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Moyen Orient

Des ailes au loin, Jadd Hilal (par Nadia Agsous)

Ecrit par Nadia Agsous , le Lundi, 19 Novembre 2018. , dans Moyen Orient, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Elyzad

Des ailes au loin, mars 2018, 214 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Jadd Hilal Edition: Elyzad


Naïma, Ema, Dara et Lila ou l’exil en héritage

Un roman choral. Une polyphonie narrative menée avec brio par Jadd Hilal qui, tout au long d’un récit enchâssé, fait parler quatre femmes. Quatre générations. Quatre histoires de vie erratiques. Quatre destins. Quatre voix féminines qui livrent un pan de leur histoire familiale et individuelle. Car chez ces femmes exilées, la grande histoire est imbriquée dans la petite histoire.

Naïma. Ema. Dara. Lila. Ces quatre femmes sont les personnages principaux du premier roman de Jadd Hilal, intitulé Des ailes au loin. Elles sont libano-palestiniennes. Elles sont liées les unes aux autres par une histoire familiale mouvementée et tumultueuse et par l’appartenance à une terre habitée par « l’absence ». Car toutes celles et tous ceux qui la quittent ne reviennent pas.

Courrier de nuit, Hoda Barakat (par Carole Darricarrère)

Ecrit par Carole Darricarrère , le Mardi, 30 Octobre 2018. , dans Moyen Orient, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Courrier de nuit, octobre 2018, trad. arabe Philippe Vigreux, 144 pages, 16 € . Ecrivain(s): Hoda Barakat Edition: Actes Sud

 

La nuit, la Littérature a mal. Elle envoie des lettres au monde, dès lors que l’Histoire s’incarne dans la menace d’un éternel retour. Nausée. Prélude à une introspection sartrienne sur le sens de l’existence.

C’est sur le mode de la confession, dans un style factuel à cran et à croc qui ne nous fait grâce d’aucun détail, sans jamais juger ni prendre parti, que Hoda Barakat, écrivaine libanaise vivant en France, dresse un tableau au vitriol de la condition humaine d’une actualité brûlante en cinq épisodes et quelques échos dont la tension dramatique installe un climat délétère dont le lecteur ne ressort pas indemne : roman âpre, expressif, frontal, qui jette un éclairage sensible d’une acuité intense sur les profondes mutations politiques et sociales auxquelles le monde est confronté.

Âmes sensibles s’abstenir, ce livre d’épistoles, traduit de l’arabe, qui se lit comme un recueil de nouvelles, dissèque les subtiles chambres de torture de la psyché humaine et dresse, à cheval sur d’invisibles frontières, un portrait pathétique des tristes pantins victimes et bourreaux d’une société barbare profondément toxique, présage d’un No future nous laissant désemparés face à un sentiment de malaise grandissant qui nous collerait à la peau.

La langue oubliée de Dieu, Saïd Ghazal

Ecrit par Zoe Tisset , le Vendredi, 24 Février 2017. , dans Moyen Orient, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Québec

La langue oubliée de Dieu, Erick Bonnier Editions, janvier 2017, 232 pages, 20 € . Ecrivain(s): Saïd Ghazal

 

C’est un livre travaillé par la mémoire. Le lecteur comprend au fur et à mesure des mots et des phrases combien il peut être difficile de se souvenir comme d’oublier : « Wardé, ma grand-mère, avait la hantise de la mémoire disloquée, elle pratiquait le délire obsidional. J’étais l’entonnoir dans lequel son passé se déversait avec un amour mâtiné de haine ».

Aram est le descendant d’un peuple de confession syriaque parlant l’araméen, il est le dépositaire du cahier de son grand-père, personnage à la fois truculent, rempli d’une sincérité et d’un vouloir vivre hors du commun. « J’ai la langue mouillée par le ressac alphabétique d’un syriaque rouillé, d’un arabe trahi et d’un français adopté ».

Il faut qu’il traduise ce cahier, il n’a pas le choix, s’il veut enfin vivre avec lui-même. Rejeton d’une histoire d’amour et de meurtre, il vit avec une prostituée qu’il honnit, entre autre pour le rôle qu’elle a joué dans cette histoire qui le hante. « Didon, inconnue multiplicatrice de toutes coordonnées dans l’équation de mon existence. Ton émergence a fait chavirer l’opération d’addition simple de ma vie familiale et amicale ». Le style de l’auteur est flamboyant, il force l’admiration tant il est travaillé par une poésie du corps et des émotions :

Un cheval entre dans un bar, David Grossman (2ème critique)

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Jeudi, 08 Septembre 2016. , dans Moyen Orient, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Points

Un cheval entre dans un bar, août 2015, trad. hébreu Nicolas Weill, 176 pages, 19 € . Ecrivain(s): David Grossman Edition: Points

 

Le dernier roman de David Grossman est un livre grinçant à souhait, qui cultive l’auto-dérison à la puissance dix, jusqu’à l’auto-mutilation mentale, et qui peut se lire à un double niveau.

A un premier niveau, narratif, l’humoriste Dovalé, âgé de 57 ans, se livre à un « stand up », un one-man-show, sorte de comédie où l’acteur est debout devant son public, l’apostrophe, s’oppose à lui. Il a pris soin d’inviter à sa performance un ancien camarade de classe devenu juge, Avishaï Lazar, à présent retraité, et peut-être d’autres connaissances antérieures. L’humoriste énonce de mauvaises blagues, utilisant tous les registres du comique, des blagues qui non seulement ne font pas toujours rire mais qui semblent receler de la malveillance. « Qui sait quelle partie d’échecs complexe il joue avec nous ce soir ? »

Ce soir-là, le spectacle dérape, l’humoriste va trop loin et se livre à une alternance d’humiliations publiques et de séances d’auto-flagellation. Tout participe au malaise de la soirée, non seulement la succession des scènes de comédie plus ou moins réussies, mais aussi le voyeurisme du public, confronté à « la tentation de lorgner l’enfer d’autrui », et l’incompréhension méprisante du copain d’enfance vis-à-vis du métier d’amuseur de foule :

Tsili, Aharon Appelfeld

Ecrit par Didier Smal , le Vendredi, 06 Novembre 2015. , dans Moyen Orient, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Bassin méditerranéen, Roman, Points

Tsili, août 2015, traduit de l’hébreu par Arlette Pierrot, 160 pages, 5,60 € . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: Points

 

Publié pour la première fois en 1982, Tsili, quatorzième livre de l’Israëlien Aharon Appelfeld (1932), connaît une nouvelle jeunesse en édition de poche due à une adaptation cinématographique signée Amos Gitai. Pour celui qui n’a jamais fréquenté l’œuvre d’Appelfeld, mais qui s’entend régulièrement dire qu’elle gagne à l’être, fréquentée, ce bref roman peut sembler une porte d’entrée idéale. Dont acte.

Tsili, c’est le nom de la jeune fille héroïne des quelque cent soixante pages de ce roman qui s’apparente à une longue nouvelle. Elle a douze ans en 1942, au moment où sa famille quitte son domicile, le laissant à sa garde, suite au durcissement de la répression anti-juive dans la partie de l’Europe centrale où vit Tsili. Celle-ci est donc abandonnée à son sort (ce qui paraît hautement improbable – mais c’est peut-être lié à l’aspect « conte » évoqué ci-après), et doit survivre dans la nature, comme le fit Appelfeld lui-même durant son adolescence et pour les mêmes raisons, à ceci près que la jeune femme se présente partout comme une « fille de Maria », appellation dont on a tôt fait de comprendre qu’elle désigne une prostituée, ce qui lui vaut des accueils mitigés.