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Recensions

Enlacement(s), Raharimanana

Ecrit par Theo Ananissoh , le Vendredi, 19 Avril 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Afrique, Poésie, Récits, Vents d'ailleurs

Enlacement(s), 3 ouvrages de 64 pages chacun, novembre 2012, 29,90 € . Ecrivain(s): Raharimanana Edition: Vents d'ailleurs

 

C’est un objet inhabituel. Trois ouvrages distincts en un coffret, trois textes qui mélangent les genres, qui sont à la fois récits, poèmes, chants. Le titre Enlacement(s) dit bien l’intention de l’auteur qui est de tisser les mots sans le souci d’être contenu dans un genre donné afin d’exprimer le mieux possible un état d’âme précis : la fatigue. Le mot et le sentiment reviennent régulièrement dans chacun des textes.

« J’ai encore plusieurs de ces histoires, mais cela me fatigue d’y penser… » (« Des ruines »).

Quelles histoires ? Celles des « ruines » qui le constituent et d’où il écrit : esclavage, colonisation, oppressions, génocides… Raharimanana, né en 1967, a l’insigne (et lourd) privilège d’être le prosateur qui dote son pays – Madagascar – d’une œuvre littéraire très nourrie par la conscience de l’Histoire. Ses romans, nouvelles et récits explorent les limites de l’écriture et des genres littéraires, recourent à des images et des documents d’archives afin de restituer à la conscience des siens (et des autres) toutes leurs ruines amères donc.

Une belle saloperie, Robert Littell

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 18 Avril 2013. , dans Recensions, Les Livres, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Baker Street

Une belle saloperie, traduit de l’américain par Cécile Arnaud, Editions Baker Street, 18 avril, 316 pages, 21 € . Ecrivain(s): Robert Littell Edition: Baker Street

 

Un hommage aux classiques. Avec Une belle saloperie, Robert Littell s’offre un petit plaisir à l’ancienne, un polar dans la tradition de Raymond Chandler. Ça pourrait être un polar des années 50. Sauf que ça se passe aujourd’hui.

Le héros du livre est d’abord un nom : Lemuel Gunn. Avec deux « n ». Déjà tout un programme !

Il a tout d’un héros de hard-boiled. Vétéran de la CIA, il s’est reconverti comme détective privé après avoir été viré dans des circonstances troubles de l’agence gouvernementale. C’est un dur à cuir solitaire, qui est né cinquante années trop tard.

Le monde actuel ? Il n’est pas fait pour lui et il n’a aucune envie de s’y soumettre. L’ordinateur ? Une ineptie et bien trop compliqué à l’usage. Sa voiture est un vieux modèle des années 50… auquel il ne vaut mieux pas toucher sinon l’homme se fâche !

Ses principes, aussi, appartiennent à une époque révolue.

Deuil, Gudbergur Bergsson

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 18 Avril 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Pays nordiques, Roman, Métailié

Deuil. Traduit de l’islandais par Eric Boury février 2013. 126 p. 15 € . Ecrivain(s): Gudbergur Bergsson Edition: Métailié

 

 

Etrangement, ce livre est beaucoup moins sombre qu’on ne l’attend. Pourtant tout y est, du titre au sujet et à la narration même. Un vieil homme, veuf, mal en point et assez dépressif qui n’a plus d’autre attente que la pathologie éventuelle et la mort inéluctable. Pas d’autres distractions que les souvenirs de sa femme aimée et perdue, de quelques scènes de sa vie, de ses enfants, affectivement lointains désormais. Pas d’autres distractions que le chuchotis d’une bouilloire, quelques bruits venus du dehors. Tout le cadre d’un roman noir, voire lugubre. Et pourtant, Bergsson écrit un récit qui ne l’est jamais.

Quelque chose d’un regard qui reste amusé sur le désastre qu’est en fin de compte, imparablement, une vie. Même le (les) malheur peut être vu avec un sourire, amer certes mais un sourire. Cela porte un nom : l’humour, une certaine épaisseur de distance au propos, que Bergsson manie avec talent. Même le souvenir douloureux de la femme d’une vie garde une trace d’amusement :

La femme en vol, Ile Eniger

Ecrit par Cathy Garcia , le Jeudi, 18 Avril 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman

La femme en vol, Editions Parole, Collection main de femme, 250 p. 12 € . Ecrivain(s): Ile Eniger

 

La femme en vol c’est l’histoire d’une femme et son intimité amoureuse, familiale, racontée à la troisième personne du singulier. Une histoire qui se révèle par petites touches, comme une peinture. Et justement, cette femme, c’est Fane et Fane aime Jean, Jean qui aime Fane. Mais voilà, Jean aime aussi la solitude et la peinture, et Fane va peu à peu apprendre le prix de cet amour qui est à la hauteur de ses exigences. Aimer Jean, c’est l’accepter tout entier, parce que la solitude et la peinture l’emporteront sur son amour de femme, exigeant, exclusif, immense. Ce que Jean et Fane partagent et ne cesseront de partager, le ciment ou plutôt les ailes de leur amour, c’est une soif éperdue d’authenticité et de liberté.

« Bien sûr qu’elle avait eu envie de baisser les bras, de rentrer dans ces rangs bien droits, bien rassurants, bien sagement préparés pour toi dès que tu montres ta tête. Bien sûr que la facilité avait été tentante, la banalité attestée est tellement plus confortable que le contre-courant ! On t’aime quand tu commences à ressembler à tout le monde ! Tu oublies qui tu es, pour quoi tu es, et ceux qui pensent à ta place se font un plaisir d’organiser tes limites. On te coule dans le moule sans qu’un poil ne dépasse, tu es reconnu !

Correspondance 1946-1954 Saint John Perse, Calouste Gulbenkian

Ecrit par Guy Donikian , le Mercredi, 17 Avril 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Gallimard, Correspondance

Correspondance, 1946-1954, Saint-John Perse, Calouste Gulbenkian, Gallimard, 333 pages, 22 € . Ecrivain(s): Saint John Perse Edition: Gallimard

 

 

Une étonnante correspondance nous est livrée ici entre Saint-John Perse (Alexis Leger), le poète diplomate, et Calouste Gulbenkian, l’homme d’affaires, d’origine arménienne, le mécène fortuné qui constitua une collection de peinture reconnue mondialement et aujourd’hui exposée à Lisbonne. Cette édition a été établie par Vasco Graça Moura, poète, député européen et directeur de la fondation Gulbenkian à Lisbonne.

Ce sont 52 lettres de Saint-John Perse et 37 de Calouste Gulbenkian qui composent cette correspondance. Cet échange a lieu alors que le poète est exilé aux Etats-Unis, après l’armistice qu’il refuse. Les deux hommes, qui se surnomment Douglas, vont aborder des sujets qui auront trait à la situation politique internationale, à l’aménagement du parc des Enclos, propriété que Gulbenkian a acquise, et à leur santé mutuelle, parce que ce sont deux hypocondriaques.