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Voyage à reculons en Angleterre et en Écosse, Jules Verne

Ecrit par Gilles Banderier 06.04.18 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Récits, Le Cherche-Midi

Voyage à reculons en Angleterre et en Écosse, février 2018, édition établie par Christian Robin, 256 pages, 21 €

Ecrivain(s): Jules Verne

Voyage à reculons en Angleterre et en Écosse, Jules Verne

 

 

La ville de Nantes a fait en 1981 l’acquisition d’un lot de manuscrits de Jules Verne, pour la somme de six millions de francs (environ un million d’euros). Il y a toujours quelque chose d’excitant dans les manuscrits d’écrivains, surtout lorsqu’ils recèlent des textes inédits de quelque étendue. C’était le cas, puisqu’on trouvait, parmi ces papiers, une œuvre inconnue, le Voyage à reculons en Angleterre et en Écosse, rédigé après que Jules Verne s’est rendu dans les îles britanniques en 1859. Ce Voyage à reculons en Angleterre et en Écosse n’est certes pas un chef-d’œuvre oublié, mais il se lit sans déplaisir et on y retrouve l’ironie froide du romancier (ainsi cette remarque sur sa cité natale : les voyageurs « essayèrent de tuer le temps en visitant la ville ; mais le temps a la vie dure à Nantes, et ne se tue pas facilement », p.19. On voit que l’édilité nantaise n’a pas été rancunière en acquérant ce manuscrit).

Les relations entre la France et l’Écosse sont anciennes : conclue en 1296, l’Auld Alliance avait pour but de lutter contre la puissance anglaise. Plus tard, le jeune Pierre de Ronsard servit comme page à la cour de Jacques V d’Écosse, qui épousa une princesse lorraine, Marie de Guise, laquelle sera la mère de Marie Stuart et la grand-mère de Jacques VI d’Écosse, qui réunira sa nation à l’Angleterre en 1603, à la mort de la « reine vierge » Élizabeth 1ère. Au temps de Jules Verne, ces considérations historiques pesaient cependant peu, en comparaison de la fascination qu’exerçait l’œuvre de sir Walter Scott. Le Voyage à reculons est également un pèlerinage littéraire, sur les traces des personnages scottiens. Jules Verne n’a pas écrit son récit à la première personne : entre lui et son lecteur s’interpose un personnage fictif, Jacques Lavaret, qui voyage « à reculons », c’est-à-dire qui se rend avec un ami de Paris à Nantes, où il doit s’embarquer pour l’Écosse, et se retrouve à devoir effectuer une longue station à Bordeaux, avant de pouvoir monter vers le Nord. Parmi la production de Jules Verne, le Voyage à reculons est une œuvre mineure, mais bien écrite. L’auteur semble avoir moins le sens de la litote que dans ses romans (ainsi lorsqu’il décrit les classes laborieuses misérables en Angleterre ou qu’il fustige la religion protestante, « vent sec et raide, dont le souffle flétrit l’esprit et le cœur », p.129). L’intérêt du texte réside en outre dans l’éclairage qu’il apporte aux grands romans : l’évocation des gisements de charbon écossais renvoie le lecteur aux Indes noires(1877) ; à Londres, Jacques Lavaret entrevoit le Leviathan, l’énorme paquebot conçu par Isambard Kingdom Brunel, qui deviendra le Great Eastern, navire sur lequel Verne se rendra aux États-Unis et qu’on retrouvera dans Une Ville flottante(1871). Parfait connaisseur de l’œuvre de Jules Verne, Christian Robin observe qu’une mention en apparence aussi anodine que celle-ci (il existe « un moyen bien simple de faire des chants écossais sur le piano, c’est de ne jouer que sur les touches noires ; le hasard a fait que la disposition de l’instrument donnât ce résultat bizarre », p.127-128) se retrouvera dans Vingt mille lieues sous les mers : « Les doigts du capitaine couraient alors sur le clavier de l’instrument, et je remarquai qu’il n’en frappait que les touches noires, ce qui donnait à ses mélodies une couleur essentiellement écossaise » (première partie, chapitre XXII).

On ne conçoit pas d’ouvrage de Jules Verne sans illustrations. Le Voyage à reculons…étant demeuré manuscrit, les illustrateurs de Hetzel (Léon Benett, Alphonse de Neuville, Édouard Riou, Georges Roux, …) ne purent exercer leur imagination et leur talent. Pour cette première édition d’un inédit (parue en 1989 et réimprimée en 2018), les éditions du Cherche-Midi ont puisé dans des revues du temps afin d’orner le texte de Jules Verne. Les notes et les leçons du manuscrit sont rejetées en fin de volume. L’ensemble, digne de toutes les bibliothèques, est satisfaisant pour l’œil et l’esprit.

 

Gilles Banderier

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A propos de l'écrivain

Jules Verne

 

Jules Verne, ou Jules-Gabriel Verne sous son nom de naissance, né le 8 février 1828 à Nantes et mort le 24 mars 1905 à Amiens, est unécrivain français dont l'œuvre est, pour la plus grande partie, constituée de romans d'aventures et de science-fiction (ou d'anticipation).

En 1863 paraît chez l'éditeur Pierre-Jules Hetzel (1814-1886) son premier roman Cinq semaines en ballon, qui connaît un très grand succès y compris à l'étranger. Lié à l'éditeur par un contrat de vingt ans, Jules Verne travaillera en fait pendant quarante ans à sesVoyages extraordinaires, qui compteront 62 romans et 18 nouvelles et paraîtront pour une partie d'entre eux dans la revue destinée à la jeunesse le Magasin d'éducation et de récréation. Les intrigues des romans de Jules Verne — toujours richement documentés — se déroulent généralement au cours de la deuxième moitié du xixe siècle, prenant en compte les technologies disponibles à l'époque (Les Enfants du capitaine Grant (1868), Le Tour du monde en quatre-vingts jours (1873), Michel Strogoff (1876), L'Étoile du sud (1884), etc.) mais aussi d'autres non encore maîtrisées, ou plus fantaisistes (De la Terre à la Lune (1865), Vingt mille lieues sous les mers (1870),Robur le conquérant (1886), etc.).

L’œuvre de Jules Verne est populaire dans le monde entier et, selon l’Index Translationum, avec un total de 4 702 traductions, il vient au deuxième rang des auteurs les plus traduits en langue étrangère après Agatha Christie1. Il est ainsi en 2011 l'auteur de langue française le plus traduit dans le monde. L'année 2005 a été déclarée « année Jules Verne », à l'occasion du centenaire de la mort de l'auteur2.

 

(Wikipédia)

 

A propos du rédacteur

Gilles Banderier

 

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Docteur ès-lettres, coéditeur de La Lyre jésuite. Anthologie de poèmes latins (préface de Marc Fumaroli, de l’Académie française), Gilles Banderier s’intéresse aux rapports entre littérature, théologie et histoire des idées. Dernier ouvrage publié : Les Vampires. Aux origines du mythe (2015).