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Théâtre

C’était mieux avant, Emmanuel Darley

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 06 Octobre 2016. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Actes Sud/Papiers

C’était mieux avant, 56 pages, 7,70 € . Ecrivain(s): Emmanuel Darley Edition: Actes Sud/Papiers

 

 

« Vive la farce ! »

Deux familles. Les Jambon et les Champagne dont le patronyme annonce l’appartenance à deux classes sociales opposées. Emmanuel Darley organise selon une forme miroir une farce politique grotesque autour d’elles : un père et une mère, un fils (côté Champagne) et une fille (côté Jambon), les prénoms des personnages rajoutent encore à la prédestination de leur nom patronymique, une dimension caricaturale. Le couple des Champagne se vouvoie comme ont pu le faire les familles bourgeoises tandis que les Jambon s’abandonnent à la familiarité… Ainsi : Raoul, le père Jambon, Pierrette la mère, et Ginette la fille. La chienne Pépette les escorte dans l’écho même de son diminutif. Ernest Champagne marié à Anne-Sophie et père du délectable Charles-Antoine.

Elles deux, Emmanuel Darley

Ecrit par Marie du Crest , le Lundi, 26 Septembre 2016. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Espaces 34

Elles deux, 50 pages, 12,50 € . Ecrivain(s): Emmanuel Darley Edition: Espaces 34

 

« Deux vies »

La courte pièce d’Emmanuel Darley, Elles deux, est un triptyque du temps : le temps de l’avenir rêvé de l’adolescence d’abord, ensuite celui du passé qui sépare les êtres en chemin et enfin celui du temps de la mémoire qui s’efface. La vie de deux filles qui ne font qu’une (1), celle de Pouffe et de Glousse qui disparaît (2), et celle de « deux vieilles assises » en quête de leurs souvenirs (3).

Elles deux sont des copines, indissociables, comme des sœurs siamoises de la langue et de la grammaire et de la dramaturgie : Daley écrit pour la première réplique la didascalie ELLES pour désigner ces personnages, reprend souvent l’adverbe « ensemble » ou encore « l’une et l’autre » (p.12) ; leur donne la parole à travers le pronom « on ». Un metteur en scène pourrait très bien faire tout aussi bien dire le texte à une seule voix ou deux voix, qui prendraient en charge telle ou telle partie, de manière interchangeable. Emmanuel écrit deux fois la même page, au mot près. Gémellité des voix dramatiques (p.20.21.22). Les deux filles aiment paresser sous la couette, choisir leur tenue ensemble, se dire « tout pareil ensemble on fera » (p.11). Elles rêvent de travailler pour le cinéma, le théâtre, le monde du spectacle : devenir maquilleuse, costumière, chanteuse.

Album Shakespeare, Iconographie commentée, Denis Podalydès (La Pléiade)

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Vendredi, 09 Septembre 2016. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, La Pléiade Gallimard

Album Shakespeare, Iconographie commentée, Denis Podalydès, mai 2016, 256 pages, 28 € . Ecrivain(s): William Shakespeare Edition: La Pléiade Gallimard

 

 

En chaque œuvre de Shakespeare (hormis les sonnets), l’on voit éclore, grandir, puis mourir cette énergie sans pareille qu’est l’énergie théâtrale, énergie qu’il ne faut en aucun cas « saper » lorsque l’on doit traduire telle ou telle pièce du grand William, comme l’a remarqué Jean-Michel Déprats.

Cette énergie est tout. Elle est le visage de la joie (l’intrigue aurait-elle partie liée avec le malheur), comme l’a rappelé – notamment – Valérie Dréville. En 1987, elle participe à « l’aventure historique » du Soulier de satin de Claudel mis en scène par Vitez au Festival d’Avignon.

E-passeur.com, Sedef Ecer

Ecrit par Marie du Crest , le Lundi, 05 Septembre 2016. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres

E-passeur.com, L’Avant-scène Théâtre, juin 2016, 30 pages, 15 € . Ecrivain(s): Sedef Ecer

 

Les deux pièces de Sedef Ecer qui constituent le volume des éditions de L’avant-scène théâtre, Lady First et E-passeur.com, établissent comme un diptyque autour du thème du pouvoir : dans la première, celui d’un couple à la tête d’une république bananière qui sera renversée, et dans la seconde, plus inquiétante, une société d’anticipation politique entre les mains d’un Big Brother des migrants, d’« un seigneur des frontières » qui a le contrôle sur les connections des réfugiées, des exilées. Ce personnage sera aussi un des principes dramatiques à la fois de l’écriture passant du turc au français et inversement, se transformant dans l’une ou l’autre langue et de la mise en scène et scénographie qui font la part belle à des écrans, à des images vidéo.

Par ailleurs ce second opus réintroduit ce qui a nourri les œuvres précédentes de Sedef Ecer ; à savoir les périphéries, les franchissements, les seuils, et le porte ici à son paroxysme puisque, comme l’annonce au début de la pièce le porte-parole de l’ONU (p.65) :

Il ne reste plus d’Etats, il ne reste plus que des frontières.

Lady first, Sedef Ecer

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 31 Août 2016. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Lady first, L’Avant-scène Théâtre, juin 2016, n°1405, 128 pages, 15 € . Ecrivain(s): Sedef Ecer

 

« First lady ou lady first »

Sedef Ecer avec Lady First inscrit sa parole dramatique, cette fois-ci au cœur du pouvoir, elle qui jusqu’ici s’attacha dans ses pièces à dire les frontières, les périphéries et les seuils et à parler des humbles. L’action se déroule en effet dans un palais (d’été), lieu de villégiature d’un président sans nom et absent du texte. Unité de lieu, prison dorée dont il faudra tenter de s’évader pour sauver sa peau. Repaire de l’épouse de ce dictateur mésopotamien qui ressemble à bien des autocrates, tyrans de l’Histoire ancienne ou contemporaine. D’une certaine manière, comme chez Jarry, la farce politique s’installe « dans un pays de nulle part », « une république bananière » dit le texte p.10, entre deux fleuves, dans une époque indéterminée. Quelques éléments nous transportent dans un orient musulman indéfini, hétérogène. Les quatre personnages portent des noms (Ishtar, Yasmine, Gazal et Elish) qui renvoient soit à la mythologie orientale antique, soit à des noms arabisants.