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Critiques

Là d’où elle vient, Patricia Ryckewaert (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Mercredi, 21 Août 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie

Là d’où elle vient, Bleu d’encre, 2019, poésie, 46 pages, 12 € . Ecrivain(s): Patricia Ryckewaert

 

Elle vient du silence et des ombres portées, suggérant l’appel d’elle-même dans la trace des autres.

Un moment de pause « venu (elle vient) de l’étonnement du jour (et du ciel mouillé comme un chagrin ».

Plutôt que de se contenter de venir, elle partage cette venue qui semble, progressivement, devenir son empreinte digitale, un signe propre d’être : « elle vient des doigts sur la bouche/ et des ailes d’un baiser/ chut ! ».

Elle vient d’entre toutes les femmes, « elle vient d’un voile/ cousu sur la peau/ des doigts de l’obscur/ qui ferme les paupières de l’aube ».

De cette enfance à « craquelures » émane la femme comprise dans tous ses états : « elle vient d’une longue litanie/ de la mer et du vent/ des entailles dans la chair/ et de la ferraille noire d’un cargo ».

Vaincre à Rome, Sylvain Coher (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 20 Août 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Actes Sud, La rentrée littéraire

Vaincre à Rome, août 2019, 176 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Sylvain Coher Edition: Actes Sud

 

Ce n’est pas la première fois qu’un écrivain se glisse avec un « je » dans la peau d’un marathonien. Dans sa nouvelle, L’Ami d’Athènes (La Préface du nègre, Barzakh, 2008 ; Le Minotaure 504, Sabine Wespieser, 2011), Kamel Daoud nous avait notamment déjà plongé ainsi dans le flux de conscience d’un coureur algérien aux jeux olympiques d’Athènes. Mais en s’attachant au parcours de l’Ethiopien Abebe Bikila à Rome ce samedi 10 septembre 1960, en pleine époque de décolonisation, ce court roman de Sylvain Coher s’enrichit d’une valeur symbolique et éminemment politique. Car ce coureur aux pieds nus fut non seulement le premier athlète d’Afrique noire médaillé d’or olympique mais il franchit en tête « l’entrejambe de Constantin », cet arc « symbole des ambitions coloniales de Mussolini » où vingt-cinq ans auparavant ce dernier fit « passer ses troupes sur la route des Triomphes avant de les envoyer combattre le fléau noir de l’Ethiopie ».

« Quarante-deux kilomètres et cent quatre-vingt-quinze mètres linéaires pour une durée idéale de deux heures quinze minutes et seize secondes. Du temps et de l’endurance, c’est le parti-pris de ce livre. Lire comme on court ; d’une seule traite en ménageant son souffle » (p.9).

Baudelaire et Apollonie, Céline Debayle (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mardi, 20 Août 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Arléa

Baudelaire et Apollonie, mai 2019, 154 pages, 17 € . Ecrivain(s): Céline Debayle Edition: Arléa

La muse occupe une place à part dans la genèse poétique. Elle fait vibrer les ressorts fantomaux de la création et enlumine un morceau de ciel dans l’imaginaire du poète, cette forge où se cristallisent ses affects. Ferment de l’inspiration, ode à l’idéal, cible labile du désir sublimé, fleur du tourment et de l’espoir, mystère et encensoir, elle taraude l’artisan du vers d’autant plus qu’inaccessible elle demeure. Ces couples poète/muse, transcendant le quotidien par le culte des mots et de la beauté, ne manquent pas : Apollinaire et Louise, Éluard et Gala, Hugo et Juliette, Aragon et Elsa… Arthur Rimbaud, quant à lui, élargit la définition de la muse, y incluant la nature, la liberté et le dénuement :

 

« Je m’en allais, les poings dans mes poches crevées ;

Mon paletot aussi devenait idéal ;

J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton féal ;

Oh ! là ! là ! que d’amours splendides j’ai rêvées !

Impasse Verlaine, Dalie Farah (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 20 Août 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Grasset

Impasse Verlaine, avril 2019, 224 pages 18 € . Ecrivain(s): Dalie Farah Edition: Grasset

 

Une robinsonnade féminine

Vendredi est une fille née dans un village en Algérie. Son nom est le jour dans lequel elle est née : vendredi. « Si l’on ignore la date de naissance précise de ma mère, on se souvient du jour : elle s’appelle Vendredi, Djemaa en arabe, c’est le prénom de la rencontre avec Allah le Tout-Puissant » (p.13).

Vendredi passe son enfance et son adolescence à garder les chèvres, à faire les dures tâches ménagères, et à recevoir les insultes et les coups violents de sa mère. Adolescente, elle est mariée à un émigré qui dépasse largement son âge. Elle va vivre en France, à impasse Verlaine, quelque part à Clermont-Ferrand où elle devient femme de ménage. « C’est dans cette impasse que nous finirons de devenir ce que nous avions commencé à être : elle, la mère de sa fille et moi, la fille de ma mère » (p.63).

Appel à la réconciliation, Foi musulmane et valeurs de la République Française, Tareq Oubrou (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Mardi, 20 Août 2019. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Plon

Appel à la réconciliation, Foi musulmane et valeurs de la République Française, mai 2019, 347 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): Tareq Oubrou Edition: Plon

Ne pas trop prendre, peut-être, à la lettre, a priori, avant même d’avoir parcouru l’ouvrage, un titre un peu alarmiste qui pourrait laisser à penser qu’il s’agit par cette publication de cibler une situation gravement conflictuelle entre communautés vivant en France. Le sous-titre circonscrit de façon plus précise le sujet, lequel pourrait être justement intitulé « Appel à la conciliation ». La thématique est certes de celles qui agitent et divisent notre société, et qui délimitent les sphères d’action idéologique de nos partis politiques. Tareq Oubrou, imam de Bordeaux, franco-marocain cultivé, ne cache pas qu’il a été (mais dit qu’il n’est plus) membre de la confrérie des Frères Musulmans. Il s’interroge, et interroge, sur la compatibilité de l’islam avec les valeurs de la République, et il donne sa réponse : la foi musulmane, fondamentalement (à condition que cet adverbe n’ait rien à voir avec ceux et celles qui s’affirment « fondamentalistes » dans une mouvance wahhabite militante, intégriste et provocatrice), n’est pas opposable aux valeurs, aux lois, aux traditions qui fondent la culture, évidemment plurielle, la vie quotidienne, incontestablement métissée, et le contrat social, constitutionnellement laïque, de la nation.