donne une vision kaléidoscopique du nazisme, de la guerre jusqu’à la libération et les excès et autres « erreurs » commises alors. Ce n’est pas, en effet, une structure romanesque classique obéissant à une linéarité « confortable », mais plutôt un rhizome de personnages dont les trajectoires peuvent se recouper. Il y a malgré tout un fil conducteur cristallisé par une méprise liée à une homonymie. Un employé de banque est interné par erreur par les nazis, et ce personnage sera confronté à d’autres individus, des internés comme lui mais aussi des gardiens nazis.

Kahawa, Donald Westlake (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Lundi, 02 Septembre 2019. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, USA, Rivages/noir

Kahawa, Donald Westlake, Rivages Noir, juin 2019, trad. anglais (USA) Jean-Patrick Manchette, 640 pages, 10,70 € . Ecrivain(s): Donald Westlake Edition: Rivages/noir

 

L’action de ce roman se déroule en 1977 en Afrique orientale. Il s’agit de détourner un train et sa cargaison de café, principale exportation du pays, d’une valeur de 36 millions de dollars. Ce hold-up est fomenté par un proche, conseiller blanc, d’Idi Amin Dada, le capitaine baron Chase. Ce dernier est associé à des Indo-Pakistanais, anciens habitants et commerçants d’Ouganda chassés par le régime du président sanguinaire, et vivant au Kenya. L’opération sera menée entre autres par deux mercenaires américains, anciens « bérets verts », Lew Brady et Frank Lanigan ainsi qu’Ellen la compagne de Lew.

Cette histoire abracadabrante, qui consiste à faire disparaître au nez et à la barbe de l’armée du président d’Ouganda son train de café, est totalement inventée même si un certain nombre de personnage sont réels, tel l’archevêque Janani Luwum. Elle est néanmoins une formidable illustration de l’état d’esprit qui régnait à cette époque-là dans ce pays et de l’humour de Westlake.

L’éternel printemps, Marc Pautrel (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Vendredi, 30 Août 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

L’éternel printemps, août 2019, 128 pages, 13 € . Ecrivain(s): Marc Pautrel Edition: Gallimard

 

« Nous nous décrivons nos royaumes respectifs, et chacun de ces pays est un délice pour l’autre. Nous nous faisons la cour mutuellement. La conversation française est bel et bien une forme de pratique érotique ».

L’éternel printemps est un roman d’amour et de séduction. Un roman parfait, une vie princière, un voyage humain, l’écrivain possède, comme son éditeur, l’art rare de savoir choisir les noms qu’il donne à ses livres. Comme il possède celui de composer ses romans, et c’est bien de cela dont il s’agit, de composition, comme on le dit pour la musique et la peinture. Marc Pautrel possède cet art d’écrire avec la précision d’un artisan joaillier, chaque geste est pesé, chaque phrase millimétrée, chaque mot choyé. L’éternel printemps est un roman qui mise sur l’amour et la littérature, comme l’on mise sur la vie. L’éternel printemps est le portrait à la plume d’une femme aimée, aimée sur l’instant, pour le timbre de sa voix, cette intonation, cette tessiture, pour ses doigts fins comme des crayons-mines, la grande mèche de cheveux qui lui barre le front, avec ce mouvement réflexe adorable dont je ne me lasse pas, mais aussi pour ses pertes d’équilibre – Je guette ses secondes de folie, les éclairs durant lesquels elle quitte la route et s’envole pour quelques minutes –, et sa conversation, cet art de vivre si Français. L’éternel printemps est un roman de la conversation, de la fréquentation.