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Bassin méditerranéen

Un oiseau bleu et rare vole avec moi, Youssef Fadel

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 23 Août 2017. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Maghreb, Sindbad, Actes Sud

Un oiseau bleu et rare vole avec moi, mars 2017, trad. arabe marocain Philippe Vigreux, 394 pages, 23,80 € . Ecrivain(s): Youssef Fadel Edition: Sindbad, Actes Sud

 

Bouleversant !

La lecture de ce roman hors du commun est une plongée en enfer.

Aziz, issu d’un milieu rural pauvre où il a vécu une enfance difficile, violente, douloureuse avant d’être recueilli par une communauté religieuse qui lui permet de faire des études, devient aviateur.

Zina, qui a eu elle aussi un parcours d’enfance et d’adolescence ponctué de violence paternelle, est prise en charge et protégée par sa sœur aînée Khatima, que le dénuement contraint, après qu’elle et Zina ont fui nuitamment les violences de leur père, et après maintes vicissitudes, à la prostitution à Azrou sous le joug brutal du proxénète Jojo.

Rien de très original, si on s’en tient à ce résumé de la première partie du récit.

Mais l’histoire a pour contexte très particulier le Maroc des années de plomb…

Victoria n’existe pas, Yannis Tsirbas (2ème critique)

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 10 Juin 2017. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Quidam Editeur

Victoria n’existe pas, trad. grec Nicolas Pailler, 66 pages, 10 € . Ecrivain(s): Yannis Tsirbas Edition: Quidam Editeur

 

Strangers on a train (1) pourrait être le titre anglais ou américain pour une traduction de ce premier opus de Yannis Tsirbas, car il s’agit bien, au départ, d’une rencontre imprévisible, mais pas totalement improbable, dans un train qui va de la banlieue vers la capitale, Athènes. Mais la comparaison devrait s’arrêter là, car il n’y a pas à proprement parler de projets de criminels inavoués entre les deux protagonistes. Encore que…

L’homme habite le quartier du square Victoria. Un nom qui n’évoque sans doute pas grand-chose pour celles et ceux qui n’ont pas fait le voyage. Le square Victoria est un des lieux d’Athènes qui a depuis quelques années une des plus sombres réputations. Insécurité, saleté… Un lieu où il ne ferait pas bon se promener la nuit venue et que tous les touristes devraient soigneusement éviter, même si les restaurants n’y manquent pas. C’est que le square Victoria est depuis des années un des lieux où atterrissent et tentent de survivre des immigrés venus de pays où la vie est encore plus difficile qu’en Grèce.

Ça va aller, tu vas voir, Chrìstos Ikonòmou

Ecrit par Marc Ossorguine , le Jeudi, 27 Avril 2017. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Quidam Editeur

Ça va aller, tu vas voir, trad. grec Michel Volkovitch (Κάτι θα γίει, θα δεις, 2010), 228 pages, 20 € . Ecrivain(s): Christos Ikonòmou Edition: Quidam Editeur

 

Un titre en forme d’espoir quand tout va mal, quand tout va de travers, quand on a peine à seulement y croire, qu’un jour cela pourrait aller mieux. Mieux ou simplement moins mal. « Ça va aller, tu vas voir… », c’est aussi ce que disent implicitement tous les partisans des solutions qui ne font qu’empirer les choses, que rendre la vie plus difficile, plus impossible.

Je ne sais pas. Ce que je lis ne colle pas avec ce que je vois. Ce que je pense non plus. Rien, ne colle.

Dans ce monde où rien ne va plus, la file d’attente devant la sécu est longue, très longue. Si longue qu’elle commence au milieu de la nuit, malgré le froid. Autour d’un bidon dans lequel brûle un misérable feu autour duquel la misère n’a plus d’âge. Où elle n’a plus l’âge d’avoir un âge.

Tu sais quoi grand-père ? Ce n’est pas la chute qui nous tue, c’est de s’arrêter brusquement. Tu comprends ? C’est s’arrêter brusquement qui nous tue.

La tentation du vide, Christos Chryssopoulos

Ecrit par Marc Ossorguine , le Vendredi, 31 Mars 2017. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Actes Sud

. Ecrivain(s): Christos Chryssopoulos Edition: Actes Sud

 

Le titre français de cet ancien livre du grec Christos Chryssopoulos, l’un de ses premiers, nous dit un peu plus que ne le fait le titre original, Shunyata, en nous soufflant un peu de l’énigme de ce mot pour le lecteur qui ne connaîtrait ni le bouddhisme ni le sanskrit.

Cela commence dans une bourgade perdue quelque part aux Etats-Unis, sur la côte ouest, celle du Pacifique. Wiliamstown. En 1951, à la veille du printemps, il ne se passe pas grand-chose dans cette ville si tranquille, héritière de pionniers somme toute ordinaire, et où les événements historiques les plus importants ne sont que des faits divers locaux. Une petite ville où le rêve américain est bien présent, nourri par la croissance de l’époque et la croyance en un progrès infini à venir, déjà en route. Mais voilà qu’au premier jour du printemps de cette année, la plus curieuse des épidémies frappe la ville : dans la nuit quatorze adolescents se sont donné la mort dans le secret de leurs chambres. Quatorze décès qui touchent onze familles. Pourquoi ? Quel mystère, quel divin châtiment peuvent-ils expliquer cette inconcevable coïncidence ?

Quelques femmes, Mihàlis Ganas (2ème critique)

Ecrit par Marc Ossorguine , le Samedi, 18 Mars 2017. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles, Quidam Editeur

Quelques femmes, trad. grec Michel Volkovitch (Γυναικών, 2010), 68 p., 10 € . Ecrivain(s): Mihalis Ganas Edition: Quidam Editeur

 

Voilà un poète et écrivain grec dont on regrette, à peine le livre ouvert, qu’il ne soit pas plus traduit en France. En effet ces quelques portraits ou nouvelles, on ne sait trop, ont un pouvoir de séduction rare, de par leur langue comme de par les images qu’ils convoquent, ou plutôt invoquent. Considéré en terre grecque comme l’une des grandes voix poétiques contemporaines, il faut tout l’art du traducteur pour nous les faire partager, même imparfaitement, même partiellement. Nous ignorons tout de la langue grecque, mais le pouvoir de ces textes est aussi de nous donner une puissante envie de découvrir cette langue, avec sa musique propre.

La simplicité de ces portraits nous touche aussi, pris dans le quotidien le plus ordinaire, jusqu’à en être banal (mais pas trivial) que le regard de l’écrivain rend unique, extraordinairement complice, jusqu’aux frontières de l’intime qu’il franchit parfois à pas de loup. Portraits ou nouvelles, portraits et nouvelles tout à la fois. De femmes mais aussi d’hommes.