Identification

Critiques

Italo Calvino, Romans en La Pléiade (par Laurent Fassin)

Ecrit par Laurent Fassin , le Mardi, 06 Janvier 2026. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, En Vitrine, Italie, La Pléiade Gallimard, Cette semaine

Édition d’Yves Hersant, textes traduits de l’italien par Yves Hersant, Christophe Mileschi, Martin Rueff et Roland Stragliati, bibliothèque de la Pléiade, Paris, éditions Gallimard, 2024. . Ecrivain(s): Italo Calvino Edition: La Pléiade Gallimard

Étroits sont les liens que réalisateurs et écrivains italiens entretiennent avec l’Histoire au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Italo Calvino ne se distingue pas en cela, lui qui a vu le jour en 1923 à Santiago de Las Vegas, à Cuba, et entrera sous le nom de « Santiago » dans la Résistance en rejoignant les Brigades communistes Garibaldi, groupe de partisans proches du parti, en 1944. Toutefois, ce n’est pas seulement l’Histoire, dont il est devenu l’un des témoins et acteurs, qui va guider ses pas ; mais bien plutôt la fiction : « L’attrait de la narration est une donnée première chez Calvino. Ce qu’il a révélé de son enfance, ce que l’on sait de ses lectures ou des premières pages qu’il a écrites l’atteste de toutes les manières possibles. Il a été fasciné par tout ce qui lui offrait le plaisir d’une histoire : livres d’images, films, récits.[1] »

Si « la résistance m’a mis au monde même comme écrivain [2]», déclarera-t-il au cours de sa carrière, un premier roman d’inspiration néo-réaliste, Le Sentier des nids d’araignée (1947), le voit délibérément prendre ses distances avec son existence propre. L’épreuve dont par chance il s’est tiré sain et sauf lui semble « pauvre, dérisoire », au regard de l’imagination qu’il sollicite aisément et dont il tire de vives satisfactions.

La Réjouissance, Stéphane Barsacq (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 18 Décembre 2025. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, En Vitrine

La Réjouissance – Stéphane Barsacq – Editions le Corlevour – 192 p. – 20 euros – 21/10/25. . Ecrivain(s): Stéphane Barsacq

 

« Les classiques sont tout le contraire du passé. Ils disent le temps et fixent la durée : ils sont pliés dans leur époque dans l’attente d’être dépliés dans la nôtre. »

 

« On lit un livre consacré qui appartient à l’histoire et soudain on découvre qu’un homme, comme vous, était derrière, qui n’est plus, qu’il a vécu, qu’il a eu des enfants, qu’il est mort, et que, à leur tour, ses enfants sont morts, eux dont le tombeau est visible : on a alors quitté la littérature, pour pénétrer, sans s’en être aperçu, de qui fait son fond – cette manière d’habiter l’exil et l’histoire, et d’indiquer un chemin toujours nouveau. »

Approches de Dante

J’ai un rendez-vous avec la Mort… Alan Seeger (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 16 Décembre 2025. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Correspondance, Les Belles Lettres

J’ai un rendez-vous avec la Mort… Alan Seeger, Lettres et poèmes écrits durant la guerre, réunis par son père et traduits par Odette Raimondi-Matheron, Paris, Les Belles-Lettres, 2025, 302 pages, 23, 50 € Edition: Les Belles Lettres

Existe-t-il un équivalent français d’Alan Seeger, né en 1888 à New York, mort en 1916 sur un de ces fronts absurdes de la Première Guerre mondiale ? Ce n’est pas qu’il n’y ait pas eu de poètes français morts dans ce massacre inutile – la liste en est au contraire fort longue, dont bien des jeunes poètes qui n’eurent que le temps de donner, qui une plaquette, qui un recueil – poètes prometteurs sans le moindre doute, mais fauchés en pleine floraison (on pense par exemple à Jean de La Ville de Mirmont). Le cas d’Alan Seeger est différent : il eut, comme Rupert Brooke, la chance ambiguë de composer au moins un poème devenu très tôt célèbre, qui figure dans la plupart des anthologies de poésie anglo-américaine, une sorte de « Dormeur du val » anglais : « I have a Rendezvous with Death ». Ce poème était, paraît-il, le préféré du défunt président Kennedy (ce qui ne prouve rien en faveur ou en défaveur de sa qualité) et une légende, qui vaut ce que valent les légendes, affirme qu’il en aurait eu une copie dans la poche de sa veste, le jour de son assassinat. Quoi que l’on pense du président Kennedy et de ses préférences littéraires, il faut admettre que le poème de Seeger est un grand texte et son auteur un écrivain de premier plan.

My name is Orson Welles / ouvrage collectif sous la direction de Frédéric Bonnaud (par Charles Duttine)

Ecrit par Charles Duttine , le Lundi, 15 Décembre 2025. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Biographie, La Table Ronde

My name is Orson Welles / ouvrage collectif sous la direction de Frédéric Bonnaud / Editions La Table Ronde / 464 pages 320 illustrations / Septembre 2025 / 44,50€ Edition: La Table Ronde

 

Orson Welles ou la figure protéiforme

 

A l’occasion du 40ème anniversaire de la disparition d’Orson Welles, la Cinémathèque française organise une exposition sur le cinéaste, véritable légende du cinéma. Un catalogue d’exposition l’accompagne, un ouvrage collectif très documenté, un « beau livre » comme on dit, riche d’illustrations et de toutes sortes d’informations sur le créateur de Citizen Kane. Ce qui frappe, en premier lieu, lorsqu’on parcourt ce livre, et cette impression va en s’approfondissant, c’est la dimension littéraire d’Orson Welles. Non seulement il apparait dans sa vie comme un véritable personnage romanesque, mais encore la littérature est omniprésente dans ses créations, notamment par ses adaptations radiophoniques et filmiques, de Shakespeare à Franz Kafka en passant Joseph Conrad et H. G Wells.

André Breton, Julien Gracq – Correspondance 1939-1966 (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 11 Décembre 2025. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Gallimard, Correspondance

André Breton, Julien Gracq – Correspondance 1939-1966 – Présentée et éditée par Bernard Vouilloux et annotée en collaboration avec Henri Béhar – Gallimard – 240 p. – 21 euros – 16/10/25.

 

« Vous disposez, me semble-t-il, de grands secrets qui ne sont pas seulement ceux de la poésie et c’est ce qui me fait balancer entre l’envie de vous connaître, l’espoir d’accéder par vous à tout autre palier que celui qui est naturellement le mien et la tentation de respecter cet anonymat duquel, m’a-t-on dit, vous refusiez à peu près de vous départir. »

Lettre d’André Breton à Julien Gracq (Dimanche 13 mai 1939)

« Je pense que l’existence de cette conspiration amicale singulière (mais très souvent pour toujours silencieuse) autour de vous vous est assez connue, par d’autres témoignages, et de plus de valeur, que le mien. Je ne tiens pas particulièrement à l’anonymat – sauf à Quimper que j’habite en ce moment – mais vous voir, surtout après votre lettre, représente pour moi quelque chose de très intimidant. »

Lettre de Julien Gracq à André Breton (Quimper, jeudi 18 mai 1939)