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Récits

Sur les chemins noirs, Sylvain Tesson (2ème critique)

Ecrit par Lionel Bedin , le Lundi, 28 Novembre 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Gallimard, Voyages

Sur les chemins noirs, octobre 2016, 146 pages, 15 € . Ecrivain(s): Sylvain Tesson Edition: Gallimard

 

Sylvain Tesson nous a habitués à des récits de périples lointains (Bérézina, ou Dans les forêts de Sibérie), il nous propose aujourd’hui le récit d’une traversée à pied de la France, du Mercantour au Cotentin, effectuée d’août à novembre 2015. Dans un contexte particulier : Tesson, le voyageur, le baroudeur, l’adepte de l’escalade, y compris celle des cathédrales, est tombé d’un toit, à Chamonix, en août 2014. Miraculé, sur son lit d’hôpital il fait ce constat : « j’avais pris cinquante ans en huit mètres. La vie allait moins swinguer ». Quand il comprend qu’il est bien amoché mais vivant, il se met dans l’idée de « demander aux chemins ce que les tapis roulants [la rééducation] étaient censés me rendre : des forces ». La marche à pied comme médecine. Et pourquoi pas en France, puisque son état ne lui permet pas d’aller plus loin. C’est donc avec un peu d’ironie (passer de Kaboul à Châteauroux : « quel désastre ! ») et beaucoup d’appréhension qu’il se met en route, depuis le col de Tende, ne sachant pas si la thérapie par la route allait être bénéfique ou non.

 

Leçon de géographie

La physiologie des fantômes, François-George Maugarlone

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Vendredi, 25 Novembre 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Christian Bourgois

La physiologie des fantômes, 228 pages, 15 € . Ecrivain(s): François-George Maugarlone Edition: Christian Bourgois

 

Adepte du pseudonyme, de la discrétion, de l’édition confidentielle, François-George Maugarlone, né en 1947, s’applique à fuir le cirque médiatique et à brouiller les pistes, ne serait-ce qu’en réunissant sur la même page la philosophie et la dérision.

La tentation première de classer cette œuvre de l’écrivain goguenard se révèle délicate voire scabreuse. La physiologie des fantômes, comme son titre ne l’indique pas, n’est pas un traité scientifique ou un précis de scientologie, n’en déplaise aux manipulateurs de cellules ou aux maniaques du paranormal. Ce n’est pas non plus un roman à proprement parler, ni un essai ni un poème en prose ni même un pastiche pur mais l’entrelacs insolite de ces diverses formes d’écriture. Les élucubrations abrasives de François-George Maugarlone alimenteraient à la rigueur un genre rare et précurseur, celui des mémoires fictifs, tellement les aventures avariées de Levéritable, héros raté et jobard du récit, s’entremêlent à merveille à l’ironie amère et nonchalante de l’auteur.

Le jour du séisme, Nina Bouraoui

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Jeudi, 24 Novembre 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Barzakh (Alger)

Le jour du séisme, mars 2016, 104 pages . Ecrivain(s): Nina Bouraoui Edition: Barzakh (Alger)

 

Un séisme existentiel

Alger tremble le 10 octobre 1980. La terre n’est que ruines, poussières, et pertes. Le séisme exprime la fin, mais pour la narratrice, une enfant, c’est le point de départ de son histoire. Elle décrit d’abord la géographie d’Algérie mutilée par la catastrophe qui lui a arraché son enfance, son attachement à la terre, Arslan et Maliha, son être. L’après-séisme est un néant. « Je deviens seule en Algérie. Je suis perdue dans mon enfance, arrachée » 80. Condamnée à la solitude, la narratrice sombre ensuite dans un gouffre de souvenirs et de rêves absurdes. Elle ne voit pas les traces du séisme, elle les vit et les apprivoise. Egrenant le chapelet de ses pensées surréalistes, elle trouve un refuge dans le désert et la mer. Ainsi, dans ce bref récit, alternent des images du séisme ayant dénaturé la terre, et des images d’un séisme interne vécu par la narratrice et qui grandit chaque instant en elle-même.

