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Récits

États du Monde, Onuma Nemon

, le Lundi, 23 Janvier 2017. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres

États du Monde, Mettray Editions, août 2016, 836 pages, 29 € . Ecrivain(s): Onuma Nemon

 

Plus de 830 pages dans un format plutôt grand et inhabituel (16,7x26 cm), États du Monde d’Onuma Nemon se présente d’emblée comme un livre fleuve.

Onuma Nemon a publié auparavant cinq autres livres, tous aussi déroutants les uns que les autres : récits accompagnés de photos et dessins (OGR, Tristram), avec également un CD (Quartiers de ON !, Verticales, 1150 pages) ou livre de textes et d’eaux fortes (Crampes, URDLA, tiré à 30 exemplaires vendus 1000 €). « Les autres volumes des États du Monde et l’ensemble de la Cosmologie seront désormais disponibles sous forme d’édition numérique sur le site créé par Mettray depuis une dizaine d’années » signale la quatrième de couverture. Le net, comme pour marquer encore plus l’énormité du projet. Le net : comme si l’entreprise était devenue trop grande pour l’édition classique papier…

Qui est Onuma Nemon ? On le dit né en 1948, d’origine Andalouse et cubaine, ayant reçu une formation de plasticien et s’étant spécialisé dans la gravure et le dessin.

Séjour au Nevada, Bernardo Atxaga

Ecrit par Frédéric Aribit , le Samedi, 14 Janvier 2017. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Espagne, Christian Bourgois

Séjour au Nevada, mai 2016, trad. espagnol André Gabastou, 472 pages, 20 € . Ecrivain(s): Bernardo Atxaga Edition: Christian Bourgois

 

Nevadarat joan nintzan

Dirurikan gabe,

Handik itzultzekotan, maitia,

Bortz miliunen jabe.

 

(J’étais parti au Nevada

Sans argent,

Pensant en revenir, mon amour,

Avec cinq millions…)

De cœur et de sang, Maria Pia Briffaut

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mardi, 10 Janvier 2017. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres

De cœur et de sang, éd. Amalthée, décembre 2016, 156 pages, 13,80 € . Ecrivain(s): Maria Pia Briffaut

Partir en quête d’une histoire cachée, un espace que des mémoires avaient pour une grande part enseveli, telle fut la bataille que Maria Pia Briffaut mena jusqu’à son terme sans céder à la tentation de la dérobade. Et c’est cette reconquête de ses territoires perdus autour de laquelle va se cristalliser toute son existence jusqu’à ce qu’une brèche déchire l’opacité de son histoire avec la certitude que quelque chose va advenir

À un moment de son existence, en consigner le récit devient pour elle une nécessité. Mais pas à n’importe quel moment. La mise en chemin vers l’écriture démarrera après bien des tribulations. Maria Pia Briffaut attendra le décès de ses parents adoptifs pour se lancer dans cette aventure.

Et surtout pas n’importe comment. Il lui faudra trier, éliminer, mettre en relief certaines étapes pour réussir à découvrir sa musique intérieure. Et c’est ainsi que naquit le livre De cœur et de sang, à la suite d’un travail acharné d’élaboration, de choix et de construction. Maria Pia Briffaut nous offre en partage un secret qui est constitutif de son identité, qui fait partie intégrante de sa personnalité, qui explique le mouvement de sa vie. Lisons-le avec l’attention qu’il mérite, il a beaucoup à nous apprendre.

Le cocher, Selma Lagerlöf

Ecrit par Marc Ossorguine , le Mercredi, 07 Décembre 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Pays nordiques, Fantastique, Babel (Actes Sud)

Le cocher (Körkalen, 1912), trad. suédois Marc de Gouvenain, Lena Grumbach, 152 pages . Ecrivain(s): Selma Lagerlöf Edition: Babel (Actes Sud)

 

 

Ce récit publié peu avant la « grande guerre » est sans doute de ceux qui témoignent des derniers éclats du romantisme et du post-romantisme avant la grande bascule. Il peut aujourd’hui nous sembler vraiment appartenir à un autre temps qui serait si révolu qu’il en deviendrait pour nous exotique, quasiment incompréhensible. C’est qu’il y a quelque chose dans ce récit des danses macabres, celles mises en images par nombres de peintres au cours des siècles (de Jérôme Bosch à Holbein, pour n’en citer que deux), par des musiciens au cours des grandes années du romantisme (Saint-Saëns ou Franz Liszt, par exemple). S’y ajoute la touche moraliste propre à cette époque, que l’on peut aussi trouver désuète et bien mélodramatique, et qui n’est pas sans rappeler le ton d’une autre grande plume scandinave, celle d’Andersen.

Le silence de mon père, Doan Bui

Ecrit par Philippe Leuckx , le Mardi, 06 Décembre 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, L'Iconoclaste

Le silence de mon père, mars 2016, 254 pages, 19 € . Ecrivain(s): Doan Bui Edition: L'Iconoclaste

 

Restituer dans un livre toute une part du récit familial, beaucoup l’ont tenté ; certain(e)s l’ont réussi. C’est ici le cas de la journaliste Doan Bui, d’origine vietnamienne. C’était le cas des récits de Pancrazi, du beau livre de Frain (Sorti de rien), et des archives de Yourcenar.

L’ethnographie familiale suppose une matière féconde et un regard qui soit d’une sagacité à toute épreuve : rendre vie et parole à l’histoire d’un père, exilé dans son propre corps depuis l’AVC qui le rendit muet, exilé originaire d’un pays quitté dans le flot des départs, demandait à l’auteur une écriture qui puisse, sans pathos, décrire un parcours, aller aux sources d’une vie voyageuse qui aboutira finalement au Mans, prendre le temps de « fouiller » comme une « fourmi » les annales de l’histoire proche.

Que savons-nous des gens que l’on aime ? Que sauvera-t-on d’eux ? Doan Bui a senti la nécessité de raconter ce qui risque de s’éventer et de tomber dans le pur oubli. Elle le fait pour ses filles, pour ses sœurs, pour ses frères. Il a fallu même creuser jusqu’à dépecer les secrets – toute famille en porte. Son récit est passionnant de bout en bout : il livre avec émotion un travail de quête précis, argumenté, un retour au pays pour savoir et pouvoir raconter.