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Récits

Dieu, Allah, moi et les autres, Salim Bachi

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 20 Février 2017. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Maghreb, Gallimard

Dieu, Allah, moi et les autres, janvier 2017, 180 pages, 16 € . Ecrivain(s): Salim Bachi

 

Rompant avec une œuvre essentiellement romanesque initiée en 2001 par la publication remarquée du Chien d’Ulysse, ce dernier opus de Salim Bachi, auteur d’origine algérienne installé à Paris depuis une vingtaine d’années, est un récit très personnel où il nous raconte sa vie partagée entre l’Algérie et la France, s’interrogeant avec sincérité et lucidité sur sa religion, son rapport aux femmes et son destin d’écrivain. Un récit autobiographique empreint d’ironie et d’autodérision, de colère puis d’apaisement et dont émane, au-delà de sa vitalité, une profonde mélancolie.

Mort et vie, d’emblée intimement mêlées (tant du fait de la mort fondamentale de sa petite sœur que de sa propre maladie) sont au cœur de ce livre dont le déclic fut pour Salim Bachi le décès de son ami Hocine Ammari qui emporta avec lui tout un pan de lui-même : celui de sa jeunesse étudiante au cœur des années noires, de ce « féroce appétit de vivre et d’échapper à la guerre », que retraçait déjà son premier roman dont Hocine, le narrateur principal, accompagnait Mourad, son double fictionnel. Et « ce livre est en partie une tentative de sauvetage de ce qui n’est plus ».

Trois saisons à Venise, Matthias Zschokke

Ecrit par Guy Donikian , le Lundi, 20 Février 2017. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Langue allemande, Zoe

Trois saisons à Venise, novembre 2016, trad. allemand Isabelle Rüf, 384 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Matthias Zschokke Edition: Zoe

 

Matthias Zschokke est invité en 2012 à Venise par une fondation qui met à sa disposition un appartement en plein cœur de Venise. Ce sont trois saisons qu’il va mettre à profit pour « travailler », c’est en tout cas son désir, et l’idée de se retrouver en plein cœur de la Sérénissime ne peut, pense-t-il, que faciliter ce travail, sauf que, une fois sur place, il va partager son bonheur en écrivant des courriels à son frère, à sa tante, à son éditeur et à certains de ses amis et à des relations professionnelles.

Dans les réponses qu’il adresse à « l’ami de Cologne », il décrit un quotidien ordinaire à Venise : « Sous mes fenêtres glissent des gondoles, des bateaux-cargos avec des pianos, de temps en temps des pompiers, des ambulances, des bateaux-taxis, avec au fond un Dottore ou un Onorevole, qui rentre chez lui ou va au théâtre… ». On imagine sans peine ce que le lecteur à Cologne peut ressentir à la lecture de ce courriel.

Dans la zone d’activité, Éric Chevillard

Ecrit par Ahmed Slama , le Vendredi, 10 Février 2017. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, publie.net

Dans la zone d’activité, Éric Chevillard, publie.net, 65 pages, 2,99 € . Ecrivain(s): Éric Chevillard Edition: publie.net

 

Zone littérairement ludique

Chevillard ? On le connaît Éric, depuis le temps qu’il sévit, chez Minuit essentiellement, une quinzaine de romans, toujours cette langue, ce style, enroulement langagier, et puis cet imaginaire, le Chevillard est une espèce rare qu’il faudrait protéger, on sait jamais avec les braconniers littéraires qui pullulent aujourd’hui, ici ou là, qui n’ont rien su comprendre, j’en plains les tristesses lectorales, sans en évoquer la fadeur stylistique. Et quand Éric, auteur d’un excellent blog, L’Autofictif, nous gratifie d’une œuvre numérique, chez Publie.net, on s’y penche, nous chez LitteWeb, on s’y penche c’est forcé, avec ce risque, toujours chez Chevillard, celui d’une chute, un abîme.

Dans la zone d’activité, c’est une trentaine d’histoires courtes, celle d’une zone commerciale ; on les voit, dès la table des matières, les boutiques réparties, y a qu’à laisser son curseur, son index vous guider, « Mon imagination est une colle » qu’il disait Chevillard, paraphrasant Léon Bloy, dans son sublime L’Auteur et Moi, une assertion qui encore se confirme dans cette Zone d’activité, dès les premières lignes, lire, et se laisser cheviller par la langue d’Éric.

Complot à Paris, Christian Lestavel

Ecrit par Mélanie Talcott , le Jeudi, 09 Février 2017. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Complot à Paris, Editions les indés, décembre 2016, 242 pages, 17,90 € . Ecrivain(s): Christian Lestavel

 

« Sommes-nous tout juste bons à reproduire incessamment les mêmes erreurs, comme le font à chaque saison ces milliards de bestioles ? (l’auteur évoque les milliers de fourmis volantes qui viennent s’immoler sur l’ampoule brûlante d’un réverbère) Ou sommes-nous la seule erreur de cette même nature qui finira par regretter de nous avoir engendrés ? Monstres ? Démons ? Ne sommes-nous pas nous-mêmes cette lumière, cette chaleur qui fait de chacun de nous un prédateur dénué de conscience ? A moins que nous ne soyons aussi nos propres proies ? » pose Christian Lestavel en préambule de son livre Complot à Paris, avant de nous précipiter magistralement dans la violence du massacre de septembre 2009, perpétré à Conakry par Dadis Camara et ses sbires.

Moussa Dadis Camara… La plupart d’entre nous ne sauraient mettre un visage sur ce nom. Un capitaine de l’armée guinéenne, président auto-proclamé et dictateur dézingué comme il y en a tant en Afrique et dans bien d’autres pays. Les uns, la grande majorité dite civilisée, déambulent tous frais payés, de leurs bureaux douillets en G7, 8 ou 20, et d’un trait de plume mettent sous paraphe le destin des peuples et des individus. Les autres, une minorité, s’encombrent moins de tergiversations diplomatiques et d’effets de manche. Shootés à leur propre folie, ils y vont carrément à la machette et à la mitraillette.

Bribes d’une décennie à l’ombre, Mohamed El Khotbi

Ecrit par Patryck Froissart , le Lundi, 06 Février 2017. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Maghreb

Bribes d’une décennie à l’ombre, Kalimate Edition (Rabat, Maroc, 2012), 141 pages, 10 € (au Maroc 50 DH) . Ecrivain(s): Mohamed El Khotbi

 

Mohamed El Khotbi, enlevé en pleine nuit en 1972 par la police, a passé en prison dix des années de plomb qu’a connues le Maroc sous le règne de Hassan II. C’est cette expérience douloureuse qui constitue l’objet de cet ouvrage. Si l’époque et les circonstances évoquent immédiatement les œuvres d’Abdellatif Laâbi, la tonalité et le mode d’expression de ces « bribes » en sont totalement différents.

Notre auteur brosse, simplement, en une douzaine de chapitres, sans linéarité artificielle, sans montage romanesque, une série de tableaux montrant des choses vécues. On n’est pas dans le roman. Le dessein est clair : il s’agit à la fois d’exprimer la monotonie, la banalité, la médiocrité des jours et des jours d’enfermement, et d’en faire émerger les pauvres faits divers qui parviennent à rompre par ci par là la déprimante régularité des rythmes carcéraux et des rituels collectifs et individuels. Certes la souffrance personnelle est perceptible, mais elle reste, pudiquement, non-dite. Pour prendre de la distance, l’auteur se dédouble. Dans la préface, son propre personnage est présenté par Jamal Bellakhdar, un de ses compagnons du militantisme étudiant des années soixante au Maroc.