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Actes Sud

Excursions dans la zone intérieure, Paul Auster

Ecrit par Philippe Derivière , le Vendredi, 09 Mai 2014. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Biographie, Récits

Excursions dans la zone intérieure, traduction de l’américain par Pierre Furlan, mai 2014, 363 pages, 23 € . Ecrivain(s): Paul Auster Edition: Actes Sud

 

 

Trente ans après l’Invention de la solitude, son premier livre autobiographique, Paul Auster revient sur les traces de son propre passé, à cette époque lointaine où l’enfant faisait ses premiers pas dans le monde et s’efforçait de comprendre une réalité qui lui échappait en grande partie. « Nous sommes des inconnus pour nous-mêmes », disait déjà Julien Green. A l’instar du romancier français, Paul Auster voit dans l’enfant qu’il était un étranger, un double dont l’existence lui paraît aussi incertaine qu’un personnage de fiction. C’est donc le tu qu’il choisira pour s’adresser à ce fantôme dont il rassemblera les souvenirs, les ferveurs et les troubles, afin qu’apparaisse dans le cristal de la langue cette ébauche de soi-même qui nous tient lieu d’identité : « Exhume les vieilles histoires, fouille autour de toi pour trouver ce que tu peux, puis élèves les tessons vers la lumière pour les examiner. Fais-le. Essaie ».

No Sex, Tim Parks

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 08 Mai 2014. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Roman

No Sex, traduit de l’anglais par Isabelle Reinharez, février 2014, 268 pages, 22 € . Ecrivain(s): Tim Parks Edition: Actes Sud

 

 

Il est des livres qui nous attachent par une écriture sans pareille – celle qui ne parle qu’à nous ; d’autres par un format, une syntaxe qui nous agrippent ; d’autres encore, c’est une histoire, un récit comme on dit, « prenant » ; on peut encore succomber à des personnages, des lieux, un autre temps…

No Sex, c’est avant tout l’histoire, un documentaire parfaitement boulonné, animé, serré comme café noir, et – Tim Parks, et son art abouti ! – tout le reste en attelage…

No Sex emballe et tant, qu’on laisse volontiers le monde continuer sans nous ! Livre à part ; histoire à part, et une Beth anglaise (« tu as l’air d’un génie échappé d’une bouteille… les cheveux en bataille, de grandes dents… des nichons fantastiques ») unique dans le paysage romanesque.

Les ingénieurs du bout du monde, Jan Guillou

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Vendredi, 02 Mai 2014. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Roman

Les ingénieurs du bout du monde, 2013 trad. du suédois par Philippe Bouquet. 622 p. 26,80 € . Ecrivain(s): Jan Guillou Edition: Actes Sud

Vaste fresque à l’ancienne, récit picaresque de grandes aventures, peinture d’un XXème siècle de technologie galopante et de rêves si souvent brisés, Les Ingénieurs du bout du monde est tout cela à la fois. Une sorte de roman à la Jules Verne mais là où Verne regardait devant, Guillou regarde dans le rétroviseur. Il revisite après coup la « religion » scientifique et technologique du XXème siècle.

Trois frères, nés dans une famille rurale très pauvre du nord de la Suède, se révèlent de remarquables élèves – en particulier en sciences – et ces talents, alliés à une immense habileté manuelle, les amène à réaliser, pour jouer, une réplique parfaite d’un drakkar viking très ancien. Leur exploit retentit jusqu’en Allemagne – alors à la pointe du progrès technologique – et les trois fils de pêcheur vont se voir offrir une bourse pour aller faire leurs études d’ingénieurs à Dresde.

Trois destins aventureux et brillants semblent s’ouvrir. Et curieusement ce sera deux destins. L’un des trois frères se révèle homosexuel et va vivre à Londres son amour pour un homme. Disparition définitive du personnage, dont nous n’aurons plus aucune nouvelle de tout le livre, effacé en quelque sorte par son « crime » d’homosexualité ! Quel est le choix de l’auteur ? Mystère ! On peut – vaguement - espérer (s’agissant d’un premier volume à une vaste fresque), que le frère homosexuel et maudit réapparaitra un jour !

Riviera, Mathilde Janin

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 29 Avril 2014. , dans Actes Sud, Les Livres, Les Ecrivains, Critiques, La Une Livres, Roman

Riviera, août 2013, 224 pages, 19 € . Ecrivain(s): Mathilde Janin Edition: Actes Sud

 

Partant de la mort d’un chanteur dont les journalistes écriront la légende, Mathilde Janin se lance dans une ambitieuse histoire du rock plus ou moins inventée, offrant un premier roman étonnamment riche et complexe.

Sous la menace d’une pandémie causée par le virus Ebola, Philippe Arnaud, sa sœur Frédérique, compositrice, et son épouse et productrice Nadia Batashvili, une immigrée juive d’Europe de l’Est, ont fui New-York pour Paris – occasion pour le frère et la sœur de retrouver leurs racines et pour Nadia de pouvoir retourner dans l’île de son enfance au milieu de la Mer noire. Deux ans plus tard, en juin 1992, le chanteur étant mort à Berlin, sa veuve Nadia tente difficilement de prendre un avion pour y rejoindre Frédérique afin de rapatrier le corps. L’auteure retrace alors le passé américain de ses trois héros, leur passion pour la musique rock et la relation violente et sulfureuse du couple, évoquant aussi leur enfance lointaine. Et elle fait ainsi revivre le monde new-yorkais des années 1980, celui d’une jeunesse noctambule s’adonnant à la jouissance de l’instant, avide de musique et de sexe, d’alcool et de drogues diverses.

Détails d’Opalka, Claudie Gallay

Ecrit par David Campisi , le Lundi, 28 Avril 2014. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Détails d’Opalka, avril 2014, 224 pages, 20 € . Ecrivain(s): Claudie Gallay

 

Il y a dans l’art d’Opalka toute la démesure du monde, dans son ambition, le sarcasme d’un génie, la folie d’un titan. L’ampleur de sa tâche était gigantesque. Sculpter le temps, telle était sa volonté, son concept à lui. Si d’antiques philosophes grecs vivaient leur philosophie, Roman Opalka aura vécu son art. Il aura su l’incarner, devenir lui, se diluer dans son concept comme on dilue de l’eau dans son vin. L’entrelacs entre sa vie et son idée fut parfaite, comme le destin magnifié d’un corps et de son esprit, le mélange incroyable entre un concept et une existence entièrement consacrée à sa folie, à son idée, à ce qui allait le faire entrer dans la légende.

Détails d’Opalka est un ouvrage menu au format étrange et à la couverture envoûtante, tant dans son grain sensuel que dans son illustration. Cet ouvrage me faisait peur avant de l’ouvrir : qu’allais-je découvrir ? Que me réservait-il ? Je ne savais rien d’Opalka, mais je connaissais Claudie Gallay et son style à la serpe qui fait de ses romans des aventures chaudes comme le sable et puissantes comme le soleil. Car il faut vous faire confiance, Claudie Gallay, dans cette aventure qui nous mène au cœur de la folie d’un homme. Je ne savais rien. J’avais tout à apprendre, et, comme toutes nos ignorances, celle-ci était effrayante et exaltante à la fois.