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Critiques

Une baignoire dans le désert, Jadd Hilal (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 03 Juillet 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Elyzad

Edition: Elyzad

 

La guerre : une affaire d’enfants.

Après Des ailes au loin, qui lui a valu un ample succès et plusieurs prix, Jadd Hilal publie son nouveau roman, Une baignoire dans le désert.

Quelque part dans un pays du Moyen-Orient, l’enfant Adel raconte son histoire. Il est toujours seul : divorcés, chacun de ses parents passe son temps au travail. « Je ne le voyais presque jamais en vrai, mon père » (p.17). À défaut d’humains, il a deux amis imaginaires : les deux insectes, Darwin et Tardigrade.

Un jour, la guerre éclate dans son village. Seul, il fuit l’appartement jusqu’à arriver au désert où il est enfermé dans un camp de combattants dirigé par un cheikh. Il est alors soupçonné de faire partie d’un camp ennemi. « Je n’en savais rien. Je n’avais rien à voir avec la guerre et ces histoires d’adultes mais le cheikh ne voulait pas me croire » (pp.57-58).

Sollers en peinture, Une contre-histoire de l’art, Olivier Rachet (par Philippe Chauché)

Ecrit par Philippe Chauché , le Jeudi, 02 Juillet 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Arts, Tinbad

Sollers en peinture, Une contre-histoire de l’art, Olivier Rachet, 214 pages, 21 € Edition: Tinbad

 

« Manet, Picasso ne sont ni modernes ni contemporains. Ce sont des dieux grecs, panthéistes et athées à la fois. Ils ne commandent rien mais font signe vers toute une palette de possibles, à faire vibrer ici et maintenant. Il n’est sans doute pas anodin que L’Éclaircie soit placée sous l’égide du Parménide de Martin Heidegger auquel Sollers emprunte les citations suivantes, autant de clefs pour comprendre la portée musicale de son écriture de la peinture :

« Un dieu grec n’est jamais un dieu qui commande, mais un dieu qui montre, qui indique.

Les dieux sont ceux qui regardent vers l’intérieur, dans l’éclaircie de ce qui vient en présence ».

Sollers, Rachet, ne sont ni classiques, ni modernes, ni contemporains. L’un écrit depuis toujours, sous la haute protection de déesses attentives, l’autre sait tellement bien lire et écouter les peintres, qu’il en devient écrivain. Sollers est en peinture depuis toujours, comme il est en musique, en littérature, et au cœur de la vie libre. Il faut simplement, lecteur agile, ne pas perdre de vue ce qui se découvre sous nos yeux lorsque l’on ouvre l’un de ses romans ou l’un de ses essais.

L’inondation, Evgueni Zamiatine (par Marie Duclos)

, le Mercredi, 01 Juillet 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Russie, Actes Sud

L’inondation, Evgueni Zamiatine, Livre audio lu par Jeanne Moreau, chez Actes Sud Diffusion Audio Edition: Actes Sud

 

Est-ce un roman, est-ce une nouvelle ?

Le livre est court mais puissant comme la vague d’une inondation. Il a été écrit en 1929, l’auteur est né à Lebedian, province de Russie, dont la langue est réputée.

Le thème de l’eau revient comme un refrain, comme le ressac, l’eau de la Neva, l’eau du brouillard, les larmes du chagrin… l’eau qui nettoie et enfouit le crime. La mort côtoie quatre protagonistes : Sofia, Trophim Ivanytch, son mari, Pelagaya, la voisine, et Ganka, la jeune adolescente qui travaille pour le couple.

Ganka disparaît… Seule Sofia connaît la vérité, vérité qui ne peut rester secrète et qui éclatera quand Sofia déclare une fièvre puerpérale.

L’Archet, Hélène Gloria, Pascale Maupou Boutry (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 01 Juillet 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Jeunesse

L’Archet, Hélène Gloria, Pascale Maupou Boutry, éditions Cipango, mars 2020, 40 pages, 18,50 €

 

Le musicien

Le tout récent album jeunesse L’Archet est le fruit de la collaboration d’Hélène Gloria (qui travaille également dans le laboratoire de recherche en environnement littoral de l’École Pratique des Hautes Études), et de Pascale Maupou Boutry, ayant étudié aux Bx-Arts de Toulouse, diplômée des Arts Décoratifs de Strasbourg. Le format large, 33,3 x 24,5 cm, permet de naviguer du texte à l’image pleine page. Chaque histoire est surmontée d’une frise entourant le médaillon d’une figure.

C’est d’abord par les souvenirs d’une dame russe aux cheveux blancs, l’hiver, sous la neige, que l’histoire d’un cirque va renaître. Cette dame se remémore un fait précis. La troupe avait accueilli l’arrivée d’un mystérieux violoncelliste, qui captait toute l’attention du public grâce à son brio. C’est par la voix de l’ancienne dompteuse que nous suivons les pérégrinations et les péripéties des membres du cirque, à travers leurs numéros respectifs. L’archet du violoncelliste semble magique, ce qui va provoquer la jalousie des autres musiciens, des acrobates, des clowns, et de la dompteuse de tigres.

Adolphe, Benjamin Constant (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mardi, 30 Juin 2020. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Le Livre de Poche

Adolphe, 219 pages, 3,70 € . Ecrivain(s): Benjamin Constant Edition: Le Livre de Poche

 

Benjamin Constant, plus encore que romancier romantique, est, avec Goethe, l’un des grands auteurs du Sturm Und Drang par son opposition radicale à la tradition du roman d’amour sage et policé du XVIIIème siècle. Marcel Arland le rappelle dans sa préface, Adolphe est contemporain de René (Chateaubriand), Delphine (Madame de Staël) ou Claire d’Albe (Sophie Cottin). A ce titre Adolphe tranche dans la littérature du temps, par sa rudesse, sa cruauté, et le refus absolu de gommer les aspérités mortelles de l’âme humaine.

Si l’on devait résumer ce roman, on s’apercevrait vite que c’est déjà fait, dès les premières pages, dès les premières lignes. Dès les premiers instants de la liaison amoureuse des deux personnages centraux, tout autre élément narratif est évacué par Benjamin Constant. La passion amoureuse fait le vide, enferme dans un confinement affectif deux êtres dont la vie ne sera désormais qu’eux-mêmes. Les vagues qui vont et viennent de l’amour à la douleur, de l’amour à la haine, puis de la haine à l’amour, scandent toute l’œuvre. Répétitions ? Oui. Et non. Derrière l’apparente itération des sentiments, l’histoire avance, l’intérêt dramatique s’affine et se précipite, le désastre s’installe.