Identification

Récits

Me reconnais-tu ?, Andrea Bajani

Ecrit par Malgorzata Kobialka , le Mercredi, 06 Avril 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Gallimard, Italie

Me reconnais-tu ?, traduit de l'italien par Vincent Raynaud, 144 pages . Ecrivain(s): Andrea Bajani Edition: Gallimard

 

Andrea Bajani, Me reconnais-tu ? Antonio Tabucchi : tisser la trace de l’autre dans le voile du récit.

Le récit d’Andrea Bajani Me reconnais-tu ? est une sorte de tombeau poétique où à l’encre de l’écrit, l’auteur essaie d’ancrer la trace du souffle de l’ami qui s’échappe. Mais c’est aussi une lettre dont le destinataire est un « tu » à qui elle s’adresse, « tu », « toi », Antonio Tabucchi, l’ami écrivain dont la voix s’est tue à jamais. Bajani reprend la plume de la main du mourant et continue son récit. On peut y entendre un écho du Requiem où le père demande au fils de lui raconter comment il est mort. Andrea répond lui aussi à cette question : alors raconte-moi comment je suis mort ? Et tout en lui racontant comment il est mort, il arrache les bribes de la voix de l’autre à la nuit et à l’oubli. Son écriture est une protestation d’amour qui résiste. Si le mot grec « alètheia » désigne la « vérité » au sens du dévoilement, avec le « -a » privatif de « léthé », Bajani ne le laisse pas se recouvrir d’un voile de l’oubli ni tomber dans le fleuve du Léthé mais, au contraire, lui tisse un suaire du récit, le tissu de la lettre où il couche la voix de l’autre, la trace du disparu. Cette lettre devient un pont jeté entre la vie et la mort, entre ici et là-bas, avec au-dessous la béance du trépas.

6 minutes 23 séparent l’enfer du paradis, François Suchel

Ecrit par Lionel Bedin , le Mercredi, 06 Avril 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Voyages

6 minutes 23 séparent l’enfer du paradis, éd. Paulsen, janvier 2016, 224 pages, 19,90 € . Ecrivain(s): François Suchel

 

 

« Dans une époque en quête d’exotisme, l’avion est une lance jetée vers les palmiers ». Prendre l’avion est aujourd’hui un acte banal pour la plupart d’entre nous. Et nous savons tous que c’est le moyen de transport le plus fiable, même si de temps en temps quelques accidents dramatiques viennent doucher notre confiance. François Suchel, commandant de bord à Air France, dit que c’est pour « dédramatiser » qu’il a écrit ce livre, pour donner à comprendre le quotidien d’un pilote, y compris quand un grain de sable transforme un vol en aventure. Pas sûr que cette lecture apporte une guérison à ceux qui en auraient besoin. D’ailleurs ça n’est pas le propos principal. Il ne s’agit pas seulement de récits techniques, même si parfois le lecteur ne comprendra peut-être plus si l’avion a la tête en bas ou non ; l’auteur n’est pas seulement pilote, mais aussi photographe et écrivain. Et dans son cockpit, poète.

Un Prince, Emmanuel Godo

Ecrit par Alain Marc , le Samedi, 02 Avril 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Un prince, récit, préface de Jean-Pierre Lemaire, coll. « Littérature ouverte », éd. Desclée de Brouwer, septembre 2012. . Ecrivain(s): Emmanuel Godo

 

Un prince utilise le ton de la conversation, intérieure, de ce babil qui, si on ne l’interrompt, ne s’arrête jamais. Ton de la sérénité, parfois ponctuée d’une certaine tracasserie douce qu’amènent à tous les turpitudes du quotidien. Ponctué de la simple virgule le léger arrêt que cause la reprise immédiate d’une autre phrase, qui à son tour s’étale sur plusieurs pages on ne sait combien d’ailleurs. Ce ton est bien celui de la conversation – si chère à l’auteur –, intérieure. Le ressassement serein, même si parfois ce dernier l’est un peu moins… C’est une plongée dans la vie profonde, qui n’est pas forcément lourde, la vie profonde de son intérieur, si tant est que l’on puisse l’atteindre.

Lame de fond, Marlène Tissot

Ecrit par Thierry Radière , le Vendredi, 01 Avril 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, La Boucherie Littéraire

Lame de fond, mars 2016, 71 pages, 12 € . Ecrivain(s): Marlène Tissot Edition: La Boucherie Littéraire

 

Lame de fond est un récit poétique composé de textes courts. Cette forme laisse ainsi la part belle – dans la section inférieure de chaque page – à des blancs plus ou moins importants, en fonction de la longueur de chacun des textes. C’est une manière esthétique de traduire l’absence physique et le vide qu’il laisse. Car il s’agit essentiellement ici d’un récit sur la disparition d’un vieil homme lié à la mer, mort subitement, d’après la narratrice. Elle y était très attachée et son décès est un prétexte littéraire à un hommage qu’elle lui rend mais aussi un moyen pour elle de savoir qui elle est au fond :

« Partir à ta recherche ou peut-être à la mienne ».

Afin de parvenir à ses fins, la narratrice s’impose une contrainte d’écriture. Elle est obnubilée par la justesse et l’exactitude de son expression. Certainement par souci de fidélité à ce vieillard décédé à « cinq heures trente du matin » dans une chambre d’hôpital :

« Je voudrais t’écrire mieux et ne surtout pas faire de toi un mythe… »

Journaux de bord (1947-1954), Jack Kerouac

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Vendredi, 18 Mars 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Gallimard, Voyages

Journaux de bord (1947-1954), édition de Douglas Brinkley, trad. anglais (USA) Pierre Guglielmina, novembre 2015, 592 pages, 29,50 € . Ecrivain(s): Jack Kerouac Edition: Gallimard

 

« À vouloir croire la conscience de la vie et de l’éternité n’est pas une erreur, ou le fruit d’un isolement… – mais d’un amour ardent et précieux de notre pauvre condition qui, par la grâce de Dieu de Mystère, sera résolu et éclairé pour nous tous à la fin seulement, peut-être…

Sans quoi je ne peux plus vivre ».

 

Les Journaux de bord de Jack Kerouac, écrits sur une série de cahiers, sont les négatifs d’un voyage qui permet à son auteur de rester en contact avec toutes les choses, les êtres qu’il croise pendant son chemin. D’approfondir les mondes du possible dans l’obstination d’un travail quotidien, avec pour seule tentation la maîtrise de sa propre vanité.