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Actes Sud

Telluria, Vladimir Sorokine

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 10 Mars 2017. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Roman

Telluria, février 2017, trad. russe Anne Coldefy-Faucard, 352 pages, 22,20 € . Ecrivain(s): Vladimir Sorokine Edition: Actes Sud

 

Telluria est une sorte de grande fresque post-contemporaine qui propulse et bringuebale le lecteur dans les prochaines décennies du XXIe siècle, dans une Russie éclatée par des tendances séparatistes alors que les Chinois ont débarqué sur Mars, et sur un territoire plus vaste encore allant de l’Atlantique jusqu’au Pacifique, à travers une Europe post-wahhabite, elle-aussi éclatée. Une sorte de Moyen-âge de science-fiction dans lequel il est difficile de trouver des repères pour commencer, tellement c’est la pagaille. Ça démarre dans une sorte de fabrique de casse-têtes, où on comprend qu’il y a des petits et des grands, les petits étant vraiment minuscules et les grands vraiment géants. Et ce ne sont pas les seules créatures étranges qu’on croisera tout au long du foisonnement de ces 350 pages, des humains zoomorphes, des centaures et des robots… On y voyage plutôt à voiture à cheval, les autotractés étant de plus en plus rares, et elles roulent à la pomme de terre, certains privilégiés peuvent voler aussi avec des ailes motorisées. La dystopie fait dans le post-anachronisme.

Le silence même n’est plus à toi, Aslı Erdoğan

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Samedi, 25 Février 2017. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Bassin méditerranéen

Le silence même n’est plus à toi, janvier 2017, trad. turc Julien Lapeyre de Cabanes, 176 p., 16,50 € . Ecrivain(s): Aslı Erdoğan Edition: Actes Sud

 

C’est un long cri d’alarme et de douleur que pousse Aslı Erdoğan tout au long de ce petit et précieux recueil composé de vingt-neuf chroniques de la vie turque d’aujourd’hui. De nombreux thèmes sont abordés : le statut des femmes dans la société, le manque de liberté, d’égalité, la répression, l’enfermement, l’étouffement.

Le titre du recueil est tiré d’un poème de Georges Séféris, Gymnopédie, « Mycènes » :

« Le silence même n’est plus à toi,

En ce lieu où les meules ont cessé de tourner ».

Dans ce pays d’oppression, même notre propre mort nous est confisquée. En temps de guerre, il semble que le monde ait moins besoin de vérité. C’est pour la défense d’une vérité intangible de l’humain et de la femme, en laquelle elle croit et pour laquelle elle s’engage jusqu’à l’emprisonnement, qu’Erdogan prend la plume.

Où j’ai laissé mon âme, Jérôme Ferrari

Ecrit par Isabelle Siryani , le Vendredi, 27 Janvier 2017. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Où j’ai laissé mon âme, 160 pages, 17,30 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari Edition: Actes Sud

 

Où j’ai laissé mon âme lui fait mal. A l’âme. Car il lui parle, il l’interroge. Il exige d’elle des réponses tout en sachant qu’il n’y en a pas. C’est là tout l’art de Jérôme Ferrari. Poser les questions sans les poser. Retourner nos tripes sans avoir l’air d’y toucher. Sans violence, alors que si, c’est violent. Le roman est puissant, fort et exigeant. Historiquement juste et douloureux, même s’il n’est que fiction, et profond comme on l’attend d’un roman de guerre. Mais c’est aussi un roman d’amour. Où de l’amour ? Une relation de frères d’armes entre deux hommes, deux soldats, deux gradés pendant la bataille d’Alger. Oui c’est bien une forme d’amour. Deux héros. Deux héros, vraiment ? Est-on héros quand on a honte ? Est-on héros et coupable à la fois ? Un roman de guerre, d’honneur et d’amour donc, mais avant tout un roman d’hainamoration.

 

Où l’adoration vire à la haine…

Les dieux de la steppe, Andreï Guelassimov

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 24 Janvier 2017. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Russie, Roman

Les dieux de la steppe, novembre 2016, trad. russe Michèle Kahn, 348 pages, 22,80 € . Ecrivain(s): Andreï Guelassimov Edition: Actes Sud

 

On s’attache vite à Petka, ce gamin dégourdi, inventif, ce bâtard, ce fils de pute comme la plupart l’appellent, puisqu’il n’a pas de père ou tout du moins on ne lui dit pas qui c’est. Petka vient d’adopter un louveteau en cachette, le sauvant ainsi d’une mort certaine, promettant d’apporter en échange aux militaires de la gnole que son grand-père vend en contrebande chez les Chinois, de l’autre côté de la frontière. Petka, dont la mère est très jeune et très dépressive, traîne surtout chez sa grand-mère Daria et le grand-père Artiom. Petka est la cible préférée de toute une bande de méchants garnements menée par Lionka l’Atout, véritable petit tyran, dont la mère fréquente beaucoup les militaires, tandis que le père est au front.

Nous sommes en 1945, dans un petit village au fin fond de la Sibérie nommé Razgouliaevka. Il n’y a pas grand-chose à manger, la vie semble comme au ralenti et l’un des jeux principaux des gamins consiste à chercher Hitler, qui se cacherait quelque part dans le coin. La guerre n’est pas tout à fait finie, une offensive contre les Japonais se prépare.

Trois ex, Régine Detambel

Ecrit par Philippe Leuckx , le Samedi, 21 Janvier 2017. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Trois ex, janvier 2017, 144 pages, 15,80 € . Ecrivain(s): Régine Detambel Edition: Actes Sud

 

L’auteur de Opéra sérieux et de La Splendeur aime assez nous plonger dans un romanesque documenté, où l’histoire nourrit le portrait des personnages. On retrouve ici dans Trois ex ce goût pour des personnages réels, hauts en couleurs. La figure d’August Strindberg sert de fil conducteur à ce récit des trois mariages du dramaturge. L’écriture suit de 1877 à 1912 les soubresauts intimes, familiers, conjugaux de l’écrivain suédois (1849-1912). Trois femmes – Siri, Frida, Harriett – composent ce livre qui passe au scalpel fin les déroutes sentimentales d’un homme, trop conscient de ses mérites, bousculant la tradition, heurtant les bonnes conventions, s’imposant avec brutalité et égoïsme à ses proches.

Qu’il est ardu, pour ces femmes qui l’aiment, de devoir supporter ce caractère infernal (n’a-t-il pas écrit Inferno ?), de subir les emprunts pour ses livres à leur vie personnelle. Ce qu’il fait pour toutes ses connaissances, avec un plaisir semblable : puiser dans les défauts de tout un chacun pour mieux les exhiber dans ses pièces et romans.