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Théâtre

Une petite randonnée, Sonia Chiambretto

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 25 Octobre 2012. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Actes Sud/Papiers

Une petite randonnée (P.R.), Actes Sud-Papiers, 2012, 66 pages, 16,50 € . Ecrivain(s): Sonia Chiambretto Edition: Actes Sud/Papiers

 

 

Le texte de Sonia Chiambretto s’ouvre sur une carte, un itinéraire géographique et un plan du texte en quelque sorte. Les toponymies renverront aux divers « tableaux » de la pièce. Nous pouvons suivre la fable : une troupe de théâtre part en tournée suite à des difficultés concernant le projet culturel européen, à travers les Alpes de Haute Provence. Elle s’installe dans des lieux improbables dignes des expérimentations théâtrales des années 70, depuis un abattoir, jusqu’à une bergerie en passant par un centre de secours. La fable d’ailleurs tient aussi du romanesque. Le chef de la troupe se nomme Don Quichotte, chevalier de la cause théâtrale secondé par Sancho, perchman de son état. Les scènes portent des titres de romans du dix-septième siècle : où l’on raconte l’entretien que Sancho eut avec son maître…

Polices ! Sonia Chiambretto

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 26 Septembre 2012. , dans Théâtre, Les Livres, Recensions, La Une Livres

POLICES !, Grmx éditions, 2011, 63 pages, 10 € . Ecrivain(s): Sonia Chiambretto

 

Le théâtre contemporain sera ou ne sera pas, si est « contemporain celui qui reçoit en plein visage le faisceau de ténèbres qui provient en son temps ». Assurément le texte de S. Chiambretto est contemporain. Mais il se présente d’abord comme un objet graphique.

POLICES d’écriture, couverture pensée par Maxime Allex : la première et la quatrième de couverture forment un tout visuel et matériel. Les plis blancs et grisés se déplient comme un origami sur papier glacé. Il faudra au lecteur ouvrir et déplier le texte. L’intérieur du livre, son cœur jouera sur les blancs, les polices de caractère et nous suivrons une petite moto noire circulant presque sur la tranche du livre (les motards de la gendarmerie ?). A la fin du texte un peloton roule vers le dehors des mots (le dessin est tronqué). Le O de polices devient une grenade à dégoupiller.

POLICES de l’Ordre, toute sortes de polices : la police de la préfecture ; la police du 9.3 ; la BAC (brigade Anti-Criminalité) ; la police des C.R.S ; la police des perquisitions ; la SDAT (Sous direction antiterroriste) ; la police de Vichy

Zone d'Education Prioritaire, Sonia Chiambretto

Ecrit par Marie du Crest , le Mardi, 25 Septembre 2012. , dans Théâtre, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Actes Sud/Papiers

Zone d’Education Prioritaire, 67 p. 12 € . Ecrivain(s): Sonia Chiambretto Edition: Actes Sud/Papiers

 

Sonia Chiambretto a-t-elle été marquée durablement par la Légion étrangère stationnée à Aubagne et agrémentée d’un improbable musée ? Elle revient souvent dans ses textes sur la violence des guerriers, pantins sanguinaires au service des politiques. Dans Zone D’Education Prioritaire comme déjà dans Mon képi blanc, ils sont des personnages centraux. La guerre et le théâtre, c’est peut-être la même chose.

Le texte dont il est ici question pourtant, comme son titre l’indique, s’inscrit dans l’espace scolaire au départ. Nous sommes au lycée V Hugo de Marseille, établissement classé ZEP situé derrière la gare St Charles. Il est l’unité de lieu cerné par son système d’entrée et de sortie géré par une caméra de surveillance. Elle sert aussi de première de couverture à l’édition Actes Sud-Papiers : elle regarde vers nous, lecteurs menacés par son œil électronique. Deux jeunes filles Kate et Bone vont en quelque sorte nous faire la visite guidée du lycée suivant le plan inaugural (avec ses pictogrammes). L’architecture du lycée ressemble fort à celle d’une prison organisée avec ses cours, sa vie rythmée par des sonneries et sirènes (cour A et C). Elles décrivent tour à tour le quotidien de l’établissement avec ses élèves aux origines multiples. Elles se moquent de l’inepte sortie « pédagogique » à la fête des citrons à Menton, ou des « gothiques ».

Dénommé Gospodin, Philipp Löhle

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 11 Juillet 2012. , dans Théâtre, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Langue allemande

Dénommé Gospodin, (traduction All. Ruth Orthman), bilingue Presses Universitaires du Mirail, 2010, 151 p. 13 € . Ecrivain(s): Philipp Löhle

Pièce présentée au festival d’Avignon en 2011 et reprise au théâtre des Ateliers à Lyon en avril 2013. Mise en scène de Benoît Lambert.

 

La pièce de Löhle, aux accents beckettiens, créée à Bochum en 2007 au théâtre unter Tage/ Schauspielhaus, est bel et bien un texte de théâtre. Au seuil du texte, Sie (elle) parle d’un homme à l’abandon du monde : Tja, seine… Welt stand Kopf / Ouais son… monde est sens dessus dessous. Succession de monologues à la manière du chœur antique, portés tantôt par une voix féminine, tantôt par une voix masculine ; dialogues-scènes au nombre de treize que les noirs séparent. Tout se construit autour du drôle de gars qu’est Gospodin (Monsieur en russe) et à qui Greenpeace (« une organisation merdique ») a enlevé son cher lama. Il croise tour à tour des amis, des gens de sa famille qui ne le comprennent pas, et qui eux, s’inscrivent dans la logique sociale de notre époque : Anette, sa petite amie, Andi, le pilote, Norbert l’artiste, Sylvia la bobo… Aux yeux de Gospodin, ils incarnent ce qu’il appelle les petits-bourgeois « die Spiesser ». Ils cherchent à persuader Gospodin à rentrer dans le rang, parfois avec des arrière-pensées cupides mais en vain. Gospodin alors se réfugie dans le sommeil ou le silence.

Le tombeau d'Oedipe, William Marx

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 24 Juin 2012. , dans Théâtre, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Les éditions de Minuit

Le tombeau d’Œdipe, Minuit, 2012, 200 pages, 16 € . Ecrivain(s): William Marx Edition: Les éditions de Minuit

Deux livres de plus. Une notice de moins. Un monument, un document. Robert Davreu annonce clairement la couleur, de sa voix timide et ténue : « Dans mes traductions de Sophocle, je n’ai pas souhaité céder à la vulgarité ambiante… Je n’ai pas voulu, sous prétexte de communication, tomber en-dessous du niveau de la véritable transmission… ». Si la phrase de Sophocle est longue et nourrie de subordonnées, la traduction doit suivre. Œdipe Roi n’abonde pas en longueurs. Quand le phrasé s’allonge, c’est qu’il faut du temps, prendre le temps, le laisser être, s’abandonner à ses rythmes, rythmes, essences de la forme, nécessaires à l’encaissement des informations, les très mauvaises nouvelles, les sinistres présages des protagonistes, les augures funestes de Tirésias.

L’essai de William Marx soutient une thèse qui n’est paradoxale qu’en apparence : ce qu’on désigne comme tragique n’a plus rien à voir avec la tragédie grecque. La prouesse de William Marx est de démontrer cette évidence en la démontant grâce à des arguments imparables, des rapprochements surprenants et si justes, en un grand ensemble dont le fil est la dernière pièce de Sophocle, la dernière tragédie grecque connue : Œdipe à Colone. Colone, lieu du tombeau précisément d’Œdipe, tombeau introuvable, aussi perdu et oublié que l’existence de toute tragédie stricto sensu.