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La Huitième Reine, Bina Shah (2ème critique)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Lundi, 13 Juin 2016. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Roman

La Huitième Reine, février 2016, trad. anglais Christine Le Bœuf, 360 pages, 23 € . Ecrivain(s): Bina Shah Edition: Actes Sud

Après de nombreuses années d’exil, suite à une amnistie, Benazir Bhutto atterrit à Karachi le 18 octobre 2007. Elle est pressentie pour devenir de nouveau premier ministre du Pakistan.

Ali Sikandar, à la fois étudiant à Bhutto University et reporter pour la chaîne de télévision privée City24 News, est chargé de couvrir l’évènement. Un attentat a lieu, tuant plus d’une centaine de personnes dont Haroon le cameraman d’Ali. Ce dernier qui sort très choqué de cette épreuve est amené à se poser des questions.

Personnage central, de ce livre, Ali a une vie un peu particulière. Expatrié pendant un certain temps à Dubaï pour suivre ses études, il est obligé de rentrer à Karachi pour aider sa mère et ses frères et sœurs. Son père, qu’il hait, a abandonné sa famille pour se remarier. Ali cache cette situation à ses proches et prétend que son père est mort. Il a peur d’être détesté non pas tellement pour le remariage de son père que pour les origines de ce dernier. C’est un Pir, un féodal appartenant à la classe dominante accusé d’exploiter le peuple. Ali, comme tous jeunes de son pays, se pose des questions sur la politique du Pakistan et ses dérives. Il se demande s’il doit rester ou préférer à nouveau l’expatriation. Dans sa chair, il vit douloureusement son amour pour sa fiancée hindoue à qui il a aussi caché ses origines.

Confiteor, Jaume Cabré

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 08 Juin 2016. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Espagne

Confiteor (Jo confesso), trad. catalan Edmond Raillard, 784 pages, 26 € . Ecrivain(s): Jaume Cabré Edition: Actes Sud

 

Un monument !

Quelques lignes pour rendre compte de la lecture de Confiteor… Cela semble relever du défi tant le monument qu’a bâti Jaume Cabré est touffu, riche, plein de couloirs et de portes qui surprennent… Il serait peut-être plus raisonnable de s’en tenir là et de tout simplement conseiller au lecteur de faire le grand plongeon dans ces presque 800 pages, avec ou sans boussole. Un monument qui a pris huit années à son auteur…

Confiteor c’est l’histoire d’un violon… Non. Confiteor c’est une expérience d’écriture qui reprend et développe à l’infini l’écriture faulknérienne… Non. Confiteor c’est un roman philosophique ou de la philosophie mise en récit sur l’histoire du mal et l’impuissance de la culture contre les fanatismes obscurs qui rythment l’histoire… Non. Confiteor c’est l’histoire d’un amour impossible perpétuellement contrarié… Non. Confiteor c’est un roman qui mêle avec une diabolique habileté la réalité et la fiction… Confiteor c’est… C’est tout cela à la fois. Et d’autres choses encore. Comme une expérience de lecture exigeante, perturbante, fascinante, épuisante, réjouissante… Tout cela à la fois.

Treize hommes, Sonia Faleiro

Ecrit par Martine L. Petauton , le Samedi, 04 Juin 2016. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Roman

Treize hommes, avril 2016, trad. anglais (Inde) Eric Auzoux, 101 pages, 13,80 € . Ecrivain(s): Sonia Faleiro Edition: Actes Sud

 

Drôle de livre, à part, mais, si important.

Très peu de pages serrées, précises, qu’on nous pose comme devant un jury d’assises ; rapport de police ? contenu de dossier judiciaire ? Il y a de tout ça, avec la distance, le regard porté à la fois tout en bas – au ras des faits bruts, et de plus haut, comme l’exige une enquête dont on espère, qu’au bout, elle frôlera la vérité… Histoire vraie, celle – il y en a tant en Inde de nos jours – d’un viol collectif, de cette femme-là, « Baby », dans une lointaine province du Bengale occidental, au creux d’un tout petit village replié sur les usages ancestraux de l’ethnie Santal. Là, entre misère et encore misère, « certains des villageois n’avaient jamais vu un train ».

Sur la couverture du livre, Actes Sud a posé une photographie qui dit tout de l’histoire : une femme, jeune, de dos (elle pleure peut-être), qui porte un sari mais le haut du buste dénude ce qu’il faut, pour qu’on ait ce cas de figure : « d’un côté, Baby, de l’autre, tout le monde sauf elle ».

Et leurs baisers au loin les suivent, Corinne Royer

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Samedi, 21 Mai 2016. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Et leurs baisers au loin les suivent, janvier 2016, 272 pages, 20 € . Ecrivain(s): Corinne Royer Edition: Actes Sud

 

Et si en lisant le dernier roman de Corinne Royer, Et leurs baisers au loin les suivent, nous étions emportés dans une équipée de fête foraine. Car, ça tourne dans ce roman, ça baguenaude, ça vire et ça bouscule, ça mange du pimenté, du sucré, ça boit parfois au-delà du raisonnable, ça nous submerge, ça souffle le chaud et le froid, ça dévaste, ça enflamme, ça effraie et ça attendrit dans un même temps. On sourit, on pleure. En bref, ça déménage dans les manèges de la mémoire.

Alors, on se laisse porter, emporter dans cette histoire d’errance et d’ancrage, de terre et d’alluvions, de soleil et d’orage, de bruit et de fureur, de transmission et d’héritage.

Nous y rencontrons la principale protagoniste, Cassandre, personnage bien réel et mythologique. Maintenant vieille, elle reste une femme d’une grande beauté. Elle prédit les malheurs mais sa lucidité se heurte à l’ignorance. Personne ne croit à ses prédictions. Mais c’est aussi une Mère Courage qui réussira finalement à changer la marche du destin et à apporter une paix fragile mais tenace. C’est elle qui arpente la fête foraine.

Destiny, Pierrette Fleutiaux

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Mercredi, 18 Mai 2016. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Destiny, avril 2016, 192 pages, 19 € . Ecrivain(s): Pierrette Fleutiaux Edition: Actes Sud

 

Le nouveau récit de Pierrette Fleutiaux est mené comme une enquête policière empreinte d’émotion : « Dès qu’elle tente d’y voir clair dans la vie de Destiny, Anne se heurte à des questions en apparence banales mais qui soulèvent aussitôt toutes sortes d’autres questions ».

Dans cette relation improbable qui se noue, il faut abandonner la raison, lâcher prise, renoncer à comprendre au sens cartésien du terme. Seuls l’intuition, la confiance, la ligne de démarcation entre le bien et le mal fondent la complicité entre deux femmes que tout semble opposer : Anne est française, blanche et éduquée, Destiny est une réfugiée nigérienne qui a traversé la Libye et l’Italie, qui ne maîtrise pas le français, parle mal l’anglais et semble ne connaître aucun des codes nécessaires à l’adaptation dans un pays occidental comme la France. Mais ce qu’Anne pense profondément en son for intérieur, c’est que : « s’il est en chaque être une sorte d’axe moral qui ordonne sa vie, celui de Destiny est d’une parfaite droiture.

Pour le reste, vérité et mensonge ne sont pas des concepts de référence très utiles quand on côtoie les miséreux du monde ».