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Bassin méditerranéen

La Poupée, Ismail Kadaré

Ecrit par Patryck Froissart , le Lundi, 08 Juin 2015. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays de l'Est, Roman, Fayard

La Poupée, mars 2015, traduit de l’albanais par Tedi Papavrami, 155 pages, 16 € . Ecrivain(s): Ismail Kadaré Edition: Fayard

 

En recréant par petites touches, à partir de bribes de souvenirs personnels, de vieilles photos et d’éléments anecdotiques révélés par les uns et les autres, l’existence de sa mère, surnommée La Poupée dans toute la famille, décédée en 1999, Ismail Kadaré, auteur narrateur, plonge le lecteur dans l’intimité d’une famille albanaise, sa famille, dans le contexte historique particulier qui a marqué ce pays durant les deux derniers tiers du siècle dernier.

L’existence de La Poupée, tout comme celle des jeunes années de l’auteur, est profondément, émotionnellement, sentimentalement liée à celle de la grande maison familiale du clan Kadaré de Gjirokastër, jamais achevée, plutôt en cours de décrépitude, où, fraîchement épousée à l’âge de dix-sept ans, la jeune Madame Kadaré se retrouve brusquement transplantée et avec laquelle, d’entrée, elle entretient une relation de rejet, parallèlement aux rapports d’hostilité permanente qui marquent sa cohabitation avec sa belle-mère.

La chute de Constantia, Yannis Makridakis

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mercredi, 20 Mai 2015. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Sabine Wespieser

La chute de Constantia, avril 2015, traduit du grec par Monique Lyrhans, 179 pages, 20 € . Ecrivain(s): Yannis Makridakis Edition: Sabine Wespieser

 

Une si longue lettre


Tout commence par une magnifique journée comme se plaît à le souligner l’auteur : « En cette fin de mois d’octobre 2005, le temps estival de Saint-Dimitrios avait encore dans la Ville de bienfaisantes douceurs, cet été tardif amenait des choses sans précédent, tous les gens étaient assis dehors à Cihangir les uns avec leur thé, les autres avec leur bière, la Ville bruissait de vie et de mouvement (…) ».

Mais voilà, la vieille Constantia n’est pas de la fête ! Et pour cause : elle est souffrante depuis qu’elle a reçu la terrible lettre de son gendre. Les nouvelles qu’elle y apprend la font tomber à la renverse ! Sa voisine, Vanguelia, une experte en commérage, rapporte ainsi la tragédie à qui veut l’entendre :

Théogonie. Un chant du cosmos, Hésiode

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Samedi, 25 Avril 2015. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Fayard

Théogonie. Un chant du cosmos, Hésiode, octobre 2014, traduit du grec et commenté par Aude Priya Wacziarg Engel, 296 pages, 20 € Edition: Fayard

 

« Commençons, pour chanter, par les Muses Héliconiennes, qui habitent la grande et divine montagne de l’Hélicon,

Et qui autour de la source à l’aspect de violette, de leurs pieds délicats, dansent, ainsi qu’autour de l’autel du très puissant fils de Cronos » (V.1).

 

La Théogonie est un chant en l’honneur des dieux Immortels et des forces qui composent le monde, c’est-à-dire le cosmos, un miroir du monde des origines, de la cosmogonie, des divinités primordiales, l’histoire de l’origine des dieux, de la castration du Ciel ou encore le mythe de Prométhée, avec le vol du feu et des Muses qui constituent un véritable « antidote » entre le monde des dieux et celui des hommes. Ainsi, en régnant sur l’oubli du mal et au moment où ces derniers se trouvent séparés des dieux, ces maux ont pour conséquence la création de la première femme aux côtés des hommes.

Le Pain, Toufic Youssef Aouad

Ecrit par Claire Mazaleyrat , le Vendredi, 20 Mars 2015. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Roman, Actes Sud, Moyen Orient

Le Pain, février 2015, traduit de l’arabe (Liban) par Fifi Abou Dib, 266 pages, 22 € . Ecrivain(s): Toufic Youssef Aouad Edition: Actes Sud

 

 

Un printemps arabe

La première édition du roman date de 1939, et sa nouvelle réédition chez Actes sud permet de mettre en lumière son importance littéraire et historique : Le Pain met en scène l’éveil du nationalisme arabe à travers la résistance héroïque de ses personnages au joug ottoman et à l’injustice sociale qui écrase le pays. En effet, Sami Assem, appelé frère Hanania par la Bande blanche dont il est le chef, est un jeune libanais qui organise des opérations de résistance à l’oppresseur turc, ce qui lui vaut d’abord la prison, dont il parvient à s’enfuir pour retrouver la clandestinité et la lutte armée contre l’envahisseur. Il est aidé de sa fiancée Zeina, personnage féminin plein de courage et de lumière, aux prises avec une belle-mère vénale et avec les lubriques desseins des hommes qui l’entourent.

Quelques femmes, Mihalis Ganas

Ecrit par Marie-Josée Desvignes , le Lundi, 16 Mars 2015. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Quidam Editeur

Quelques femmes, février 2015, traduit du grec par Michel Volkovitch, 72 pages, 10 € . Ecrivain(s): Mihalis Ganas Edition: Quidam Editeur

 

Dans un style attachant et d’une grande sensualité, Ganas délivre avec ces seize scénettes à la gloire des femmes des pépites de vie, pleines de gaieté et d’une grande tendresse.

C’est la voix d’une femme jeune ou celle d’une plus âgée, ce sont trois sœurs qui veillent, ou une belle jeune femme russe attablée ou celle-ci encore qui a passé sa vie à faire le ménage chez les autres, mais toujours c’est le regard d’un homme étonné qui approche le féminin avec dévotion eu égard au mystère qu’incarne souvent la femme pour lui.

« Après les présentations, il marcha seul le long de la mer et tandis qu’il se rappelait son aspect et surtout son rire, devant quoi il se demandait ce qui riait le plus dans son visage, la bouche, les yeux, les cheveux, oui eux aussi riaient dans l’éclatante lumière de mai, soulevés par un vent léger, il eut les larmes aux yeux mais n’y prêta guère attention, car en ce temps-là, au milieu de ses épreuves, privé de la compagnie d’une femme depuis le début du monde ou presque, il avait souvent les larmes aux yeux quand il voyait une jolie femme, pas précisément jolie mais l’une de ces femmes “dont le berceau fut réchauffé par le souffle d’un saint et qui vieilliront sans jamais en arriver au point de mourir”, comme l’écrivit bien des années plus tard Blanche Molfessis » (in Cymothoé, tel devait être son nom).