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Bassin méditerranéen

La bicyclette statique, Sergi Pàmies

Ecrit par Jean-Guy Soumy , le Samedi, 17 Septembre 2011. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, Editions Jacqueline Chambon

La bicyclette statique, Sergi Pàmies, traduit du catalan par Edmond Raillard, septembre 2011, 108 pages, 14,50 euros . Ecrivain(s): Sergi Pàmies Edition: Editions Jacqueline Chambon


Un auteur qui ose exprimer sa difficulté à lire Le Petit Prince de Saint-Exupéry ne peut qu’attirer notre attention. Dans sa jeunesse, Sergi Pàmies, né à Paris en 1960 de parents immigrés catalans, fréquentait les terrains vagues où régnaient les chefs de bande. Et chaque fois que l’on sonnait à la porte de l’appartement HLM, son père se tournait vers l’armoire dans laquelle, en dernier recours, il pourrait se dissimuler.

Le chemin est-il si éloigné de l’exil à l’écriture ? Sergi Pàmies nous livre une réponse qui file au long d’une vingtaine de nouvelles rassemblées dans La bicyclette statique. Le narrateur de Quatre nuits, apprenant qu’il a été engendré après que ses parents sont allés voir Le notti de Cabiria, retourne inlassablement voir les films de Fellini. Cherchant sur la toile le secret de sa conception. Le personnage principal de La Femme de ma vie doit à ses lacets défaits d’avoir rencontré celle qui partage son existence. Quant au héros de L’Illa Diagonal, c’est après s’être assuré contre le suicide, qu’il abandonne son terrible projet…

Tortuga, Valerio Evangelisti

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 01 Septembre 2011. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Recensions, Roman, Payot Rivages

Tortuga, traduit de l’italien par Sophie Bajard, 2011, 426 pages, 24,50€. . Ecrivain(s): Valerio Evangelisti Edition: Payot Rivages

Si vous avez rêvé, aux côtés de Jim Hawkins, de trésors fabuleux, frémi au passage de la jambe de bois de Sir Long John Silver, si vous savez que les honnêtes hommes peuvent cacher de terribles pirates comme le Petit-Radet de L’Ancre de miséricorde, ou même si vous avez pris plaisir aux aventures cinématographiques d’un excentrique flibustier, capitaine du Black Pearl, Tortuga est pour vous.

Non seulement ce roman d’aventures va vous plonger, comme aucun autre, au cœur des Caraïbes et de la confrérie des Frères de la Côte, mais il renouvelle la vision de la piraterie, déprise de son verni exotique et souvent édulcoré. Dans Tortuga, on n’enterre pas de trésor sur une île inconnue et on ne perd pas de temps avec des cartes rongées par l’eau de mer, non bien au contraire, on dépense tout et on fait flamber sa vie comme du rhum. Les récits des scènes d’auberge valent celles des abordages où pareillement se déchaînent l’animalité, la cruauté, le plaisir. La définition de l’âme pirate donne lieu à de splendides joutes oratoires entre capitaines, chirurgiens et autres invités au carré.

« Sur le Conqueror, vous avez assisté à la phase intermédiaire de l’évolution d’un pirate. À ce stade de sa carrière, il a redécouvert la nature animale qui se cache sous les apparences humaines et a commencé à s’y abandonner. […] La dernière phase est celle où la férocité naturelle se traduit en philosophie. L’égoïsme le plus effréné est présenté comme une liberté, le manque absolu de toute pitié devient une norme de conduite, une morale même ».

Le mécanicien des roses, Hamid Ziarati

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 19 Juillet 2011. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Editions, Thierry Magnier

Le Mécanicien des roses, traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli, 2011, 366 p. 22 €. . Ecrivain(s): Hamid Ziarati Edition: Thierry Magnier


Une fois n’est pas coutume, taisons-nous et ouvrons le livre à la première page. Savourons.

« Le village était éclairé par une lune bossue de printemps, affaissée sur un nuage solitaire.

