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Bassin méditerranéen

Le mécanicien des roses, Hamid Ziarati

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 19 Juillet 2011. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Editions, Thierry Magnier

Le Mécanicien des roses, traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli, 2011, 366 p. 22 €. . Ecrivain(s): Hamid Ziarati Edition: Thierry Magnier


Une fois n’est pas coutume, taisons-nous et ouvrons le livre à la première page. Savourons.

« Le village était éclairé par une lune bossue de printemps, affaissée sur un nuage solitaire.

Les tziganes, appuyés à la charrette, jouaient de leurs instruments. Un chant résonnait, tantôt triste pour célébrer un amour douloureux, tantôt joyeux pour fêter un amour éclos et réciproque.

Zoleikha virevoltait autour des feux de joie, insouciante à la présence des fidèles, telle une phalène amoureuse de sa mortelle bougie ».

Dès les premiers mots, ce roman agit tel un envoûtement, offrant l’une après l’autre ses circonvolutions poétiques. Sa force est d’employer les ressorts du conte, gracieux mais emplis de force et de sagacité, pour dire les réalités d’un pays blessé. D’une époque à l’autre, on y a sabré les droits des hommes et nié les femmes, bafoué la beauté et gâché la douceur de vivre. Hamid Ziarati expose, avec justesse et pudeur, le destin de cinq personnages, liés, tels les surgeons des roses à la racine mère, dans une fresque où l’Iran se dérobe et se démasque à chaque page.

Vie et mort de Ludovico Lauter, Alessandro de Roma

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 26 Juin 2011. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Vie et mort de Ludovico Lauter, traduit de l'italien par Pascal Leclercq, 374 pages, 25 € . Ecrivain(s): Alessandro de Roma Edition: Gallimard

« Il est tout à fait exact qu’il faut juger les films d’après leur fin ».

Cette phrase tirée du livre pourrait parfaitement s’appliquer à Vie et mort de Ludovico Lauter, d’Alessandro De Roma.

Il y a certains livres qu’on a envie d’abandonner avant la fin. Mais on s’accroche quand même, sans d’ailleurs bien savoir pourquoi. On continue on se disant qu’il finira bien par se passer quelque chose. Mais en attendant, on se demande ; Qu’est-ce que cherche à dire l’auteur ? Où veut-il en venir ? Et va-t-on arriver à quelque chose ou perd-on son temps ?

Dans sa première partie, Vie et mort de Ludovico Lauter est un livre plaisant, agréable à lire, mais qui manque singulièrement d’éclat. Cette histoire d’écrivain reclus du monde n’a rien de franchement époustouflant. Par certains côtés, elle peut même paraître relativement éculée. Et cette première partie dure quand même la bagatelle de 290 pages…

Alessandro De Roma aurait pu généreusement tailler dans le gras au moins. 100 pages de moins n’auraient pas fait de mal.

Il reste alors 90 pages… et quelles pages ! Quelles pages ! Elles vont obliger à repenser tout ce qu’on vient de lire. D’un coup, elles élèvent le livre, l’emmènent vers des sommets insoupçonnés.

Aharon Appelfeld à Montpellier

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 23 Juin 2011. , dans Bassin méditerranéen, Les Dossiers, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED, Documents

Aharon Appelfeld, Valérie Zenatti à Montpellier. 22 juin 2011

Tout au long de l'année, les «  Rencontres de la médiathèque centrale  Emile Zola » à Montpellier rappellent, s'il en était besoin, qu'on est là dans une des villes les mieux servies de France, pour la culture. En partenariat avec la mythique librairie Sauramps, et, ici le CCCJ, ces rencontres : «  Au café des lettres » n'ont rien de poussiéreuses conférences «  universitantes » ; on a du vivant, du culturel de haut niveau sans une once de pédanterie, du bonheur ! Comme ce soir !

Aharon Appelfeld - pas moins  - et sa traductrice - complice et romancière, Valérie Zenatti, nous ont fait entrer en fanfare dans l'été ; hier, on fêtait la musique, et ce soir, la littérature.

