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Critiques

L’Arbre de l’homme, Patrick White (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Jeudi, 03 Septembre 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, En Vitrine, Océanie, Cette semaine

L’Arbre de l’homme, Patrick White, traduit de l’anglais (Australie) par David Fauquemberg, octobre 2025, 576 pages, 27 €


« — Ça passe le temps, j’imagine, dit Amy Parker. Même si je n’ai jamais compris la moitié de tout ce qu’on peut, semble-t-il, trouver dans les livres. C’est différent de ce que sont les choses.

— Pas forcément, soupira Thelma mais c’était peine perdue.

— Oh si, c’est inévitable, dit Amy Parker. Tout ça n’a rien à voir. Les gens sont différents dans les livres. Il faut bien qu’ils le soient. Ce serait insupportable. »

Un simple échange de propos entre une mère et sa fille, la première vivant dans le bush australien depuis vingt, trente ans, la seconde vivant à la ville, à Bangalay, épouse d’un avocat choisi sur sa situation, pour citer Charles Aznavour. L’une est dans le rude, même si elle peut rêver à autre chose le temps d’une liaison épisodique avec un démarcheur ; l’autre est dans une forme de sophistication sans guère d’élévation. Et la première décrète donc la nécessité que les gens soient « différents dans les livres ». À ceci près qu’on sent à quel point les gens ne le sont pas dans L’Arbre de l’homme, roman publié en 1973 par Patrick White, son chef-d’œuvre enfin traduit en français, et que c’est ce qui rend le roman « supportable », car le lecteur ressent la destinée universelle et poétique des personnages, et sait que c’est aussi un peu la sienne.

Fonseca, Jessica Francis Kane (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 02 Septembre 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, La Table Ronde, En Vitrine, Cette semaine

Fonseca, Jessica Francis Kane, traduit de l’américain par Mona de Pracontal pour La Table Ronde 2026. 260 p. Edition: La Table Ronde

 

Roman troublant, inattendu, dérangeant par sa faculté à dépayser aussi bien par le paysage géographique que dans le paysage littéraire, Fonseca est un grand livre. De la situation de départ jusqu’au terme du séjour improbable de Penelope et de son fils Valpy dans une bourgade (imaginaire ?) du Mexique dans les années 50, rien, jamais, n’est prévisible.

Imprévisibles, les personnages le sont tout autant que les événements. Cette mère enceinte qui embarque d’Angleterre avec son fils de 5 ans pour un quelque part au Mexique dans une quête improbable d’héritage. Ces deux vieilles femmes, deux sœurs alcooliques, qui les accueillent dans une demeure peuplée de gens sortis d’on ne sait où et de fantômes qui errent dans les couloirs. Une cour de prétendants (qui eux aussi prétendent à « l’héritage ») composée de doux dingues aux trajectoires aussi éberluantes que celles des personnages de Gabriel Garcia Marquez.

Plus jamais d’invités !, Vita Sackville-West (par Didier Smal)

Ecrit par Didier Smal , le Lundi, 31 Août 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Autrement, Cette semaine

Plus jamais d’invités !, Vita Sackville-West, traduit de l’anglais par Micha Venaille, Autrement, octobre 2025, 192 pages, 17 € Edition: Autrement

 

Vita Sackville-West est une autrice discrète dans l’histoire de la littérature anglaise, qui sera bientôt plus connue pour avoir été l’amante de Virginia Woolf que pour son œuvre propre. Bien que cette situation sentimentale ait occasionné une petite merveille : Woolf lui ayant interdit d’écrire une quelconque fiction, Sackville-West s’est tournée vers son autre passion, le jardinage, et a rédigé un très beau Journal de mon jardin, dont nous parlerons peut-être un jour ici. Toujours est-il que, Dieu nous en garde, l’interdit de Woolf fut un jour levé, que l’œuvre de Sackville-West a continué, développant encore et toujours un même et unique thème, ce pour quoi d’aucuns pourraient la tenir pour mineure : dans un monde aristocratique corseté, l’avènement d’une révélation, une soudaine et souvent tendre mise à nu des sentiments, que l’on retrouve dans Toute passion abolie (son chef-d’œuvre lumineux), Ceux des îles ou encore Grand Canyon (déjà évoqué ici). D’un style plus précis que précieux, Sackville-West observe ses contemporains, la société dans laquelle elle évolue, et les imagine libres, ne fût-ce que de dire ce qu’ils ressentent ; c’est d’une sobre beauté, et quiconque est tombé sous le charme de l’écriture de Sackville-West ne peut que la célébrer de creuser non pas le même sillon, mais le même champ, histoire de voir ce qui va pousser dans ce terreau typiquement anglais.

Baignade surveillée (The Lifeguard), Laura Kasischke (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 27 Août 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Gallimard, En Vitrine, Cette semaine

Baignade surveillée (The Lifeguard), Laura Kasischke. Traduit de l’américain par Céline Leroy. Gallimard du Monde entier. Août 2026. 314 p. 23 € Edition: Gallimard

 

Laura Kasischke est diabolique. On le sait depuis nombre de ses ouvrages – En un monde parfait et Esprit d’hiver en particulier – et ce dernier roman le confirme. Kasischke est la maîtresse du malaise, de l’inquiétude, d’une sorte d’horreur douce, sinueuse, qui pénètre par tous les pores de la peau et place le lecteur dans un inconfort délicieux.

Richie est un petit garçon de 5 ans et il se noie dans la piscine municipale de sa banlieue cossue, sous les yeux des usagers et de la maître-nageuse.

Michel-Ange, Eugène Delacroix (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Mercredi, 26 Août 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Arts, Cette semaine

Michel-Ange, Eugène Delacroix – L’œuvre et la vie d’Eugène Delacroix par Charles Baudelaire – Préface – Causerie murmurée à l’oreille des spectres – Gérald Duchemin – Editions Le Chat Rouge – 280 p. – 21 euros – 14 avril 2026.

 

« J’écris sur Michel-Ange : je sacrifie tout à Michel-Ange »

Eugène Delacroix – Journal 1822-1863 (1)

« Je ne connais pas de texte plus beau que le sien à propos de Michel-Ange, à part les pages irradiantes de sieur Henry Beyle, dit Stendhal, dans son Histoire de la peinture en Italie (1860). »

Causerie murmurée à l’oreille des spectres – Préface par Gérald Duchemin

« Eugène Delacroix était un curieux mélange de scepticisme, de politesse, de dandysme, de volonté ardente, de ruse, de despotisme, et enfin d’une espèce de bonté particulière et de tendresse modérée qui accompagne toujours le génie. »

L’œuvre et la vie d’Eugène Delacroix par Charles Baudelaire.

« Les ouvrages de Michel-Ange donnent incontestablement la sensation la plus épurée et la plus élevée qu’il soit possible d’éprouver par un art. »

« Ébloui de l’éclat d’un si grand génie, et regrettant d’en avoir donné une si faible idée, c’est bien à lui que nous devons appliquer ce qu’il disait lui-même de Dante dans ce vers :

« Quanto dirne si dee non si puo dire. »

« On ne dira jamais de lui tout ce qu’il faut en dire. »

Michel-Ange – Eugène Delacroix.