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Critiques

Asta, Jon Kalman Stefansson (par Catherine Blanche)

Ecrit par Catherine Blanche , le Vendredi, 27 Septembre 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Folio (Gallimard)

Asta, traduit de l'islandais par Eric Boury, 2019, 480 p. 8,40 € . Ecrivain(s): Jon Kalman Stefansson Edition: Folio (Gallimard)

 

En bon Islandais, Stefánsson m’a prise dans ses filets, et je ne sais pas bien pourquoi !

Parce qu’il y a toujours dans ses livres des âmes assoiffées de livres, de poèmes, de musique avec des paysages qui sont comme des symphonies ?

Parce qu’il cherche avant tout à forcer le regard vers l’envers de ce qui est donné à voir ?

Les deux certainement !

Ainsi, après Entre ciel et terre (ma première approche de l’écrivain), j’aborde Ásta avec gourmandise.

Le Kurde qui regardait passer les nuages, Fawaz Hussain (par Robert Sctrick)

Ecrit par Robert Sctrick , le Vendredi, 27 Septembre 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

Le Kurde qui regardait passer les nuages, éditions Zinédi, septembre 2019, 118 pages, 12,90 € . Ecrivain(s): Fawaz Hussain

 

Il est des vies qu’on raconte un peu comme si l’on disait, à chaque image qu’on montre : « Attention, documentaire ! Ne pas s’émouvoir outre mesure ». Cela suppose, certes, une certaine maîtrise de ce que nous appellerions la matière narrative, qui tient l’émotion en lisière et la réserve plutôt à la poésie. La poésie, comme dirait un élève de collège un peu informé, comme ils le sont tous aujourd’hui – ils ont tout vu –, c’est quand on parle de soi. Ou alors de Dieu, sans le savoir, mais pas du monde.

Depuis Tristan et Iseut jusqu’aux Yeux d’Elsa, c’est ainsi. Et savez-vous pourquoi ? Peut-être parce que nous sommes habités par l’Ennui, cette allégorie majuscule qui charge l’œil « d’un pleur involontaire ». Peu s’en faut que Fawaz Hussain, qui se met sous le signe de l’étranger, nous interpelle d’un « Hypocrite lecteur – mon semblable – mon frère ! », ce vrai frontispice des Fleurs du mal. Bien sûr que dans ce monde mondialisé, dans cette vie dévitalisée, sauf pour ceux qui la dévitalisent davantage, c’est le haut qui console. Hamlet aussi regardait les nuages, sinon que lui servait à prendre au piège l’inanité, l’insanité, de l’autre – pour échapper à la sienne ?

De mémoire, Yamina Benahmed Daho (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 27 Septembre 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Gallimard

De mémoire, février 2019, 144 pages, 14,50 € . Ecrivain(s): Yamina Benahmed Daho Edition: Gallimard

 

Éloge de la mémoire

La narratrice Alya, trentenaire, fête le nouvel an 2011 chez son amie Suzanne, quelque part à Paris. Ne trouvant pas de transport pour retourner dans son propre appartement, elle revient vers Suzanne. Dans le hall d’entrée de l’immeuble, elle subit une tentative de viol. Elle s’échappe par miracle de l’agression dont elle ne garde que quelques images floues.

La narratrice sombre ensuite dans l’abîme d’une peur permanente qui lui cause des insomnies et lui touche la santé. « Je ne dors plus, ou très peu, depuis le 1er janvier. Quand je ferme les yeux, je ne peux penser à rien d’autre. Je ne cesse de revoir la scène sauf qu’elle ne m’apparaît jamais de façon continue. Certains éléments sont verrouillés, invisibles » (p.16).

Alya suspend sa formation sur la restauration du patrimoine. Elle a la phobie de l’espace public et des autres. Elle affirme : « l’extérieur me paralyse » (p.60). « C’est fatiguant d’être dans un état de vigilance permanent, d’être à l’affût des signes d’un danger hypothétique » (p.46.), ajoute-t-elle.

Comme Dieu le veut, Niccolò Ammaniti (par Léon-Marc Levy)

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 26 Septembre 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman, Le Livre de Poche, Italie

Comme Dieu le veut (Come Dio comanda, 2006), trad. italien Myriem Bouzaher, 531 pages, 8,30 € . Ecrivain(s): Niccolò Ammaniti Edition: Le Livre de Poche

 

C’est un roman noir. Très noir. Encore un dit-on ? Non UN roman noir, unique en son genre, par sa puissance lyrique, son style qui hache menu, ses personnages époustouflants, improbables, inoubliables. Ammaniti situe son drame dans une banlieue perdue de Turin, peuplée de ces êtres paumés qu’on peut trouver dans les banlieues perdues. Perdus à ce point rarement sans doute. Rino Zena et son jeune fils Cristiano, Quattro Formaggi (qui doit son surnom à sa passion pour les pizzas), Danilo et leurs satellites sont des marginaux d’une extrême pauvreté, qui vivent dans des lieux improbables, la tête bourrée de délires invraisemblables, petits délinquants à la petite semaine. Ce sont surtout des personnages au bord de l’idiotie maladive, dans la grande tradition littéraire des paumés de Steinbeck ou de McLiam Wilson.

Le « chef », c’est Rino Zena. Il est « nazi », affiche des drapeaux frappés de la croix gammée dans son taudis. En fait, c’est lui qui est frappé. Atteint de délires paranoïaques et mégalomaniaques. Le malheureux gamin qui lui sert de fils – le seul personnage à peu près normal de l’histoire – doit subir ce père, qu’il aime profondément. Curieux et impossible chemin initiatique que les pas de ce père.

Après cent ans, Jean-Yves Acquaviva (par Emmanuelle Caminade)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 25 Septembre 2019. , dans Critiques, Les Livres, La Une Livres, Roman

Après cent ans, Colonna Edition, juin 2019, trad. corse, Bernadette Micheli, 100 pages, 15 € . Ecrivain(s): Jean-Yves Acquaviva

 

Ecrit en corse et publié en 2014, le deuxième roman de Jean-Yves Acquaviva vient de paraître en français sous le titre Après cent ans, dans la fidèle traduction de Bernadette Micheli. C’est un roman d’apprentissage atypique, un conte plus philosophique qu’initiatique rendant poreuses les frontières du rêve et de la réalité. Et on ne peut s’empêcher de le mettre d’emblée en parallèle avec Le Garçon (Zulma, 2016), tant l’argument de départ et la démarche sont étonnamment similaires, la comparaison ne nuisant aucunement à l’auteur dont la courte fiction ne s’avère pas moins marquante que le long roman de Marcus Malte.

Sa mère étant morte en lui donnant naissance, le héros a été élevé dans un pâturage de montagne par un berger muet et solitaire. A la mort de ce premier père, cet enfant privé de parole et même de nom, se retrouvant comme un chien brusquement abandonné par son maître, quitte le paradis innocent de son enfance, ce monde limité par sa « pierre-oiseau » sur la crête dominant l’immense « étendue turquoise » mêlant dans le lointain le bleu du ciel et de la mer.