Deux livres étaient à l'honneur : « le garçon qui voulait dormir » d'Appelfeld et « mensonges » de Zenatti (tous les deux ayant été recensés dans « la cause littéraire ») ;  publiés chez le Seuil – l’Olivier, dynamique et talentueuse maison d'édition, faut-il le rappeler...

L'amphithéâtre de Zola, reine méritée des médiathèques, est comble : public connaisseur, à l'évidence, élégant dans l'écoute, ravi de rencontrer «  son » Appelfeld ; public aussi de curieux, amateurs de découvertes, prêts à l'enthousiasme - j'en fais assurément partie -

Les Tétins de Sainte Agathe, Giuseppina Torregrossa

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Dimanche, 19 Juin 2011. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Jean-Claude Lattès

Les Tétins de sainte Agathe, traduit de l’italien par Anaïs Bokobza, 2011, 344 pages, 22€. . Ecrivain(s): Giuseppina Torregrossa Edition: Jean-Claude Lattès


Voilà un roman jubilatoire, drôle et sensuel. Un roman consacré et dédié aux femmes signé d’une plume alerte. Un roman de la transmission. « Ce sont elles qui possèdent le secret de la vie, qui tissent patiemment, jour après jour, l’histoire de leurs familles, puis la racontent aux autres pour qu’ils en fassent un trésor ».

Le récit s’ouvre littéralement sur la savoureuse recette des tétins de sainte Agathe, gâteaux préparés pour la célébration de la martyre sus nommée. Cette recette transmise par une grand-mère à sa petite-fille donne le prétexte à l’aïeule de confier des secrets essentiels à la jeune génération. Secrets en décalage complet avec l’âge de la future narratrice : « Parce que tu dois savoir que si tu ne ressens pas de plaisir quand ils te touchent, les hommes se sentent atteints dans leur virilité, mais gare à toi si tu y prends du plaisir, parce que là ils te prennent pour une putain ».

Le souvenir de ces rencontres culinaires permet à la narratrice devenue adulte d’évoquer les figures féminines des deux branches de sa famille sicilienne. A chaque génération, se découvrent l’amour et la sensualité, se créent et se déchirent des couples et des familles. Les tantes jumelles de Malavacata survivront à toutes les épreuves. La puissante et sauvage Assunta initiera tous les jeunes gens avant d’arranger leur mariage.

Le poids du papillon, Erri de Luca

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Dimanche, 05 Juin 2011. , dans Bassin méditerranéen, Les Livres, Recensions, Critiques, La Une Livres, Récits, Gallimard

Le poids du papillon, mai 2011, 9 euros 50. . Ecrivain(s): Erri de Luca Edition: Gallimard


Il faut s’asseoir au coin d’un feu imaginaire et écouter le merveilleux conteur qu’est Erri De Luca, ce livre mince comme un papillon ouvert dans les mains qui gardent le poids des images contenues dans les pages. Des pages, qui, quand elles sont tournées, restent présentes quelque part. La langue de De Luca est nue, rocailleuse parfois, un peu à l’image de l’homme qui aime les choses simples, le café, les aliments que l’on trempe dans la tasse et que l’on mange en s’ébouillantant presque, en écoutant le chant du silence, à l’ombre des arbres qui murmurent leur solitude. Ou le cœur pris dans le chant des grillons.

Ici la langue de ce grand écrivain atteint l’épure (grâce aussi au talent de Danièle Valin – cet ouvrage fut initialement publié en italien en 2009), suivant les fils d’un premier conte (« Le poids du papillon ») qui est presque une parabole (le livre est constitué de deux courts textes) et suivant l’harmonie d’un récit (« Visite à l’arbre ») non pas clôturant l’ouvrage mais le suspendant dans un silence plein de tous les mots qui se sont précipités jusque-là avec leur rudesse et leur simplicité chantante, un silence qui se découvre, presque à sa propre surprise, harmonique.