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Actes Sud

Nous l’appelions Em, Jerry Pinto

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 10 Avril 2015. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Roman

Nous l’appelions Em, février 2015, traduit de l’anglais (Inde) par Myriam Bellehigue, 260 pages, 22 € . Ecrivain(s): Jerry Pinto Edition: Actes Sud

 

Et l’enfer s’appela bipolarité…

« Je grandis en entendant dire que ma mère avait un problème de nerfs. Plus tard, on m’expliqua qu’il s’agissait d’une dépression nerveuse… on nous dit qu’elle était schizophrène… finalement, tout le monde s’accorda à dire qu’elle était maniaco-dépressive. Tout au long, elle n’utilisa pour elle-même qu’un seul mot : folle ».

Alors, adulte, il en fit un livre : sa mère, sa sœur, lui et son père, plus quelques autres, parents, amis, psychiatres, face à ce qu’on nomme maladie chronique bipolaire, et qu’on devrait plutôt nommer : monstre ou fauve, qui épuise, et terrorise, revient en boucle, et s’accroche. Un de ses proches mentalement atteint ; un drôle de voyage. Parce qu’il y a sa mère malade, et puis, eux tous, et encore le reste du monde qui regarde et juge. Une douleur fragmentée. Infinie, mâtinée pour autant ça et là de l’émotionnel « normal » et banal de toute vie. Et au bout, ce livre, magnifique, écrit de main de fils, avec la pudeur, l’humanité, le juste, que pas un documentaire ne parvient à rendre (tout en en étant pourtant un, et des meilleurs).

Le Pain, Toufic Youssef Aouad

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Vendredi, 20 Mars 2015. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Moyen Orient

Le Pain, février 2015, traduit de l’arabe (Liban) par Fifi Abou Dib, 266 pages, 22 € . Ecrivain(s): Toufic Youssef Aouad Edition: Actes Sud

 

 

Un printemps arabe

La première édition du roman date de 1939, et sa nouvelle réédition chez Actes sud permet de mettre en lumière son importance littéraire et historique : Le Pain met en scène l’éveil du nationalisme arabe à travers la résistance héroïque de ses personnages au joug ottoman et à l’injustice sociale qui écrase le pays. En effet, Sami Assem, appelé frère Hanania par la Bande blanche dont il est le chef, est un jeune libanais qui organise des opérations de résistance à l’oppresseur turc, ce qui lui vaut d’abord la prison, dont il parvient à s’enfuir pour retrouver la clandestinité et la lutte armée contre l’envahisseur. Il est aidé de sa fiancée Zeina, personnage féminin plein de courage et de lumière, aux prises avec une belle-mère vénale et avec les lubriques desseins des hommes qui l’entourent.

Le principe, Jérôme Ferrari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 09 Mars 2015. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le principe, mars 2015, 176 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Jérôme Ferrari Edition: Actes Sud

Certains attendaient sans doute ce dernier roman de Jérôme Ferrari comme on attend un roman « post-Goncourt » : impatients de savoir si l’auteur – qui avoua lui-même avoir le sentiment que son Sermon sur la chute de Rome achevait un cycle – saurait se renouveler, et avec bien sûr une exigence renforcée. Si on peut penser qu’un véritable écrivain écrit toujours le même livre s’ancrant en profondeur dans un univers propre, il ne l’écrit pas pour autant toujours de la même manière ; et les romans de cet auteur sont tous différents car chaque histoire en détermine la forme qui est partie intégrante de son sens, le septième ne faisant pas exception à la règle. Quant au style « ferrarien », reconnaissable entre tous comme le grain d’une voix pour l’amateur d’art lyrique, il connaît toujours des variations de rythmes et de tonalités d’un roman à l’autre et/ou au sein d’un même roman.

Le principe s’articule autour de la figure complexe d’un des fondateurs de la mécanique quantique, le physicien allemand Werner Heisenberg qui énonça ce fameux « principe d’incertitude » révolutionnant la physique classique en balayant ses « connaissances les mieux assurées », et qui poursuivit son enseignement et ses recherches sur l’atome au sein du IIIème Reich, y dirigeant même le programme d’armement nucléaire nazi. Jérôme Ferrari s’aventure ainsi dans un genre nouveau pour lui, celui de la biographie, ou plus exactement de la fiction biographique.

La Route de l’Ouest (The Big Sky 2), A.B. Guthrie

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Lundi, 02 Mars 2015. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

La Route de l’Ouest (The Big Sky 2), octobre 2014, traduit (USA) par Jacques Dailly (1955), postface de Bertrand Tavernier, 432 pages, 23,50 € . Ecrivain(s): A.B. Guthrie Edition: Actes Sud

 

Le lecteur de La Captive aux yeux clairs (Cf. lien de l’article), premier volet de The Big Sky, retrouve Dick Summers, l’un des héros de la saga dans un contexte différent mais tout aussi fascinant : l’ancien coureur des bois accepte de guider et d’accompagner un convoi de pionniers vers l’Oregon. Pas moins de 3600 km de trajet à travers plaines, déserts et montagnes, en terres indiennes, le plus souvent à peine foulées par l’homme blanc depuis Independance dans le Kentucky jusqu’à la Terre Promise de l’Oregon et Fort Vancouver.

« – Je suis émerveillé quand même. Ce pays est si vaste, si varié !

– Il est toujours pareil ! répondit Summers qui pensa que seule la terre ne changeait jamais. Ces montagnes immuables voyaient éternellement se renouveler les fleurs, passer et disparaître les hommes, d’abord les Indiens, puis les trappeurs explorant les rivières encore insoumises, avides de risques et de solitude, et après eux les aventureux à la recherche de nouvelles patries, les chercheurs de fortune, les bâtisseurs d’une nation qu’ils voulaient plus grande, plus riche, prenant la relève de ceux dont le temps était fini ».

La Captive aux yeux clairs, A.B. Guthrie

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 26 Février 2015. , dans Actes Sud, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman

La Captive aux yeux clairs (The Big Sky), octobre 2014, traduit (USA) par Jean Esch, préface de James Lee Burke et postface de Bertrand Tavernier, 496 p. 23,80 € . Ecrivain(s): A.B. Guthrie Edition: Actes Sud

 

L’excellente collection dirigée par Bertrand Tavernier, « L’Ouest, le Vrai », met à l’honneur A.B. Guthrie et sa Captive aux yeux clairs. Avec un art consommé de la composition, du rythme et de la description, l’écrivain nous propulse au cœur d’un Ouest encore peuplé de ses Indiens farouches mais bientôt voué à être envahi par les commerçants. À travers le périple de Summers le vieux briscard, de Boone Caudill le fugitif rêvant de devenir trappeur et de Teal Eye, la mystérieuse jeune fille blackfeet emprisonnée, « un petit bout de fille dont les yeux mangeaient le visage fin », se raconte une humanité rude, mise à nu jusqu’à l’os, sous toutes ses facettes, au cœur des territoires les plus fascinants qui soient.

« Boone se rapprocha.

‒ C’est un sacré pays, là-haut, il paraît.

Summers le regarda et sa bouche esquissa un sourire.

‒ Sauvage. Sauvage et beau, comme une vierge. Quoi que tu fasses, tu as le sentiment d’être le premier à le faire ».