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Récits

Camille mon envolée, Sophie Daull

Ecrit par Mélanie Talcott , le Mercredi, 02 Décembre 2015. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Philippe Rey

Camille mon envolée, août 2015, 192 pages, 16 € . Ecrivain(s): Sophie Daull Edition: Philippe Rey

 

Écrire la douleur pour ne pas se laisser entraîner dans son cyclone destructeur, pour conjurer cette envie d’anéantissement qui habille chaque cri, chaque sanglot, quand la réalité vous ramène dans cet interstice d’un temps qui semble désormais s’être figé pour l’éternité entre l’avant et l’après. Écrire pour ne plus sentir dans sa chair ce lent écorchement à vif né du sillon de l’indicible. Écrire pour donner un semblant de continuité à ce qui ne peut plus en avoir. Écrire pour étoffer une vie qui a cessé et pour ne pas qu’elle soit oubliée. Écrire pour exorciser la perte, pour conjurer la mort, celle de son enfant qui vous laisse les entrailles vides, désertes et désertées.

C’est à cet exercice thérapeutique que se livre Sophie Daull dans Camille mon envolée. Un récit élégiaque en hommage à sa fille de seize ans emportée quelques jours avant Noël par la fulgurance mortifère d’une maladie pathétiquement mal diagnostiquée, quasi une erreur médicale par indifférence professionnelle. Les préparatifs du 25 décembre s’entrecroisent dès lors avec ceux de l’enterrement. Les joyeux Noëls font écho aux condoléances. La disparition de la jeune fille en tire d’autres de leur néant.

Chroniques, Marcel Proust

Ecrit par Didier Smal , le Vendredi, 20 Novembre 2015. , dans Récits, Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, Essais, La Une Livres, Gallimard

Chroniques, septembre 2015, 280 pages, 8,50 € . Ecrivain(s): Marcel Proust Edition: Gallimard

 

A La Recherche du Temps Perdu c’est l’œuvre dont on dit régulièrement qu’à sa lecture on va s’atteler. Pour des raisons scolaires ou académiques, on a bien lu l’un ou l’autre volume, mais on reporte sans cesse d’ouvrir cette pile qui trône sur une étagère… Du coup, on se dit qu’on va attaquer de biais, et lire les Chroniques de Marcel Proust (1871-1922), petit volume publié pour la première fois en 1927 par son frère Robert et Gaston Gallimard. On l’ouvre en s’attendant à quelques écrits sur le tout-Paris de la fin du XIXe siècle et du début du XXe siècle, une sorte d’inventaire d’avant la grande catastrophe qu’est la Première Guerre mondiale – en bref, une œuvrette secondaire destinée à juste faire dire qu’on a lu du Proust. Et c’est à la fois ça, et bien plus encore : c’est un auteur qui fait ses gammes, qui progresse stylistiquement tout en faisant preuve d’une grande pénétration d’esprit ; c’est un grand en devenir qui s’exprime dans ces Chroniques rédigées entre 1892 et 1921.

Celles-ci sont réparties en quatre sections : Les Salons, la Vie de Paris (neuf chroniques), Paysages et Réflexions (six chroniques), Notes et Souvenirs (sept chroniques) et Critique Littéraire (quatre chroniques, dont deux tout à fait remarquables sur respectivement Gustave Flaubert et Charles Baudelaire), et, au sein de ces sections, présentées dans l’ordre chronologique.

Atlas de la France mystérieuse, Fabrice Colin

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Mercredi, 18 Novembre 2015. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Autrement

Atlas de la France mystérieuse, mai 2015, 143 pages, 18,50 € . Ecrivain(s): Fabrice Colin Edition: Autrement

 

Voici le livre idéal pour préparer l’hiver en frissonnant délicatement autour d’histoires mystérieuses qui hantent l’inconscient collectif français. Fabrice Colin, auteur de SF, y décortique 40 énigmes qui ont fait vibrer l’hexagone à toutes les époques, avec élégance et pertinence.

« Nous aimons douter. Nous aimons penser que le monde est plus vaste que ce qu’il paraît. Parfois même, nous en voulons à la science de nous priver de nos rêves ».

