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Critiques

Kintu, Jennifer Nansubuga Makumbi (par Cathy Garcia)

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 10 Octobre 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Afrique, Roman, Métailié

Kintu, Jennifer Nansubuga Makumbi, août 2019, trad. anglais (Ouganda) Céline Schwaller, 480 pages, 22 € Edition: Métailié

 

Ce roman est une fresque étourdissante d’une densité telle qu’il est impossible de le résumer, et d’ailleurs tel n’est pas le but de cette note, mais il faut tout de même pouvoir donner quelques pistes au lecteur. De quoi s’agit-il ? D’une histoire de famille sur plusieurs générations, trois siècles, en Ouganda, donc bien avant que ce pays ne soit arbitrairement nommé ainsi par le colon britannique, en référence à l’ethnie Ganda, occultant ainsi toutes les autres qui peuplaient cette terre.

Kintu est donc une histoire de famille, mais à vrai dire, c’est avant tout l’histoire d’un geste malheureux et de ses conséquences : la répétition transgénérationnelle d’une malédiction. La gifle d’un père, Kintu, à son fil adoptif, Kalema, lors d’une déjà difficile traversée de désert, ayant entraîné accidentellement la mort de ce dernier, qui de plus fut vite et mal enterré par mégarde à côté d’un arbuste épineux auprès duquel on enterre habituellement les chiens.

Des vies débutantes, Sébastien Verne (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 09 Octobre 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Asphalte éditions

Des vies débutantes, Sébastien Verne, août 2019, 196 pages, 16 € Edition: Asphalte éditions

 

 

Des vies débutantes, premier roman de Sébastien Verne, se déroule aux Etats-Unis au début des années 1990. C’est un roman d’aventures et d’apprentissage atypique ayant pour anti-héros une sorte de bois flotté emporté par le hasard des courants de la vie. C’est surtout une ode à la photographie argentique qui, dans l’obscurité de ses bains successifs, vient nous révéler l’intimité de l’Amérique au-delà de ses grands espaces ainsi que celle du trio de personnages animant le roman. Réunis par la photographie, se retrouvent en effet en son cœur trois jeunes gens en quête de cet argent donnant toute liberté de réaliser ses rêves et prêts à jouer leur destin. Une rencontre explosive qui entraînera le héros à se perdre mais aussi à renaître dans une fuite en avant incontrôlable…

Père, François Mary (par André Sagne)

Ecrit par André Sagne , le Mercredi, 09 Octobre 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Récits

Père, François Mary, éditions Plein Chant, 2018, 74 pages, 10 €

 

Raconter la mort du père, la mort de la mère, par les ressources de la littérature, de ce qu’elle procure à la fois comme distance et comme concentration, beaucoup ont tenté de le faire, peu y sont parvenus. François Mary, dans son dernier ouvrage, Père, y réussit parfaitement. Il y a chez lui, à le lire, non seulement un goût profond pour l’écriture mais aussi une extrême attention aux êtres et aux choses qui l’entourent, une vraie sensibilité, une authentique humanité qui le rapproche par exemple d’un Gustave Roud, avec un sens du tragique, de l’irrémédiable, comme dans l’évocation – admirable à tout point de vue – de la mort du jeune chat.

Le livre réunit deux textes de nature différente. Le premier, en italique, a été écrit dans une sorte d’urgence, juste après la mort du père. Le second, intitulé Notations, est plus tardif et regroupe des « souvenirs morcelés » qui n’avaient pas trouvé leur place dans le premier. Ce n’est donc pas une redite mais plutôt un changement de focale, ce second texte s’élargissant aux figures des grands-parents et donnant ainsi aux parents, ainsi qu’au fils, une dimension familiale, une assise dans le temps.

Le Krapoukoff, Raphaëlle Barbanègre (par Myriam Bendhif-Syllas)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 09 Octobre 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Thierry Magnier, Jeunesse

Le Krapoukoff, Raphaëlle Barbanègre, septembre 2019, 40 pages, 16 € Edition: Thierry Magnier

 

Le Krapoukoff est l’histoire de deux enfants qui décident d’aller pourfendre du monstre « pour de vrai » afin de savoir qui a le plus de courage. Ils découvrent qu’à défaut de monstres, la forêt interdite est peuplée de bien étranges créatures. Le récit de quête héroïque est réécrit ici sous le signe de l’humour et rappelle les textes débridés de Vincent Malone ou les albums d’Alain Crozon.

Forts de leur entraînement permanent, Raoul à l’épée et Violette à l’arc, les enfants sautent la barrière qui protège le village paisible où ils résident, le bien-nommé Moules-sur-Mer. Des arbres gigantesques se dressent face à eux, qui, tout riquiqui dans la profondeur des bois, fanfaronnent encore. Mais lorsque l’obscurité tombe, le vaillant héros et l’héroïne intrépide commencent à avoir peur. Ils croient voir surgir le Krapoukoff, le plus effroyable des monstres de la forêt mais c’est un gros être couvert de pois de couleur qui hurle en les voyant arriver. Il s’agit de Kougloff et il sera leur premier guide dans la forêt, pour cette quête digne des plus grands chevaliers… hauts comme trois pommes.

Ainsi parlait, Georges Bernanos (par Marc Wetzel)

Ecrit par Marc Wetzel , le Mardi, 08 Octobre 2019. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Anthologie, Arfuyen

Ainsi parlait, Georges Bernanos, Dits et maximes de vie choisis et présentés par Gérard Bocholier, août 2019, 152 pages, 14 € Edition: Arfuyen

 

Georges Bernanos (1888-1948) vomit la sagesse, « Il n’est rien de haïssable en l’homme que sa prétendue sagesse, le germe stérile, l’œuf de pierre que les vieillards se passent de génération en génération et qu’ils essaient d’échauffer tour à tour entre leurs cuisses glacées » (n°129), et voilà pourtant – admirablement composé par Gérard Bocholier – un authentique livre de sagesse, car l’effort de sagesse (nous le savons tous par ce qui également nous en sépare !) tient à la puissance de trouver la paix dans la vérité. Car la vérité ne laisse jamais spontanément en paix : elle divise les hommes (puisqu’elle est indifférente aux intérêts subjectifs et à leur conflit) et intimide l’homme (car elle révèle ce qui rend le réel tel, et tranche depuis sa souveraine clarté) ; inversement, la fausseté nous délivre illusoirement de la guerre, car elle distord ou dissimule ce qui pousse invinciblement l’homme à détruire l’homme. Les hommes mentent d’abord par peur du mal qu’ils font ou subissent. « On ne massacre jamais que par peur, la haine n’est qu’un alibi » (n°116).