People Bazaar, Souvenirs d’un infiltré dans le beau monde 1950-2000, Jean-Pierre de Lucovich

Ecrit par Philippe Chauché , le Mardi, 22 Novembre 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Séguier

People Bazaar, Souvenirs d’un infiltré dans le beau monde 1950-2000, octobre 2016, 592 pages, 22 € . Ecrivain(s): Jean-Pierre de Lucovich Edition: Séguier

« Juin 1955. Je suis au coin de la rue Saint-Benoît et du boulevard Saint-Germain. J’attends. Quoi ? Tout et rien. Que va-t-il se passer ce soir ? Comment dîner ? Pourrai-je entrer au Club Saint-Germain où doit passer Art Blakey et ses Jazz Messengers ? » (Avoir vingt-ans à Saint-Germain-des-Prés).

Je me souviens de Pierre de Lucovich, toutes celles et ceux qu’il a croisés, rencontrés, interviewés, aimés, en plus de cinquante ans, pourraient-ils peut-être répondre à cette invitation, à ce réjouissant exercice littéraire. En attendant de lire leurs réponses, l’infiltré offre dans cet opus ses souvenirs, souvenirs gracieux et élégants de nuits blanches et noires de Paris et New-York, les nuits d’un « raisin aigre »*, accordées aux musiques de Miles Davis, de Bud Powell ou de Thelonious Monk. En cinquante ans, Pierre de Lucovich aura plus pour moins approché – le journalisme ressemble parfois à la chasse au lion à l’arc – Orson Welles, drapé dans sa cape noire, Paul Gégauff, brillant, provocateur, mais aussi Maurice Ronet, docteur en lucidité, ou encore Françoise Sagan, l’amie, Dalio, l’humour juif à fleur de peau, l’autodérision dans le sang, mais aussi quelques princesses, des ministres, des peintres, des chanteurs, des couturiers, tant et tant d’autres. L’élégant infiltré écrit pour Paris Match, Vogues Homme, Paris Presse, Lui, L’Express, L’Evènement du Jeudi, Harper’s Bazaar.

Le rappel des jours, Denise Le Dantec

Ecrit par Pierrette Epsztein , le Mardi, 15 Novembre 2016. , dans Récits, Les Livres, Critiques, La Une Livres

Le rappel des jours, Éd. La Part Commune, 2015, 296 pages, 17 € . Ecrivain(s): Denise Le Dantec

 

Denise Le Dantec, dans l’exergue de son livre Le rappel des jours, définit très bien son objectif. « La pensée est incapable de sa propre histoire. Qu’elle s’en fasse au moins l’aveu, avant d’en prendre consciemment le risque ». Cette phrase, l’auteur l’a empruntée à Dionys Mascolo. Et elle précise, à la fin de son récit, son chemin de vie dans ces vers écrits lorsque Claude Roy et Michel Leiris, ses amis, lui ont proposé de lui décerner le titre de Belle Jardinière : « Où vas-tu, Belle Jardinière,/ Où vas-tu de bon matin ?/ Je m’en vais courir la bruyère/ Et cueillir la fleur nouvelle/ Qui fleurira mon jardin ». « J’avais entendu les cris et la douleur. J’avais vu l’assujettissement de l’homme par l’homme. J’avais compris la nécessité vitale de se taire et de se cacher pour échapper à la cruauté ».

C’est un récit autobiographique à la lecture duquel nous sommes conviés. Mais c’est bien plus que cela. C’est toute une époque qui est relatée dans les pages de ce livre. On y découvre tant de noms qui ont traversé sa mémoire et sa vie. C’est impressionnant. Elle nous en parle avec respect, amitié et tendresse. Elle n’est pas oublieuse Denise Le Dantec.