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Le feu de Jeanne, Marta Morazzoni

Ecrit par Marc Ossorguine 06.01.16 dans Actes Sud, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Italie, Histoire, Récits

Le feu de Jeanne, octobre 2015, trad. italien Marguerite Pozzoli (Il fuoco di Jeanne), 189 pages, 18,50 €

Ecrivain(s): Marta Morazzoni Edition: Actes Sud

Le feu de Jeanne, Marta Morazzoni

 

C’est plus à une exploration empreinte d’une certaine nostalgie que nous convie Marta Morazzoni en partant sur les traces de celle qui n’était peut-être pas que la paysanne lorraine que l’histoire a retenue et exploitée, en faisant l’étendard de causes pas toujours compatibles entre elles. On peut trouver un peu anachronique une telle quête, ou pire, la penser suspecte d’on ne sait quelle nouvelle exploitation idéologique et politique. Ce serait oublier ce qu’il peut y avoir d’étrange, d’inexpliqué, voire de fascinant dans le destin de la Pucelle – sans doute bien reconstruit par la légende, par l’histoire ou par ceux qui les écrivent. Le cinéma ne s’y est pas trompé qui a à maintes reprises tenté de donner visage, chair, regard et voix au personnage, de Renée Falconnetti (1) à Sandrine Bonnaire (2), ou d’Ingrid Bergman (3) à Jean Seberg (4). Et nous ne parlerons pas de la peinture, du théâtre, de la musique, de la chanson… Histoire et fiction se sont emparées régulièrement du personnage et ce Feu de Jeanne pourrait n’être qu’un volume de plus dans une longue série. Mais en même temps, nous ne sommes ici ni sur le territoire de fiction, ni sur celui de la rigoureuse recherche historique. Mêlant l’autrefois des neiges d’antan, et l’aujourd’hui, Marta Morazzoni nous entraîne dans une recherche/rêverie des traces du mythe, sur les lieux même où son histoire s’est déroulée, de la Lorraine au Pays de Loire, de Paris à la Normandie.

Archéologue voyageuse, attentive aux couleurs du ciel et de la terre, sachant réveiller le passé pour le mettre au présent, sans en nier l’illusion, le flou et les erreurs possibles, Marta Morazzoni explore tout l’imaginaire dont l’histoire s’est enrobée, dès les premiers jours, avant même que ne s’allume le bûcher.

Du coup, c’est aussi sur la construction et l’usage d’un mythe que s’ouvre notre réflexion de lecteur, sur les valeurs qui peuvent y être rattachées, sur sa réalité, ses survivances, ses permanences ou son effacement. La recherche sensible et personnelle dont témoigne l’auteur devient un peu aussi nôtre, interrogeant les traits de l’icône si convoitée essayant de retrouver au-delà de la figure héroïsée et sanctifiée, sous la militante, la chef de guerre et la victime sacrifiée aux stratégies politiques, la jeune fille et la jeune femme. Un pari impossible sans y mettre une dose de fiction, révélatrice des émotions ou des incohérences que la multiplication des récits et des images n’ont eu de cesse de masquer et de brouiller. Chemin faisant, nous découvrons des lieux connus ou inconnus et faisons plus que réviser nos leçons d’histoire : nous les revisitons, en réactualisant la lecture dans le monde d’aujourd’hui, largement aussi brouillé et complexe, quasi insaisissable que celui de la lointaine Guerre de Cent Ans. Une Guerre de Cent Ans diffuse, pas vraiment déclarée, qui ne date sans doute pas que de ce temps là…

 

Marc Ossorguine

 

(1) La Passion de Jeanne d'Arc, Carl T. Dreyer, 1928

(2) Jeanne la pucelle, Jacques Rivette, 1994

(3) Joan of Arc, Victor Flemming, 1948 et Giovanna d'Arco al rogo, Roberto Rossellini, 1954

(4) Saint Joan, Otto Preminger, 1957

 

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A propos de l'écrivain

Marta Morazzoni

 

Marta Morazzoni est née à Milan en 1950. Elle a été révélée au public par son premier livre, La Jeune Fille au turban (P.O.L., 1988), traduit en neuf langues. Elle est l’auteur de plusieurs romans et recueils de nouvelles.

Actes Sud a déjà publié ses romans L’Affaire Alphonse Courrier (2008), L’Invention de la vérité (2009 ; Prix Fulbert de Chartres 2010) et La Note secrète (2012 ; Babel n° 1348). En 2015 paraît son ouvrage Le Feu de Jeanne.


A propos du rédacteur

Marc Ossorguine

 

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Rédacteur

Domaines de prédilection : littérature espagnole (et hispanophone, notamment Argentine) et catalane, littératures d'Europe centrale (surtout tchèque et hongroise), Suisse, littératures caraïbéennes, littératures scandinaves et parfois extrême orient (Japon, Corée, Chine) - en général les littératures non-francophone (avec exception pour la Suisse)

Genres et/ou formes : roman, poésie, théâtre, nouvelles, noir et polar... et les inclassables!

Maisons d'édition plus particulièrement suivies : La Contre Allée, Quidam, Métailié, Agone, L'Age d'homme, Zulma, Viviane Hamy - dans l'ensemble, très curieux du travail des "petits" éditeurs

 

Né la même année que la Ve République, et impliqué depuis plus de vingt ans dans le travail social et la formation, j'écris assez régulièrement pour des revues professionnelles mais je n'ai jamais renié mes passions premières, la musique (classique et jazz surtout) et les livres et la langue, les langues. Les livres envahissent ma maison chaque jour un peu plus et le monde entier y est bienvenu, que ce soit sous la forme de romans, de poésies, de théâtre, d'essais, de BD… traduits ou en V.O., en français, en anglais, en espagnol ou en catalan… Mon plaisir depuis quelques temps, est de les partager au travers de blogs et de groupes de lecture.

Blog : filsdelectures.fr