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Récits

Lame de fond, Marlène Tissot

Ecrit par Thierry Radière , le Vendredi, 01 Avril 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, La Boucherie Littéraire

Lame de fond, mars 2016, 71 pages, 12 € . Ecrivain(s): Marlène Tissot Edition: La Boucherie Littéraire

 

Lame de fond est un récit poétique composé de textes courts. Cette forme laisse ainsi la part belle – dans la section inférieure de chaque page – à des blancs plus ou moins importants, en fonction de la longueur de chacun des textes. C’est une manière esthétique de traduire l’absence physique et le vide qu’il laisse. Car il s’agit essentiellement ici d’un récit sur la disparition d’un vieil homme lié à la mer, mort subitement, d’après la narratrice. Elle y était très attachée et son décès est un prétexte littéraire à un hommage qu’elle lui rend mais aussi un moyen pour elle de savoir qui elle est au fond :

« Partir à ta recherche ou peut-être à la mienne ».

Afin de parvenir à ses fins, la narratrice s’impose une contrainte d’écriture. Elle est obnubilée par la justesse et l’exactitude de son expression. Certainement par souci de fidélité à ce vieillard décédé à « cinq heures trente du matin » dans une chambre d’hôpital :

« Je voudrais t’écrire mieux et ne surtout pas faire de toi un mythe… »

Journaux de bord (1947-1954), Jack Kerouac

Ecrit par Marc Michiels (Le Mot et la Chose) , le Vendredi, 18 Mars 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Gallimard, Voyages

Journaux de bord (1947-1954), édition de Douglas Brinkley, trad. anglais (USA) Pierre Guglielmina, novembre 2015, 592 pages, 29,50 € . Ecrivain(s): Jack Kerouac Edition: Gallimard

 

« À vouloir croire la conscience de la vie et de l’éternité n’est pas une erreur, ou le fruit d’un isolement… – mais d’un amour ardent et précieux de notre pauvre condition qui, par la grâce de Dieu de Mystère, sera résolu et éclairé pour nous tous à la fin seulement, peut-être…

Sans quoi je ne peux plus vivre ».

 

Les Journaux de bord de Jack Kerouac, écrits sur une série de cahiers, sont les négatifs d’un voyage qui permet à son auteur de rester en contact avec toutes les choses, les êtres qu’il croise pendant son chemin. D’approfondir les mondes du possible dans l’obstination d’un travail quotidien, avec pour seule tentation la maîtrise de sa propre vanité.

Maraudes, Sophie Pujas

, le Vendredi, 19 Février 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, L'Arpenteur (Gallimard)

Maraudes, octobre 2015, 168 pages, 16 € . Ecrivain(s): Sophie Pujas Edition: L'Arpenteur (Gallimard)

 

 

L’exergue choisi pour cet ouvrage, sous-titré récit, donne une précieuse indication. « De mes états d’âme, la neige est celui que je préfère ». C’est de Jules Renard, dans son Journal. C’est primesautier, un peu taquin. En fait, la métaphore installe un paysage et surtout partage le monde en deux. Sous la neige, sous les pages du récit, la dure réalité ; en superficie, la perfection du style. Sophie Pujas sait regarder la capitale, dont elle emprunte les boulevards et plus encore les ruelles, pour conférer un territoire à son récit, mais plus encore l’intérieur des êtres qu’elle croise et qu’elle invente, à la fois. « Les êtres humains n’affichent pas ainsi leurs abîmes, leurs fantômes. Il faudrait pouvoir deviner, sous le front, tel deuil, au creux des reins, tel grand amour perdu, dans la chevelure, tel regret, pour ne pas ouvrir négligemment des trappes sous les pas de ceux à qui nous parlons ».

Marie Curie prend un amant, Irène Frain

Ecrit par Sylvie Ferrando , le Jeudi, 11 Février 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Biographie, Seuil

Marie Curie prend un amant, octobre 2015, 368 pages, 21 € . Ecrivain(s): Irène Frain Edition: Seuil

 

A mi-chemin entre l’enquête historique et sociologique et le récit empathique, qui établit des passerelles entre les trous de l’histoire, l’ouvrage d’Irène Frain s’attache aux années de la vie de Marie Curie où, après la mort accidentelle de son époux Pierre et après l’obtention de son premier prix Nobel, de physique, pour leurs travaux communs, celle qu’on appelait « la veuve illustre » vit une passion amoureuse avec le phycisien Paul Langevin. Cette liaison secrète, qui vira au scandale parce que Paul était marié, s’étendit probablement de 1910 à 1912, année où la société et la morale les forcèrent à interrompre leur histoire d’amour. Au début du XXe siècle, l’adultère était un délit et, en raison de la célébrité des amants, l’affaire de cœur menaça de tourner à l’affaire d’Etat.

Les opposants dans la vie privée (Jeanne Desfosses, femme de Paul, la mère de Jeanne et sa sœur Euphrasie Bourgeois) se doublent en effet d’opposants publics, en les personnes du beau-frère de Paul, le rédacteur et patron de presse Henri Bourgeois, et de Gustave Téry, journaliste à l’Oeuvre, organe d’extrême-droite antidreyfusard, puis en atteignant les membres de l’Université et jusqu’à ceux de l’Académie des sciences, où Marie se présente à l’automne 1910. Lorsque la presse s’en mêle, les héros sont malmenés.

Les Rouilles encagées, Benjamin Péret

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 29 Janvier 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Les Rouilles encagées, éd. Prairial (Paris, Brumaire 224), novembre 2015, édition réalisée avec le concours de la DRAC de l’Île-de-France, 70 pages, 8 € . Ecrivain(s): Benjamin Péret

 

On connaît peu ou prou les œuvres de Benjamin Péret, poète écrivain surréaliste engagé. Leur diffusion et leur succès font de l’auteur un des plus importants de la littérature du XXe siècle.

L’ouvrage dont il est question ici fait exception dans la bibliographie abondante de Péret.

Censuré avant même sa parution en 1928, alors qu’il n’en est qu’en phase de fabrication à l’imprimerie sur commande de l’éditeur clandestin René Bonnel, il ne sera finalement publié, par Eric Losfeld, qu’en 1970, sous pseudonyme d’auteur de Satyremont, et derechef interdit à la vente l’année suivante.

Définitivement autorisé en 1975, seize ans après la mort de Benjamin Péret, il vient d’être réédité par les éditions Prairial, au mois de Brumaire 224 (soit en novembre 2015 dans le calendrier grégorien).

Cet opus de 70 pages consiste en un récit délirant dans lequel s’intercalent de courts textes de forme poétique attribués à l’un des personnages.