Les tziganes, appuyés à la charrette, jouaient de leurs instruments. Un chant résonnait, tantôt triste pour célébrer un amour douloureux, tantôt joyeux pour fêter un amour éclos et réciproque.

Zoleikha virevoltait autour des feux de joie, insouciante à la présence des fidèles, telle une phalène amoureuse de sa mortelle bougie ».

Dès les premiers mots, ce roman agit tel un envoûtement, offrant l’une après l’autre ses circonvolutions poétiques. Sa force est d’employer les ressorts du conte, gracieux mais emplis de force et de sagacité, pour dire les réalités d’un pays blessé. D’une époque à l’autre, on y a sabré les droits des hommes et nié les femmes, bafoué la beauté et gâché la douceur de vivre. Hamid Ziarati expose, avec justesse et pudeur, le destin de cinq personnages, liés, tels les surgeons des roses à la racine mère, dans une fresque où l’Iran se dérobe et se démasque à chaque page.

Vie et mort de Ludovico Lauter, Alessandro de Roma

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 26 Juin 2011. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Vie et mort de Ludovico Lauter, traduit de l'italien par Pascal Leclercq, 374 pages, 25 € . Ecrivain(s): Alessandro de Roma Edition: Gallimard

« Il est tout à fait exact qu’il faut juger les films d’après leur fin ».

Cette phrase tirée du livre pourrait parfaitement s’appliquer à Vie et mort de Ludovico Lauter, d’Alessandro De Roma.

Il y a certains livres qu’on a envie d’abandonner avant la fin. Mais on s’accroche quand même, sans d’ailleurs bien savoir pourquoi. On continue on se disant qu’il finira bien par se passer quelque chose. Mais en attendant, on se demande ; Qu’est-ce que cherche à dire l’auteur ? Où veut-il en venir ? Et va-t-on arriver à quelque chose ou perd-on son temps ?

Dans sa première partie, Vie et mort de Ludovico Lauter est un livre plaisant, agréable à lire, mais qui manque singulièrement d’éclat. Cette histoire d’écrivain reclus du monde n’a rien de franchement époustouflant. Par certains côtés, elle peut même paraître relativement éculée. Et cette première partie dure quand même la bagatelle de 290 pages…

Alessandro De Roma aurait pu généreusement tailler dans le gras au moins. 100 pages de moins n’auraient pas fait de mal.

Il reste alors 90 pages… et quelles pages ! Quelles pages ! Elles vont obliger à repenser tout ce qu’on vient de lire. D’un coup, elles élèvent le livre, l’emmènent vers des sommets insoupçonnés.

Aharon Appelfeld à Montpellier

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 23 Juin 2011. , dans Bassin méditerranéen, Les Dossiers, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED, Documents

Aharon Appelfeld, Valérie Zenatti à Montpellier. 22 juin 2011

Tout au long de l'année, les «  Rencontres de la médiathèque centrale  Emile Zola » à Montpellier rappellent, s'il en était besoin, qu'on est là dans une des villes les mieux servies de France, pour la culture. En partenariat avec la mythique librairie Sauramps, et, ici le CCCJ, ces rencontres : «  Au café des lettres » n'ont rien de poussiéreuses conférences «  universitantes » ; on a du vivant, du culturel de haut niveau sans une once de pédanterie, du bonheur ! Comme ce soir !

Aharon Appelfeld - pas moins  - et sa traductrice - complice et romancière, Valérie Zenatti, nous ont fait entrer en fanfare dans l'été ; hier, on fêtait la musique, et ce soir, la littérature.

Deux livres étaient à l'honneur : « le garçon qui voulait dormir » d'Appelfeld et « mensonges » de Zenatti (tous les deux ayant été recensés dans « la cause littéraire ») ;  publiés chez le Seuil – l’Olivier, dynamique et talentueuse maison d'édition, faut-il le rappeler...

L'amphithéâtre de Zola, reine méritée des médiathèques, est comble : public connaisseur, à l'évidence, élégant dans l'écoute, ravi de rencontrer «  son » Appelfeld ; public aussi de curieux, amateurs de découvertes, prêts à l'enthousiasme - j'en fais assurément partie -