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Moyen Orient

Le poète de Gaza, Yishaï Sarid

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mercredi, 02 Janvier 2013. , dans Moyen Orient, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Babel (Actes Sud)

Le poète de Gaza, titre original Limassol, traduit de l’hébreu Laurence Sendrowicz, 224 p. 20,30 € (Babel janvier 2013) . Ecrivain(s): Yishaï Sarid Edition: Babel (Actes Sud)

Thème sobre et essentiel, qu’on attendrait d’une tragédie antique : la vie, le risque, la loyauté, la mort, éclairés par la lumière méditerranéenne, celle qui arrose tout, même la peur des hommes.

C’est un livre écrit en Hébreu – on se plaît à penser que cette langue si forte lui va bien. Action située en Israël, de nos jours, mais on peut sans difficulté l’imaginer en Amérique Latine, dans les pays de l’écriture d’un Alejo Carpentier, et, tiens, pourquoi pas en Espagne ; parfums de la Guerre Civile, parfois… un film comme La guerre est finie, et ses lassitudes d’anciens baroudeurs, passe quand on lit.

« La rue baignait dans ce calme qui gagne les villes pendant les grandes vacances, les chats escaladaient les bennes à ordures pour en tirer leur pitance, deux jeunes garçons marchaient sur l’avenue bordée de tamaris, en direction de la plage, avec aux lèvres des rires légers … au téléphone, elle m’avait dit qu’elle habitait au troisième étage ». Lui – on ne sait pas son nom – c’est un membre actif, un technicien, de ces réseaux de renseignement – ceux qui « interrogent », au service de l’État d’Israël ; elle, la belle Dafna, est l’amie d’un poète de Gaza, qu’il faut exfiltrer, car, son fils « se baladait du Yemen au Soudan, là où des gens comme lui allaient chercher leurs directives, lever des fonds, s’entraîner ».

Tombé hors du temps, David Grossman

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 22 Octobre 2012. , dans Moyen Orient, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Poésie, Seuil

Tombé hors du temps, traduit de l’hébreu par Emmanuel Moses, 199 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): David Grossman Edition: Seuil

« Il y a

Une respiration il y a

Une respiration dans

La douleur il y a

Une respiration » (p. 196)

 

dit la voix de l’enfant du centaure, en lui.

Une respiration, peut-être quelque chose qui prend à l’extérieur, et qui rejette de l’intérieur, quelque chose qui traverse, un passage. Une respiration, en musique, c’est aussi une pause, avec tout ce qui y passe (« elle peut – la respiration – alors être indiquée par un signe en forme de virgule ou d’apostrophe placée entre deux notes » (Larousse). Pause dans la douleur ? La douleur respirant, vivant d’elle-même ? Se reconstituant autour de son cœur même ? Accommodement de tous les êtres, dans la ville de ce livre-là qui ont pour point commun, point de fuite, d’avoir perdu un enfant.

D'autres vies, Imane Humaydane

Ecrit par Martine L. Petauton , le Vendredi, 19 Octobre 2012. , dans Moyen Orient, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Pays arabes, La rentrée littéraire, Verticales

D’autres vies, trad. arabe Nathalie Bontemps, septembre 2012, 189 p. 18,50 € . Ecrivain(s): Imane Humaydane Edition: Verticales

 

C’est un livre-vie-voyage, un peu comme Le garçon qui voulait dormir d’Aharon Appelfeld, auquel on pense tout du long.

Il en va de souffrances fondatrices qui, chez l’un, le tenaient dans un sommeil écran, et chez elle – Myriam – la bloquent dans un avion qui va d’un point à l’autre, comme si se poser quelque part était impossible. C’est du reste un aéroport qui illustre la couverture de ce beau livre attachant, qui, comme celui de l’écrivain israélien, décline lieu, mémoire et identité.

Une superbe chanson de Maxime Le Forestier disait : « être né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard… Y’a des oiseaux de basse-cour et des oiseaux de passage, ils savent où sont leurs nids, qu’ils rentrent de voyage, ou qu’ils restent chez eux, ils savent où sont leurs œufs… ».

C’est bien de tout ça dont il est question, quand on est Beyrouthaise – vieille famille druze de la Montagne à cèdres – qu’on est parti, en pleine guerre, quand les bombes tuaient les frères, rendaient fous les pères, et muettes les mères ; quand les paysages, le soleil et même la Méditerranée explosaient.

Le ravin du chamelier, Ahmad Aboukhnegar

Ecrit par Patryck Froissart , le Lundi, 18 Juin 2012. , dans Moyen Orient, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Pays arabes, Sindbad, Actes Sud

Le ravin du chamelier, Actes Sud, Sinbad, (2012), trad. de l’arabe (Egypte) par Khaled Osman, 207 p. . Ecrivain(s): Ahmad Aboukhnegar Edition: Sindbad, Actes Sud

Il arrive qu’une caravane s’égare, et dresse le camp à proximité d’une oasis.

Il arrive que, le temps d’une veillée, les nomades et les sédentaires, refoulant leur antagonisme atavique, partagent le méchoui, dans un lieu neutre, à l’écart du douar, à l’écart de la piste.

Il arrive que les chameliers reprennent ensuite l’itinéraire ancestral en abandonnant un des leurs, pour le punir d’avoir, par étourderie, mis la troupe en péril.

Il arrive qu’un chamelon partage tout avec son jeune maître qui le consulte et tient compte de ses avis, et qu’ils fument ensemble la gôza.

« Dans quelques jours et encore moins de nuits, mon père rentrera, alors je me réveillerai de ce cauchemar ». Le chamelon hocha la tête…

Il arrive que, tout en espérant qu’un jour la caravane repasse et que lui soit rendu son rang dans la file, le chamelier adolescent, son chamelon empli de sagesse et une chamelle blessée s’installent dans un ravin sauvage où les villageois ne doivent, par tabou, jamais poser le bout du pied, et où règne, sur un monde de djinns et d’animaux des ténèbres, un couple de gigantesques seigneurs serpents.

La deuxième personne, Sayed Kashua

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 18 Mars 2012. , dans Moyen Orient, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil)

La deuxième personne. Sayed Kashua. Trad. Hébreu Jean-Luc Allouche. L’Olivier février 2012. 356 p. 23 € . Ecrivain(s): Sayed Kashua Edition: L'Olivier (Seuil)

Qui, mieux qu’un Arabe israélien, peut se poser – et nous poser - la question de l’identité ? Pas seulement celle d’un citoyen arabe dans l’état d’Israël – ce serait intéressant mais un peu court – mais au-delà, de l’identité dans sa dimension la plus métaphysique.

Sayed Kashua nous raconte le destin de deux arabes israéliens – les destins plutôt, car il s’agit de deux trajectoires distinctes qui vont, en fin de compte, se croiser – dans une technique de construction qui n’est pas sans évoquer les films d’Alejandro Gonzalès Iñarritu.

L’un est « l’avocat » (on ne saura jamais son nom). Représentant type d’une moyenne bourgeoisie arabe israélienne, assurément attachée à ses racines et au destin de la Palestine, mais néanmoins citoyen israélien, loyal et – presque – fier de sa nationalité ! L’argent, la Mercédès noire, la belle maison, la piscine … Les rêves matériels (et symboliques) d’une middle class palestinienne d’Israël.


« L’avocat s’assura que sa fille avait bouclé sa ceinture à l’arrière de sa Mercédès noire, tandis que son épouse attachait le bébé dans sa Golf bleue. Hormis le jeudi, c’était sa femme qui conduisait leur fille à l’école et le bébé chez sa nourrice… »