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Critiques

Cioran, archives paradoxales, Collectif (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Lundi, 06 Mai 2019. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Classiques Garnier

Cioran, archives paradoxales, Collectif, février 2019, 273 pages, 39 € Edition: Classiques Garnier

 

 

En mémoire du mariole atrabilaire

Pour qui aime Cioran ou souhaite le découvrir, se frotter à ses élucubrations fulgurantes, ce spicilège d’une étoffe résistante tombe à point nommé. Fruit de diverses études menées par des connaisseurs de l’œuvre du funambule de l’abîme, il explore l’archipel cioranien et en valorise toutes les richesses. Le thème de la solitude en est le pivot : « Véritable aiguillon existentiel et nœud gordien de son œuvre, la solitude est à la fois, chez Cioran, ressort littéraire et invitation au mutisme » (Aurélien Demars).

Lisière trouble des métamorphoses, Jean-Louis Clarac, Françoise Cuxac (par André Sagne)

Ecrit par André Sagne , le Lundi, 06 Mai 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Arts

Lisière trouble des métamorphoses, Editions du Petit Véhicule, coll. L’Or du temps, octobre 2018, 60 pages, 25 € . Ecrivain(s): Jean-Louis Clarac, Françoise Cuxac

 

Pour leur dernier livre d’artiste, publié avec soin par les éditions du Petit Véhicule basées à Nantes, dans leur belle collection Galerie Or du temps, le poète Jean-Louis Clarac et la plasticienne Françoise Cuxac nous convient à un bien étrange voyage vers un bien étrange pays, « en lisière trouble des métamorphoses ». C’est en effet dans cet entre-deux, cette frontière précaire et mouvante que se situe le cœur de leur exploration. Chacun avec son moyen d’expression, le poème pour Jean-Louis Clarac, la sculpture par assemblage de différents matériaux naturels pour Françoise Cuxac (végétaux, minéraux, coquillages, insectes, os, plumes, cornes… placés sur des structures grillagées ou des corps de poupées et liés par de la pâte à papier, pâte à modeler ou tissus), ils partent à la rencontre de ce monde des métamorphoses en croisant leur art et leur technique grâce au dispositif mis en œuvre dans l’ouvrage. Intercalées entre les poèmes, les sculptures photographiées, dont chacune porte un titre rappelé en bas à droite, sont accompagnées de l’extrait d’un poème, un ou deux vers le plus souvent, trois plus rarement, en guise de légende. Ainsi confrontés, le mot et l’image entrent en relation sous les yeux du lecteur qui va librement de l’un à l’autre.

Venise à double tour, Jean-Paul Kauffmann (par Fabrice Del Dingo)

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Lundi, 06 Mai 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits, Editions des Equateurs

Venise à double tour, février 2019, 336 pages, 22 € . Ecrivain(s): Jean-Paul Kauffmann Edition: Editions des Equateurs

 

Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée

Habitué des endroits où personne ne songe à aller se morfondre – Sainte Hélène Eylau, la Courlande – Jean-Paul Kauffmann a choisi de passer quelques mois là où tout le monde se précipite, parfois sans prendre le temps d’en apprécier les splendeurs et les mystères : Venise. C’est une cité hors du commun. « Elle ne crée aucun temps mort. Aucune pause. Le spectacle de la beauté requiert le passant de partout ».

Il garde en mémoire l’image d’une peinture qui miroite mais il est incapable de se souvenir dans quelle église il l’a vue, lui qui est si souvent allé à Venise où il a visité tant d’églises ouvertes au public.

Il n’est pas question qu’il s’attarde sur la place Saint Marc, visite le palais des Doges ou emprunte le pont du Rialto. Non, Jean-Paul Kauffmann s’est mis en tête de pénétrer dans les églises qui ne sont jamais ouvertes. Depuis longtemps, pour un motif bien compréhensible, il est obsédé par l’enfermement. Et depuis bien plus longtemps encore, par les églises.

Ovaine, La Saga, Tristan Felix (par Jean-Paul Gavard-Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 06 Mai 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Tinbad

Ovaine, La Saga, avril 2019, 228 pages, 23 € . Ecrivain(s): Tristan Felix Edition: Tinbad

Les folles aventures d’Ovaine

Les aventures d’Ovaine avancent d’elles-mêmes ou plutôt à coups de l’imaginaire hors prix d’une auteure dont l’industrie de faux s’organise en vol d’étourneaux. Ces oiseaux ne sont pas les seuls : le chant ou la fable s’organise (entre autres) comme un bestiaire là où tout avance staccato et sprezzatura.

Monté chronologiquement, ce roman (mais est-ce le bon mot même s’il est ici revendiqué comme tel ?) crée une étrange humanité. Dans chaque moment, Tristan Felix ne rate jamais sa cible là où est pourtant tout affaire de segmentions et biffures joyeuses.

Séquences par séquences, temps par temps, s’inscrit non une vie mais sa multiplicité de postulations en rafales et éclairs fulgurants. D’où la renaissance perpétuelle d’Ovaine en ses métamorphoses. Ovide et Cervantès ne sont jamais loin. Kafka non plus (et paradoxalement). Mais un Kafka enjoué et excité et qui passerait outre la majesté de l’autorité. Ovaine est ici fêtée et autoproclamée dans une frénésie vitale et jubilatoire qui repose autant en harmoniques qu’en dissonances.

Eltonsbrody, Edgar Mittelholzer (par Théo Ananissoh)

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 03 Mai 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Editions du Typhon

Eltonsbrody, février 2019, trad. anglais (Guyana) Benjamin Kuntzer, 250 pages, 20 € . Ecrivain(s): Edgar Mittelholzer Edition: Editions du Typhon

 

Eltonsbrody est le nom d’une maison – une grande maison située à l’écart de tout et de tous sur l’île de la Barbade, dans les Caraïbes.

« Staden, où se dresse Eltonsbrody, considéré comme une “colline”, est en réalité une sorte de plateau dont le sommet relativement égal plonge en ondulations délicates vers le sud et l’ouest. Côté mer, il s’effondre plutôt abruptement en saillies et escarpements déserts (…). Eltonsbrody (…) était une bâtisse de deux étages, aux murs de calcaire gris décrépits. Elle avait été érigée, à en croire la date gravée au-dessus de la porte d’entrée, en 1887. En dépit de son isolement au cœur de vastes étendues cernées de rares champs de canne côté terre, et de la descente escarpée côté mer, Eltonsbrody, telle que je l’avais vue pour la première fois en ce jeudi saint de l’année 1958, ne paraissait pas menaçante ».