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Critiques

Adolphe, Benjamin Constant (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 30 Juin 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Le Livre de Poche

Adolphe, 219 pages, 3,70 € . Ecrivain(s): Benjamin Constant Edition: Le Livre de Poche

 

Benjamin Constant, plus encore que romancier romantique, est, avec Goethe, l’un des grands auteurs du Sturm Und Drang par son opposition radicale à la tradition du roman d’amour sage et policé du XVIIIème siècle. Marcel Arland le rappelle dans sa préface, Adolphe est contemporain de René (Chateaubriand), Delphine (Madame de Staël) ou Claire d’Albe (Sophie Cottin). A ce titre Adolphe tranche dans la littérature du temps, par sa rudesse, sa cruauté, et le refus absolu de gommer les aspérités mortelles de l’âme humaine.

Si l’on devait résumer ce roman, on s’apercevrait vite que c’est déjà fait, dès les premières pages, dès les premières lignes. Dès les premiers instants de la liaison amoureuse des deux personnages centraux, tout autre élément narratif est évacué par Benjamin Constant. La passion amoureuse fait le vide, enferme dans un confinement affectif deux êtres dont la vie ne sera désormais qu’eux-mêmes. Les vagues qui vont et viennent de l’amour à la douleur, de l’amour à la haine, puis de la haine à l’amour, scandent toute l’œuvre. Répétitions ? Oui. Et non. Derrière l’apparente itération des sentiments, l’histoire avance, l’intérêt dramatique s’affine et se précipite, le désastre s’installe.

Urbex RDA, L’Allemagne de l’Est racontée par ses lieux abandonnés, Nicolas Offenstadt (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mardi, 30 Juin 2020. , dans Critiques, Les Livres, Essais, La Une Livres, Albin Michel, Histoire

Urbex RDA, L’Allemagne de l’Est racontée par ses lieux abandonnés, Nicolas Offenstadt, 225 pages, 34,90 € Edition: Albin Michel

« J’étais pourtant, et plus que jamais, conscient que l’humanité ne méritait pas de vivre, que la disparition de cette espèce ne pouvait, à tous points de vue, qu’être considérée comme une bonne nouvelle ; ses vestiges dépareillés, détériorés n’en avaient pas moins quelque chose de navrant » (Michel Houellebecq, La Possibilité d’une île).

Dans la sinistre panoplie des armes de destruction massive, la bombe à neutrons est (ou était ?) supposée anéantir toute vie humaine et animale, mais laisser intacts bâtiments et infrastructures. Faute (heureusement) de l’avoir testée dans des conditions réelles, on ignore si c’est vrai ou non. Le paradoxe est que, pour produire les résultats qu’on voit dans Urbex RDA, il n’a pas fallu faire usage de la moindre violence. La RDA est l’exemple d’un pays, d’un État, qui a disparu dans un éternument, sans que le moindre coup de feu ait été tiré. Autant, pour venir à bout de l’Allemagne nazie, il fallut sacrifier des millions d’hommes et utiliser des tonnes de bombes, autant l’effondrement du régime Est-allemand (dont il faut, cela va de soi, se féliciter) eut quelque chose de feutré et, pour tout dire, d’un peu minable, y compris dans le malentendu – le porte-parole du gouvernement Est-allemand, Günter Schabowski, relisant mal ses notes – qui conduisit à l’ouverture du Mur.

L’accord, Henri Raynal (par Jean-Paul Gavard Perret)

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 29 Juin 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Fata Morgana

L’accord, Henri Raynal, 160 pages, 20 € Edition: Fata Morgana

 

Les transversalités

Chez Raynal, le plaisir éclate dans des lâcher-prise et des épuisements paradoxaux là où se troque un éventuel « je t’aime » pour les mains du matin. Et ce, dans les marottes érotico-mystiques chères aux récits de l’auteur ; celui-ci, comme auparavant, et chez le même éditeur : Aux pieds d’Omphale, et Dans le secret. Dans ce texte, l’auteur nous plonge dans une abbaye de Thélème d’un nouveau genre. Aux moines font place des hommes probablement plus délinquants mais tels « offrants » phalliques acceptent avec joie le gouvernement des femmes.

Existent en conséquence bien des renversements de valeurs. La mise à nu de l’âme passe par des détours en un tel contexte et système. En ce qui devient un conte initiatique et un traité de philosophie mystique, la soif des douceurs de certains « fruits » dessine de nouvelles pistes au moment où le plaisir change de gouvernail et de gouvernance, et d’une certaine façon se réoriente et se démilitarise dans de nouvelles oppositions réformistes.

Bambi, Mons Kallentoft & Markus Lutteman (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Lundi, 29 Juin 2020. , dans Critiques, Les Livres, Polars, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Bambi, Mons Kallentoft & Markus Lutteman, 2019, trad. Hélène Hervieu, 528 pages, 9 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Midsommar c’est la saint Jean d’été en Suède. Pour célébrer le solstice on danse, on boit, on mange des harengs marinés, des pommes de terre nouvelles en salade et des fraises à la crème. On fait la fête ensemble et avec la nature. C’est un rituel païen. Cette année-là, le 25 juin, Linus Jonsson, qui n’a dormi que trois heures, fend les flots de la coque en aluminium de son bateau. Il croit apercevoir sur une petite île, non loin de Stockholm, des phoques qui se reposent. Isa Nehf, Theo Stranddahl, Hugo Löfwencrantz, Axel Hultqvist, sont découverts morts, Madelene Dahlén, très mal en point, survit, et Ebba Langer a disparu. Tous étaient lycéens au Hersby Gymnasium à Lidingö et étaient là pour s’amuser. Et l’on constate que l’un s’est enfoncé plusieurs couteaux en plastique dans la gorge, qu’un autre s’est mutilé la cuisse pour la manger. C’est un carnage dont les mouettes ont commencé à se repaître.

Le secret du clan, Gilles Baum, Thierry Dedieu (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 26 Juin 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Jeunesse

Le secret du clan, Gilles Baum, Thierry Dedieu, HongFei éditions, mars 2020, 44 pages, 13,90 €

 

Le crabe-araignée

Les deux auteurs, Gilles Baum, écrivant le texte, et Thierry Dedieu, l’illustrateur, collaborant ensemble pour la dixième fois, ont créé le tout nouvel album de jeunesse, Le secret du clan. La couverture cartonnée, au format 19,5x27 cm, offre des gros plans énigmatiques qui invitent à rentrer dans le récit. L’histoire, simple, relate les vacances d’été d’une petite fille japonaise dans une île préservée – ce qui n’est pas sans rappeler l’endroit secret du Tumulte des flots de Mishima. Une lente initiation au regard, à l’observation, à l’écoute et à la patience, va permettre à la fillette d’aborder doucement le mystère d’un tatouage. Il s’agit également du retour aux sources du sacré d’un Japon ancestral et de ses valeurs spirituelles, loin de l’avidité des habitants des grandes villes.