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Recensions

Coup de sang, Enrique Serna

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 05 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Métailié

Coup de sang (La sangre erguida), traduit de l’espagnol (Mexique) par François Gaudry, avril 2013, 335 pages, 20 € . Ecrivain(s): Enrique Serna Edition: Métailié

 

Bulmaro Diaz, alias Amador Bravo, a pour habitude de dialoguer avec son sexe. Le roman débute sur une période de relations tendues entre eux deux. Bulmaro en effet accuse son alter ego d’avoir fait preuve d’une concupiscence scandaleusement égocentrique lorsqu’il l’a obligé à quitter sa famille et à abandonner l’affaire prospère de mécanique générale qu’il possédait à Vera Cruz pour suivre à Barcelone Romalia, une chanteuse peu talentueuse mais fort voluptueuse :

« Ce que je ne te pardonne pas, c’est de m’avoir fait céder quand Romalia m’a annoncé à grand renfort de trompettes qu’on venait de lui proposer de chanter comme soliste dans un club de salsa à Barcelone ».

Juan Luis Kerlow a lâché ses études de biomédecine au grand dam de sa famille d’intellectuels pour faire une brillante carrière d’acteur du porno à Los Angeles. Il entre en scène en ce roman au moment où les producteurs, à la recherche de nouveaux talents, commencent à le laisser sur la touche. Par défaut, il accepte un contrat médiocre de cinq films sur un an à Barcelone.

Délivrance brisée, Chantal Chawaf

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 05 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, La Grande Ourse

Délivrance brisée, janvier 2013, 251 p. 18 € . Ecrivain(s): Chantal Chawaf Edition: La Grande Ourse

 

 

Paris, de nos jours. Deux femmes, l’une, Eliane, la négresse littéraire, a le talent ; l’autre, Virginia, la richissime Américaine, l’argent. Leur lien, la rédaction d’un roman, sur arrière-fond de relation ancillaire, de persévérance commune, d’abnégation, de cocktails, de soirées mondaines et de sexe. Objectif visé : de la reconnaissance littéraire pour la seconde. Peu importe le prix, seul le résultat compte. «Virginia conviait les journalistes et les éditeurs non pas à dîner mais à négocier tacitement, médias contre nourriture. Moi, je vous donne mon champagne et mon caviar, vous, donnez-moi l’équivalent en articles de presse, émissions télévisées, contrats d’édition avec gros à-valoir et présentez-moi vos amis hauts placés. Elle ne s’intéressait qu’au renom et au pouvoir. Personne n’était plus coriace qu’elle pour promouvoir le succès. S’imaginant patronner les lettres et les arts dans des fêtes somptueuses, elle mettait ses moyens de milliardaire à la disposition des dirigeants de la culture. On rencontrait chez elle tous les seigneurs de la médiacratie».

Massalia Blues, Minna Sif

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 05 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Alma Editeur

Massalia Blues, février 2013, 392 p., 18 € . Ecrivain(s): Minna Sif Edition: Alma Editeur

Être aimé ne sert à rien.

Pour ne pas être seul,

Il faut être capable d’aimer

Dino Buzatti

 

Minna Sif nous plonge au cœur d’une sorte de cour des miracles, pègre et misère s’y côtoient, pour le pire et exceptionnellement pour le meilleur. C’est Marseille la belle, ses quartiers, son vieux port, ses vendeurs à la sauvette, ses marchands de sommeil, ses parias et ses prostituées, et dans cette cour grouillante de la ville basse, un roi découronné pousse son Caddie. Clochard et clandestin, fier et roublard, Brahim refuse d’aller chercher des papiers à la préfecture. Et cela, malgré les offres d’aide insistantes de la narratrice, écrivain public du côté de la Poste Colbert, pour tout un monde sans voix, parfois même sans droits. Enfant déjà, elle était la voix de ses parents, venus eux aussi de douars marocains aux noms imprononçables.

Vaguedivague, Pablo Neruda

Ecrit par Alhama Garcia , le Jeudi, 04 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Poésie, Gallimard

Vaguedivague, traduit de l’espagnol (Chili) par Guy Suarès, juin 2013, 186 pages . Ecrivain(s): Pablo Neruda Edition: Gallimard

On ne veut dire ici rien d’autre que l’exceptionnelle actualité de cette œuvre relativement peu connue de Pablo Neruda (peut-on dire du Canto General qu’il est connu – combien d’entre nous l’ont lu… en entier ?).

C’est le premier sursaut qui vient après la lecture de Estravagario, Vaguedivague dans la traduction de Guy Soarès, une réédition en format de poche de l’édition de 1971. Soixante années après son écriture… il aurait pu être écrit l’année dernière.

On se place sur le plan de l’écriture poétique. Tout texte questionne à sa mesure et ses propres forces les thèmes abordés : le fil tendu entre sujet et sujet, leurs liens, les enchevêtrements sont la première raison, une des premières, qui nous motive à lire (et (ou) à passer à l’acte d’écriture). Pablo Neruda écrit en je, variant registres et tonalités, mais sur des thèmes presque obsessionnels, en accordant au sujet un rôle capital, d’observateur, de témoin, d’acteur. La manière, l’extension, l’espace dans lesquels les thèmes du fragment d’œuvre qu’est un livre, ici un recueil de poésie, se développent, nous confirment si la tension de l’écriture du sujet par le sujet perdure à travers les décennies ou les continents. Les thématiques finalement assez resserrées assurent à ces divagations une cohérence presque obsessionnelle, entre le je et le texte, précisément, et une pertinence remarquable.

Une terre de lait et de miel, Fan Wen

Ecrit par Adrien Battini , le Jeudi, 04 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Asie, Roman, Philippe Picquier

Une Terre de Lait et de Miel, traduit du chinois par Stéphane Lévêque, mars 2013, 880 p., 26,50 € . Ecrivain(s): Fan Wen Edition: Philippe Picquier

 

A l’heure des grandes transhumances estivales, Une Terre de Lait et de Miel et ses 880 pages se présentent comme le candidat idéal auprès du voyageur soucieux de rationaliser au maximum son paquetage littéraire.

Certes, le nombre de pages n’a jamais été un critère infaillible certifiant la qualité d’un texte donné. Néanmoins, cela atteste implicitement d’une certaine ambition littéraire, ce qui constitue en l’occurrence une des grandes forces du roman de Fan Wen.

L’écrivain chinois s’est choisi un cadre unique (les gorges du Mékong aux alentours du mont Khawa Karpo) et d’en relater un siècle d’événements. Première audace formelle, Fan Wen rompt avec une structure narrative linéaire et opte pour un découpage ou plutôt un panachage de décennies où l’on passe, entre autres, de la fin du XIXème siècle au début du XXIème pour se conclure dans les années 50. Ce parti pris d’écriture équivaut ainsi à un petit challenge de lecture où l’amateur des œuvres de Tolstoï ne sera guère dépaysé. Au lecteur de se retrouver dans cette myriade de personnages et de retracer les lignées des différents clans qui n’ont eu cesse de s’opposer dans cette petite portion du Tibet.