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Critiques

La Fonte des glaces, Joël Baqué

Ecrit par Charles Duttine , le Mercredi, 02 Mai 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, P.O.L

La Fonte des glaces, août 2017, 283 pages, 17 € . Ecrivain(s): Joël Baqué Edition: P.O.L

 

(De la littérature considérée comme chionosphérophilie)

Il est des entrées de villes dont on sait dès les premières rues ou avenues que telle cité n’est pas faite pour vous. L’atmosphère y est pesante et rêche. Au contraire, d’autres offrent une entrée en matière plus enjouée, allègre et avenante. Il en est de même des livres dont on sait dès les premières pages que le récit vous est destiné. Ces pages vous disent que vous êtes chez vous, que vous allez vous plaire ici et surtout ne pas vous ennuyer. C’est ce que j’ai ressenti en ouvrant le livre de Joël Baqué, La Fonte des glaces.

L’ouvrage a paru en août dernier et l’on en a peu parlé lors de la « rentrée littéraire ». A tort, à mon goût. Il fait partie de ces livres qu’on souhaite donner à son voisin après un voyage pour qu’il ne s’ennuie pas. La lecture en est jubilatoire parce que certainement l’écriture le fut. Le style de Joël Baqué a quelque chose de précieux et de joueur. Il s’amuse du récit qu’il conduit, des clichés qu’il détourne, de lui-même l’auteur et du lecteur immanquablement bienveillant devant toutes ces pirouettes.

Savoir et civisme Les sociétés savantes et l’action patriotique en Europe au XVIIIe siècle

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 02 Mai 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Histoire

Savoir et civisme Les sociétés savantes et l’action patriotique en Europe au XVIIIe siècle, Michèle Crogiez Labarthe, Juan Manuel Ibeas Altamira, Alain Schorderet, Slatkine Érudition, octobre 2017, 412 pages, 50 €

 

Le XVIIIesiècle fut l’âge d’or des académies et des sociétés savantes en général, des académies et des sociétés savantes de province en particulier. Loin de ne rassembler que des notables chenus ou des abstracteurs de quintessence et du mouvement perpétuel (comme ce fut le cas par la suite), ces sociétés jouèrent un rôle important dans la vie intellectuelle du temps. Deux exemples suffiront à le montrer. En 1749, l’académie de Dijon mit à son concours la question de savoir « si le rétablissement des sciences et des arts a contribué à épurer les mœurs ». Les académiciens bourguignons primèrent la réponse envoyée par un jeune Suisse inconnu, Jean-Jacques Rousseau ; réponse qui sera publiée sous le titre de Discours sur les sciences et les arts. En 1787, la Société royale de Metz posa une autre question : « Est-il des moyens de rendre les Juifs plus utiles et plus heureux en France ? » (l’abbé Grégoire y participa avec son Essai sur la régénération physique, morale et politique des Juifs).

Jours de Mai, Jean-Baptiste Harang

Ecrit par Stéphane Bret , le Mercredi, 02 Mai 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits, Verdier

Jours de Mai, février 2018, 109 pages, 13,50 € . Ecrivain(s): Jean-Baptiste Harang Edition: Verdier

 

Jours de Mai n’est pas une histoire détaillée de Mai 68, ni une tentative d’élucidation des significations de ce mouvement, imprévu, multiforme. Non, c’est une série d’articles, un par jour, sur le mois de mai, écrits dans Libération cinquante ans après l’événement. Chaque article d’une journée est accompagné d’une mini-revue de presse de l’époque, et c’est pour le moins comique. Ainsi apprend-on que le 5 mai, Le Figaro s’émeut de l’inconduite de ces manifestants : « Etudiants, ces jeunes ? Ils relèvent de la correctionnelle plutôt que de l’Université ». Ce même jour, Georges Pompidou et Maurice Couve de Murville, ministre des Affaires étrangères, visitent la ville historique d’Ispahan, en Iran. Le 7 mai, Alain Geismar annonce « Nous sommes prêts à négocier avec le gouvernement », tandis que la presse annonce l’ouverture de la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis en construction depuis quatre ans. On trouve d’autres détails, révélateurs, de la tension sociale de cette époque, déjà perceptible depuis un an ou deux. Les ouvriers de Sud-Aviation séquestrent leur patron, Monsieur Duvochel, qui sera libéré quelque temps plus tard.

La fin de Mame Baby, Gaël Octavia

Ecrit par Dominique Ranaivoson , le Lundi, 30 Avril 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard

La fin de Mame Baby, août 2017, 170 pages, 16 € . Ecrivain(s): Gaël Octavia Edition: Gallimard

 

Voici un texte surprenant : construit avec la plus extrême précision, son mécanisme vous rend totalement dépendant des révélations que la romancière instille à petites doses du début à la fin. Suspense donc, mais aussi analyse psychologique, fresque sociale, le tout sur le ton apparemment anodin voire simpliste du récit d’une jeune infirmière qui rend visite chaque jour à une vieille alcoolique recluse. C’est que la jeune Gaël Octavia, déjà dramaturge, novelliste et poète sait monter un scénario aux rouages serrés et des personnages qui ne se dévoilent qu’au rythme des étapes de ce qui s’apparente à une démonstration.

Revenons au cadre : une cité à peine décrite (des immeubles laids, un centre commercial, des « tours vertigineuses ») qui se réduit à son terme générique, « le Quartier » et qui fonctionne comme un monde à part dans lequel restent ceux qui y sont nés. Et là, vivent en circuit fermé des personnages et des institutions : les jeunes et leurs bandes violentes, les femmes qui se retrouvent dans leur « Assemblée » et l’église évangélique, en plein essor, conduite par des hommes admirés et autoritaires.

Dans le café de la jeunesse perdue, Patrick Modiano

Ecrit par Fedwa Ghanima Bouzit , le Lundi, 30 Avril 2018. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Dans le café de la jeunesse perdue, 176 pages, 6,60 € . Ecrivain(s): Patrick Modiano Edition: Folio (Gallimard)

 

Les cafés de la jeunesse perdue, ces lieux de transit. Ces lieux où l’on tente d’égarer ses doutes et ses incertitudes. On y est bruyant et fantasque pour mieux couvrir les pensées anxieuses qui nous rongent. On se gonfle d’égo, on mime l’âge adulte alors que l’on n’est qu’adulescent, peut-être le restera-t-on toujours. On prend des postures intelligentes, on se tient le menton, on lève les yeux au plafond, on regarde dans le vide… On est persuadé que l’on a un talent unique à dévoiler au monde, que l’on finira peintre, écrivain ou intellectuel.

On croit tous en l’éternité du café. C’est le rituel quotidien qui rythme nos journées. On y entre aux mêmes heures, on s’installe aux mêmes tables. Le café est départagé en territoires bien distincts que l’on apprend à respecter. On y fait des connaissances que l’on croit tout aussi éternelles. On croit connaître ces personnes sur le bout des doigts, mais tout comme nous, elles se tissent des identités factices, fantasmées, projetées dans un avenir incertain.