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Théâtre

Sauver la peau, David Léon

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 21 Mai 2014. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Espaces 34

Sauver la peau, 2014, 52 pages, 12 € . Ecrivain(s): David Léon Edition: Espaces 34

 

Le frère de Matthieu

Sauver la peau est la troisième pièce de David Léon, elle est plus précisément un nouvel élan de l’œuvre qui re/commence. Elle est un retour à l’œuvre matrice, Un batman dans ta tête, mais surtout une amplification de la parole, au-delà de la seule voix Matthieu, l’adolescent suicidé de l’opus 1.

Diptyque : notre regard, notre lecture vont de l’une à l’autre pièce. Ainsi Sauver la peau « élargit »-elle Un Batman dans ta tête en multipliant les voix : il s’agit d’une polyphonie comme l’indique D. Léon et plus d’un soliloque faisant entendre la parole éclatée de Matthieu. Les voix, tour à tour, disent ou parfois répondent, demandent, parlent : le « je » du grand frère de Matthieu, éducateur démissionnaire (p.14), ou celles notamment du directeur d’un centre pour adolescents en difficulté, de l’amie, de la psychiatre, d’autres encore et celle de l’auteur, plus exactement du personnage-auteur qui n’est autre que le frère éducateur, toutes se succèdent.

Le point de vue de la mort, Mustapha Benfodil (1er article)

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 14 Mai 2014. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb

Le point de vue de la mort, Al Dante, avril 2013, 135 pages, 15 € . Ecrivain(s): Mustapha Benfodil

Monologue destiné au théâtre, Le point de vue de la mort fut créé sur scène au Caire en avril 2013 sous le titre End/Igné et fit sensation dans le off du dernier festival d’Avignon. Ce texte de Mustapha Benfodil, écrit à la demande du metteur en scène Kheireddine Lardjam, a été initié par cette épidémie d’immolations par le feu connaissant une recrudescence alarmante en Algérie depuis le geste suicidaire de Mohamed Bouazizi, l’icône de la révolution tunisienne. Une épidémie touchant d’abord la jeunesse mais aussi tous les exclus du système, et très révélatrice de l’état de décomposition de la société algérienne.

Romancier et poète ayant près d’une quinzaine de pièces à son actif, Mustapha Benfodil est aussi un journaliste connu pour ses reportages dans le quotidien El Watan, et c’est dans ce cadre qu’il a longuement enquêté sur ce phénomène, notamment dans la région de Ouargla où un jeune avocat sans travail s’était immolé par le feu en novembre 2011 dans le bureau du directeur de l’agence pour l’emploi, suite à l’humiliation d’une énième fin de non-recevoir. Dans cette pièce, il recense les maux dont souffre l’Algérie mais les met à distance en recourant fortement à la dérision et parfois même au grotesque, les transcendant grâce à son langage poétique. Le point de vue de la mort est ainsi une fable puissante élevant le particulier à la hauteur du mythe universel, qui dépasse le constat amer et la dénonciation militante pour sublimer le matériau fourni par le réel et dire le monde de manière métaphorique.

Le point de vue de la mort, Mustapha Benfodil (2ème article)

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Mercredi, 14 Mai 2014. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb

Le point de vue de la mort, éditions Al Dante, avril 2013, 130 pages, 15 € . Ecrivain(s): Mustapha Benfodil

 

Enterrer les morts, enflammer les vivants

Le monologue d’un employé de la morgue se déroule en un long chant funèbre de l’Algérie, sur cent trente pages habitées par l’humour et la révolte – et des dizaines de cadavres, dans un état plus ou moins frais, ceux des victimes de l’absurdité.

Moussa, employé dans l’hôpital de BalBala (1) au fond du désert, fait parler les morts : dans le silence de la morgue il évoque chacun de ces corps, parfois mutilés, trop nombreux, pour raconter leur histoire, dire la misère et la corruption, l’injustice sociale et l’absence de tout espoir. En effet, la voix de Moussa dans le silence sépulcral de la scène est multipliée par l’usage de son dictaphone, qui crée un dialogue avec lui-même et permet de garder trace et réalité de tout ce qui s’est passé dans la ville, alors même qu’elle se caractérise par l’oubli. Les morts sont déposés dans des tiroirs, enterrés le plus vite possible (2), et on ne consigne plus nulle part ce que fut leur vie. Contre la solitude et la folie, Moussa parle à lui-même et enregistre tous les renseignements concernant le mort, assurant au-delà de la prière qu’il ne pratique pas les véritables gestes rituels marquant le passage du mort vers un au-delà, ou du moins rappelant la dignité de ceux qui ont vécu.

Martyr, Marius von Mayenburg

Ecrit par Marie du Crest , le Vendredi, 09 Mai 2014. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, L'Arche éditeur

Martyr, traduit de l’allemand par Laurent Mulheisen, Ed. L’arche, 2013, 125 pages, 15 € . Ecrivain(s): Marius von Mayenburg Edition: L'Arche éditeur

« Benjamin Südel ou le fou de dieu »

Je reviens à Mayenburg presqu’un an jour pour jour après lui avoir consacré plusieurs chroniques, parlé d’une mise en scène de l’une de ses pièces. Cette fois-ci, Mayenburg choisit comme personnage central de son œuvre un lycéen fréquentant un gymnasium banal avec ses professeurs bivalents, son proviseur comme il y en a tant en Allemagne. Il vit avec sa mère, Inge, qui a du mal à le contenir. La pièce d’ailleurs s’ouvre sur un dialogue entre eux, dans lequel le garçon se dévoile dans le refus : le geste répété dans les didascalies d’un haussement d’épaules à lui seul dit son opposition à l’ordre des hommes, à l’ordre scolaire. En effet, Südel s’absente volontairement des cours. Nous allons dès lors assister à 27 séquences ou courtes scènes sans lien serré entre elles qui permettront une confrontation entre les divers personnages avec le retour d’un dispositif centré sur la convocation chez le proviseur (4-11-19-27). Cette scène centrale réunit professeurs, mère, proviseur et Südel. Elle instaure un système de rapports de force qui insidieusement disqualifie Erika Roth, enseignante de biologie, chimie, géographie, seule adversaire, ennemie et victime enfin de l’élève Südel. Face à elle, les autres adultes capitulent peu à peu et donnent au fond gain de cause au lycéen manipulateur.

Trois ruptures, Rémi de Vos

Ecrit par Marie du Crest , le Mardi, 01 Avril 2014. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Actes Sud/Papiers

Trois ruptures, Actes Sud-Papiers, mars 2014, 80 pages, 12 € . Ecrivain(s): Rémi de Vos Edition: Actes Sud/Papiers

 

Concerto pour couple


La pièce de Rémi de Vos pourrait être le texte de trois pièces autonomes comme le laisse entendre d’une certaine façon la liste des personnages proposant une distribution avec trois comédiens féminins et masculins, avec son titre distinctif chaque fois : Sa chienne ; Pompier ; et Un enfant. A chaque titre correspond une fable.

Dans Sa chienne, il est question d’un repas succulent préparé par la femme, qui tourne mal puisque la femme annonce qu’elle veut quitter l’homme, lui expliquant qu’elle ne supportait plus sa chienne, Diva.

Dans la deuxième pièce, l’homme avoue à sa compagne qu’il est tombé amoureux du pompier Steve et que leur couple doit surmonter cette nouvelle situation.