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Théâtre

C’était hier, Harold Pinter

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Lundi, 03 Février 2014. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Iles britanniques, Gallimard

C’était hier, traduit de l’anglais par Éric Kahane, 108 pages, 13,20 € . Ecrivain(s): Harold Pinter Edition: Gallimard

 

L’une des plus belles pièces de Pinter, publiée en 1971, par Methuen, à Londres, sous le titre Old times.

 

Il y a Kate. Il y a Kate et Deeley, mariés, face à Anna : l’étrangère, presque. Si peu connue. Celle qui appartient au passé. Et qui ne comptait pas. Qui n’avait pas de rôle important, pas de densité de météorite, pas de véritable place.

Mais.

NOIR

Reprenons. Les êtres ne savent pas se rapprocher. Ils savent qu’ils ne savent pas. Mais ils le veulent. Alors, ils regardent. Ils s’intéressent. Ils scrutent. Ils scrutent ceux qu’ils ne connaissent pas, en pensant que peut-être ils les connaissent. Que peut-être ils vont les connaître, alors que, le plus souvent, non.

Que moi, Rémi Checchetto

Ecrit par Marie du Crest , le Lundi, 27 Janvier 2014. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Espaces 34

Que moi, 2013, 34 pages, 10 € . Ecrivain(s): Rémi Checchetto Edition: Espaces 34

 

« L’homme d’entre les noirs cyprès »

Rémi Checchetto rapporte qu’il a écrit Que moi pour le metteur en scène et comédien Jean-Marc Bourg ou plutôt qu’ils ont donné naissance ensemble au texte, jusqu’à sa mise en voix et en lumière dans une coproduction en 2012, du théâtre de la Mauvaise tête de Marjevols. Comme le veut la réalisation éditoriale d’Espaces 34, la petite photo de la première de couverture constitue une ouverture, au sens lyrique du terme, de l’œuvre à venir. Ici il s’agit justement d’une photo de Jean-Marc Bourg : un arbre dépouillé dans un décor minéral se fait métaphore de celui qui va prendre la parole, qui « s’effeuille » pour se reconnaître : le moi, le « que moi » mis à nu. Le premier titre du texte était Moi ; le titre définitif s’affirme de façon radicale. L’éviction de tout le reste, de tous les autres, que la forme restrictive impose avec une sorte de violence syntaxique, est instaurée.

Ce dont il sera question, c’est l’atteinte inévitable du soi que dit l’épigraphe inaugurale du poète Antoine Emaz. C’est l’homme de la mort qui vient à lui (le personnage unique de que moi) dans le tout premier paragraphe du texte p.9) et vers lequel il reviendra à l’excipit (p.34). L’homme d’entre les noirs cyprès.

Les garçons et Guillaume à table ! Guillaume Gallienne

Ecrit par Marie du Crest , le Lundi, 20 Janvier 2014. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Les solitaires intempestifs

Les garçons et Guillaume à table ! novembre 2013 (première édition, 2009), Cinéma, 61 p., 10 € . Ecrivain(s): Guillaume Gallienne Edition: Les solitaires intempestifs

 

Les garçons et Guillaume, à table !

LE TEXTE

 

Je suis une fille comme ma mère

Le texte de G. Gallienne s’amuse gravement avec les genres, celui des sexes, ceux de l’écriture littéraire et des spectacles. Ainsi le titre nous invite-t-il à considérer Guillaume en dehors de la fratrie masculine, celle des garçons. Il est l’enfant féminin de la famille, celui qui chérit toutes les femmes : sa mère en tout premier lieu, celles des dédicaces mais aussi celles qu’il loue à partir de la p.30 : sa grand-mère russe, ses tantes, et « toutes les autres ». Il les nomme tendrement Martine, Christine, Victoire ou Valérie.

Pulvérisés, Alexandra Badea

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 16 Janvier 2014. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, L'Arche éditeur

Pulvérisés, 2012, 96 pages 12 € . Ecrivain(s): Alexandra Badea Edition: L'Arche éditeur

Cette pièce a reçu en 2013 Le grand prix de la littérature dramatique, prix créé par R. Donnadieu de Vabres en 2005

 

« Le monde mondialisé »

Nous sommes tous, aux quatre coins du monde, réduits en poudre, détruits, pulvérisés (dans l’espace) dit le titre de la pièce d’Alexandra Badéa. Nous prenons part ensemble au massacre économique, victimes ou acteurs. Le texte de Pulvérisés est d’ailleurs construit comme une carte de géopolitique : la vieille Europe dominatrice, délocalisée (Lyon) ; L’Europe qui s’ouvre sur le monde (Bucarest) ; la Chine, immense atelier globalisé (Shanghai) et l’Afrique émergente (Dakar). La première page de l’œuvre, par deux fois, rassemble le nom de grandes villes asiatiques latino-américaines, indienne, africaines, comme pour dire le vertige de la mondialisation. Et les quatre personnages de la pièce incarnent en ces lieux, dans ces quatre villes, le nouvel ordre économique. Ils ne sont d’ailleurs désignés que par leur sexe et leur fonction productive et marchande.

Le canard sauvage, Henrik Ibsen

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 09 Janvier 2014. , dans Théâtre, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Actes Sud/Papiers

Le canard sauvage (Vildanden, 1884), traduit du norvégien par Eloi Recoing, Actes Sud–Papiers, 1er janvier 2014, 130 pages, 19 € . Ecrivain(s): Henrik Ibsen Edition: Actes Sud/Papiers

 

 

Le canard sauvage d’Henrik Ibsen, programmé du 10 janvier au 15 février 2014 au Théâtre national de la Colline dans une mise en scène de Stéphane Braunschweig, s’appuie sur une nouvelle traduction d’Eloi Recoing disponible chez Actes Sud-Papiers. C’est l’occasion de redécouvrir cette pièce magistrale du dramaturge norvégien qui semble s’inscrire dans la lignée de Brandt – auquel répond l’intransigeance dogmatique de son héros – et de Peer Gynt, que rappelle le basculement constant vers l’imaginaire de ses quatre derniers actes. C’est une pièce ironique et désabusée dont la noirceur implacable et la complexité semblent le reflet des contradictions et de l’évolution de l’auteur, de ses rêves et de ses désillusions.