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Actes Sud

Le septième jour, Yu Hua

Ecrit par Cathy Garcia , le Samedi, 31 Janvier 2015. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Roman

Le septième jour, octobre 2014, traduit du chinois par Isabelle Rabut et Angel Pino, 272 pages, 22 € . Ecrivain(s): Yu Hua Edition: Actes Sud

 

Le septième jour est un récit étrange, envoûtant, d’un humour délicat qui joue avec l’absurde et d’une grande tristesse, qui fait le va et vient entre les souvenirs d’une vie dans l’ici-bas et la douceur et la fantaisie poétique d’un au-delà. Sous cette apparence inoffensive, c’est surtout une façon de pointer les inégalités et les problématiques de la société chinoise contemporaine. Un récit découpé en sept chapitres, du premier au septième jour après la mort du narrateur, ce qui rappelle forcément les sept étapes de la création du monde dans le mythe biblique, mais s’inspire aussi de croyances traditionnelles chinoises à propos des sept jours pendant lesquels, après sa mort, l’âme du défunt erre autour de sa maison avant de rejoindre sa sépulture.

Yang Fei, le narrateur, meurt à la suite d’une explosion accidentelle dans un restaurant. C’est alors que la morgue l’appelle pour lui dire qu’il est en retard pour son incinération et qu’il doit se dépêcher d’arriver. Ainsi débute son errance dans cette nouvelle dimension, de l’autre côté de la très fine membrane qui sépare le monde des morts de celui des vivants.

Les tendres plaintes, Yôko Ogawa

Ecrit par Victoire NGuyen , le Samedi, 31 Janvier 2015. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Japon

Les tendres plaintes, traduit du Japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle et Yukari Kometani, septembre 2014, 256 pages, 7,70 € . Ecrivain(s): Yoko Ogawa Edition: Actes Sud

 

« La ballade de l’impossible »

Une calligraphe de Tokyo, Ruriko, vient de prendre la fuite. Elle quitte précipitamment son appartement pour aller se réfugier dans la maison de son enfance. Au fil de la lecture, on apprend qu’elle a été une épouse bafouée, maltraitée et trompée. « Je m’étais rendu compte trois ans auparavant que mon mari avait quelqu’un d’autre dans sa vie, mais notre relation s’était déjà détériorée. L’un de nous avait suggéré de vivre séparément et nous avions même parlé de divorce. En soustrayant ces années de nos douze ans de vie commune, il ne restait plus qu’une courte période sans discorde ».

La demeure, perdue dans la forêt, devient un abri, un lieu pour se cacher : « Lorsque je n’y étais pas allée depuis plusieurs années, le vaste mais sobre chalet m’était apparu avec fraîcheur jusque dans ses moindres recoins. Là-bas, je serais certainement accueillie. Il s’occuperait bien de moi ».

Petits oiseaux, Yôko Ogawa (2ème article)

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Mercredi, 28 Janvier 2015. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Japon

Petits oiseaux, traduit du japonais par Rose-Marie Makino-Fayolle, septembre 2014, 272 pages, 21,80 € . Ecrivain(s): Yoko Ogawa Edition: Actes Sud

 

« Tous les chants d’oiseaux sont des chants d’amour ».

Dans son dernier ouvrage paru aux éditions Actes Sud, Yôko Ogawa pose la question : qu’est-ce qu’être soi dans l’insécurité sociale et familiale si la parole n’existe pas en tant que lien de sociabilité ?

Comment vivre, se construire si les racines de l’affiliation sont rompues ? La transparence aux êtres y serait-elle liée, si l’autre n’existe pas ? Dans Petits oiseaux, l’écriture est un monde en forme de cage qui offre néanmoins une part à la liberté qui nous convient, faisant de chacun de nous des oiseaux, sifflant des chants d’amour que personne n’entend mais que l’on comprend parfois, au travers de nos propres illusions… Il faut alors fusionner l’espace du silence et du temps de l’écoute (ou de la lecture !) pour retrouver peu à peu les mots oubliés dans l’espace de la psyché ; enjeu même de la distance toute japonisante du vivre ensemble et d’une double identification aux fonctions multiples, interrogeant l’acte de penser l’écriture, en tant que création d’une vision à la Max Ernst, du type Loplop présente :

L’azalée blanche, Yi Ch’ǒngjun

Ecrit par AK Afferez , le Lundi, 05 Janvier 2015. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Nouvelles

L’azalée blanche, novembre 2014, traduit du Coréen Jeong Eun-Jin et Patrick Maurus, avec l’aide de Margaret Chung et Jacques Batilliot, 206 p. 21 € . Ecrivain(s): Yi Ch’ǒngjun Edition: Actes Sud

 

Yi Ch’ǒngjun n’est pas complètement inconnu en France – Actes Sud ayant publié six de ses recueils de nouvelles et romans – et L’azalée blanche confirme un talent des plus fascinants. Reconnu comme l’un des auteurs majeurs du XXème siècle en Corée, Yi fait preuve dans ce recueil d’une écriture à fleur de peau, nuancée, reflétant tout glissement imperceptible de la sensibilité des personnages. Le style lui-même mime le mouvement non-linéaire et discontinu d’une pensée qui cherche autant à explorer l’inconscient qu’à raconter une histoire. Quant à la traduction, faite en général à quatre mains, elle réussit assez bien à rendre compte de ces allées-et-venues incessantes, de ces croisements entre les voix narratives et les cadres temporels, même si certaines inégalités dans le registre et la tonalité peuvent être relevées.

Il paraît que chaque écrivain a ses obsessions propres, explorées inlassablement à travers l’ensemble de son œuvre. Chez Yi Ch’ǒngjun, elles sont réunies principalement dans la figure de la mère. Tantôt envahissante, tantôt effacée, voire absente, bien souvent le catalyst de l’histoire, la mère est le prisme par lequel les personnages se construisent, et par laquelle nous, lecteurs, comprenons ces personnages.

Automobile Club d’Egypte, Alaa El Aswany

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 05 Décembre 2014. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Moyen Orient

Automobile Club d’Egypte, février 2014, traduit de l’Arabe (Egypte) par Gilles Gauthier, 541 pages, 23,80 € . Ecrivain(s): Alaa El Aswany Edition: Actes Sud

 

Une histoire de l’Egypte pré-Nasser


A l’ouverture du roman, le lecteur assiste au départ d’un romancier, le double de l’auteur, vers sa résidence secondaire, loin de la ville tumultueuse du Caire. Parvenu à destination, il entend se reposer. Mais c’est peine perdue car aussitôt arrivé, il est dérangé dans son intimité par un couple aux allures pour le moins étranges. Ces derniers se présentent comme les personnages de son dernier roman :

« Monsieur, je vous prie de me croire. Je suis Kamel Hamam et voici ma sœur, Saliha. Dieu sait combien nous vous aimons. Ma sœur et moi sommes sortis de votre imagination pour entrer dans la vie réelle. Vous nous avez imaginés dans le roman. Vous vous êtes représenté notre vie dans tous ses détails puis vous avez mis cela par écrit. Lorsque la description d’un personnage parvient à un certain degré, celui-ci se met en quelque sorte à exister. Il passe de l’imagination à la réalité ».