Essayer de comprendre nos mystères, c’est une autre façon de se découvrir et de se connaître. C’est aussi s’aventurer dans un voyage à travers le temps, où les superstitions évoluent selon les époques. Les lieux hantés sont une manière détournée de nous rappeler qu’ils ont une mémoire et que d’autres personnes y ont vécu avant nous. Le livre commence par l’histoire célèbre de la dame blanche de Palavas-les-Flots qui fait éviter un accident de voiture à des étudiants et qui disparaît subitement alors que les portes du véhicule sont fermées.

L’Oncle aquatique et autres récits cosmicomics, Italo Calvino

Ecrit par Ivanne Rialland , le Jeudi, 29 Octobre 2015. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard), Italie

L’Oncle aquatique et autres récits cosmicomics, septembre 2015, trad. de l’italien par Jean Thibaudeau (revue par Mario Fusco) et Jean-Paul Manganaro, 128 pages, 2 € . Ecrivain(s): Italo Calvino Edition: Folio (Gallimard)

Ce petit volume de la collection « Folio 2 € » reprend quatre récits précédemment parus dans le recueil Cosmicomics. Récits anciens et nouveaux (Folio, n°5666) : La distance de la Lune, L’oncle aquatique, Les dinosaures, Les filles de la Lune. Il les encadre d’une « note de l’auteur », publié originellement comme postface à la deuxième édition italienne de La memoria del mondo e altre storie cosmicomiche en 1975, et d’une chronologie biographique.

S’il n’est pas besoin d’une introduction pour apprécier la poésie de ces quatre contes, la lecture préalable de la note en précise toutefois la portée et en explique le dispositif. Calvino s’y explique ainsi sur le terme cosmicomics qualifiant ces récits : « Dans l’élément cosmique, pour moi, il n’y a pas tant le rappel de l’actualité “spatiale” que la tentation de me remettre en rapport avec quelque chose de bien plus ancien. Chez l’homme primitif et chez les classiques, le sens cosmique était l’attitude la plus naturelle ; nous, au contraire, pour affronter les choses trop grandes et sublimes nous avons besoin d’un écran, d’un filtre, et c’est là la fonction du comique ». Partant de la cosmologie moderne, le pari est de faire « jaillir de cet univers invisible et presque impensable des histoires capables d’évoquer des impressions élémentaires comme les mythes cosmogoniques des peuples de l’Antiquité ».

Le harem, suivi d’Histoire du Calife Hakem, Gérard de Nerval

Ecrit par Catherine Dutigny/Elsa , le Lundi, 05 Octobre 2015. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Folio (Gallimard)

Le harem, suivi d’Histoire du Calife Hakem, septembre 2015, 144 pages, 2 € . Ecrivain(s): Gérard de Nerval Edition: Folio (Gallimard)

Publié en 1851, Voyage en Orient de Gérard de Nerval s’inscrit dans le courant orientaliste du XIXe qui a largement fécondé la littérature et la peinture française. Les récits de voyages vers un Orient mythique sont à la mode et fleurissent sous la plume de Chateaubriand, L’Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811), de Lamartine, Voyage en Orient (1835), de Théophile Gautier, Constantinople (1853), de Gustave Flaubert, Carnets de voyage à Carthage qui serviront de base aux décors de Salammbô (1862) et qui ne seront publiés sous leur forme originelle que récemment.

La récente publication des éditions Folio regroupe deux textes extraits de Voyage en Orient : Le harem, issu de la partie intitulée « Les femmes du Caire » et Histoire du Calife Hakem, tiré de « Druzes et Maronites ».

Dans Le harem, Gérard de Narval est installé au Caire, où il vit comme « un citoyen de cette ville » afin de mieux la comprendre et l’aimer. Il s’y promène, découvre, partagé entre émotion et déception, les ruines de mosquées, s’attarde dans les bains pour échapper à l’air torride et chargé de poussières du Khamsin, ou s’assoie aux terrasses des cafés, l’oreille tendue pour y écouter les chanteurs et les conteurs, sachant qu’il ne parle pas un traître mot d’arabe. Handicap qui va s’avérer particulièrement délicat à gérer lorsqu’il se pique d’acheter une esclave musulmane d’origine javanaise.