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Actes Sud

A l’origine notre père obscur, Kaoutar Harchi

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 26 Août 2014. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

A l’origine notre père obscur, août 2014, 176 pages, 17,80 € . Ecrivain(s): Kaoutar Harchi Edition: Actes Sud

 

 

A l’origine notre père obscur, troisième roman de Kaoutar Harchi, jeune écrivain d’origine marocaine, explore la vaste thématique des rapports hommes/femmes en interrogeant cette fois leur violence à travers des voix féminines. Une violence qui, déjà inscrite dans les textes fondateurs de la culture judéo-chrétienne, n’est pas spécifique aux sociétés arabo-musulmanes, et ne s’avère pas non plus le seul fruit de la domination masculine sur le corps des femmes. Ces dernières en effet, gardiennes acharnées de la tradition, sont le principal relais d’une violence révélant l’ampleur de la répression sexuelle et de l’asservissement des femmes mais aussi de la misère sexuelle et affective des hommes dans une société verrouillée mortifère. Réussir à exister dans ce monde, à vivre, c’est à dire à « prendre son élan et sauter dans le vide » nécessite ainsi un courageux « travail sur soi » pour pouvoir assumer le « vertige » de sa liberté.

Orphelins de Dieu, Marc Biancarelli

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 22 Août 2014. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La rentrée littéraire

Orphelins de Dieu, août 2014, 240 pages, 20 € . Ecrivain(s): Marc Biancarelli Edition: Actes Sud

 

Auteur de nombreux ouvrages publiés en corse et en français chez des éditeurs insulaires, Marc Biancarelli ne commença à se faire connaître sur le continent qu’avec la traduction de son deuxième roman, Murtoriu, parue en 2012 au domaine étranger d’Actes Sud. Un livre magnifique dont la visibilité fut peut-être un peu atténuée par le succès du Goncourt.

Orphelins de Dieu, écrit, lui, en français, devrait assurer à cet auteur une renommée méritée. Sorte d’anti-western se déroulant dans la Corse du XIXème siècle et nous faisant chevaucher avec ses héros vers la frontière du bien et du mal sans le moindre manichéisme, ce roman violent, sanglant mais non exempt de dérision ni de tendresse, dont la beauté du style subjugue le lecteur dès les premières lignes, revêt en effet une dimension intemporelle et universelle qui vient éclairer le présent. Un roman puissant aux accents épiques et aux interrogations philosophiques se présentant aussi comme une vaste rêverie plongeant dans la mémoire des hommes pour nous inviter à la réflexion.

De toutes les richesses, Stefano Benni

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 22 Août 2014. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Italie

De toutes les richesses, Traduit de l'italien par Marguerite Pozzoli, juin 2014, 288 pages, 22 € . Ecrivain(s): Stefano Benni Edition: Actes Sud

Martin, un professeur d’âge avancé, est retraité dans un village des Apennins. Il y vit, pas à tout à fait seul car il s’entoure aussi à l’occasion d’animaux qui lui parlent, tel son chien. Il n’est pas un ermite intégral car il est resté en contact avec Remorus, artiste quelque peu cynique, assoiffé de gloire, de reconnaissance, et avec Voudstok, cultivateur de cannabis, nostalgique des années 60, dont l’auteur trace le portrait :

« Virgile, alias Voudstok, habite dans une maison rutilante de tags, à un kilomètre et demi d’ici. Pour lui, le temps s’est arrêté à l’époque du paléo-rock et de Woodstock. Il a le même âge que moi, mais il porte des jeans pattes d’éléphant ornés de dessin, des gilets en cuir, une longue queue de cheval de cheveux blanchâtres, et touche finale, un bandana sur le front ».

Désireux de prendre ses distances avec le milieu universitaire dont il est issu et dont il connaît tous les codes, Martin apprend par Voudstok qu’un jeune couple s’installe près de chez lui. Le compagnon, que Martin surnomme Le Torve, ne provoque guère de sympathie chez lui ; il n’en est pas de même pour Michelle qui réveille en lui des sentiments, des sensations, des désirs qu’il croyait ensevelis, classés dans ses archives affectives. Il revit, redécouvre, par l’échange et la conversation avec Michelle, des nouvelles potentialités. Ainsi précise-t-il à Michelle le sens de l’attente dans l’amour :

Le règne du vivant, Alice Ferney

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 20 Août 2014. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Le règne du vivant, 20 août 2014, 208 pages, 19 € . Ecrivain(s): Alice Ferney Edition: Actes Sud

 

Ce récit aurait pu commencer par « Appelez-moi Gérald », à l’image de l’ouverture du Moby Dick d’Herman Melville, « Appelez-moi Ismaël », tant le souvenir du capitaine Achab revient irrésistiblement au lecteur. Ce n’est pas seulement parce que le récit tourne autour des baleines et de leurs chasseurs, mais aussi par la puissance du personnage central du récit, le capitaine Magnus Wallace. Celui-ci est par contre un chasseur de chasseur qui navigue de par le monde pour harceler non les baleines, mais les industriels qui arment de gigantesques navires usines qui tuent les grands cétacés au mépris le plus total des accords internationaux, avec la plus totale passivité, quand ce n’est pas avec la complicité, des autorités nationales.

Gérald Asmussen est un journaliste norvégien qui fait le choix de suivre dans ses expéditions l’activiste écologiste radical qu’est le capitaine Wallace. Un capitaine militant qui dérange avec ses méthodes qui ressemblent beaucoup à celles adoptées par les activistes de Greenpeace : radicale mais fondamentalement non-violente, ou plutôt contraignant leurs adversaires à faire état de leur violence quotidienne.

Du pétrole sur l’eau, Helon Habila

Ecrit par Victoire NGuyen , le Vendredi, 04 Juillet 2014. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Roman

Du pétrole sur l’eau, traduit de l’Anglais (Nigeria) par Elise Argaud, avril 2014, 289 pages, 22,80 € . Ecrivain(s): Helon Habila Edition: Actes Sud

 

La malédiction de l’or noir


Rufus est un jeune journaliste qui accepte une mission périlleuse, celle de retrouver une anglaise, enlevée par les rebelles, et de la ramener à son mari.

« Les jours précédents, il avait vu son visage accolé à celui de son épouse dans les journaux et à la télévision. Un ingénieur britannique travaillant pour une compagnie pétrolière, dont la femme, sortie seule, n’était jamais revenue – elle avait dû être enlevée par les rebelles ».

Accompagné de son ami et mentor, Zaq, un journaliste expérimenté et alcoolique, Rufus entame une descente du delta du Niger sur la piste de ces kidnappeurs. La description des vingt premières pages est retentissante tant par son style que par son contenu. En effet, Helon Habila se sert des mots comme d’un appareil photographique. Ses mots colorent de noir la nature du pays de l’or noir : le Nigéria. Même si le terme « écocide » n’est jamais prononcé, le lecteur ne peut que constater le désastre causé par le pétrole et les torchères à la nature et aux hommes.