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Recensions

L'étrange affaire du pantalon de Dassoukine, Fouad Laroui

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Samedi, 06 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Maghreb, Nouvelles, Julliard

L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine, Julliard, octobre 2012, 169 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Fouad Laroui Edition: Julliard

 

Le prix Goncourt de la nouvelle a fort opportunément récompensé en mai 2013 L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine, un recueil de nouvelles original à la fois drôle et profond, tendre et grave et d’une grande inventivité d’écriture.

Fouad Laroui ne se contente pas en effet d’y déboulonner les codes et les clichés et d’y dénoncer le culte des apparences en mettant en scène de courtes histoires quotidiennes, illustrant l’absurdité du monde au travers de situations cocasses et de chutes inattendues. Il s’attache surtout à y mettre en scène le langage, disloquant sa cohérence de surface, ses automatismes rassurants, creusant de multiples décalages langagiers en jouant sur les sons et les graphies comme sur l’ambiguïté du sens des mots, sur la variété des langues et les anachronismes, utilisant les ressources de la ponctuation, des incises et des caractères italiques, désarticulant la syntaxe, brouillant l’identité narrative et imbriquant sans cesse dialogues et monologues…

Le coup du hasard, Lawrence Block

Ecrit par Yan Lespoux , le Samedi, 06 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, Polars, La Une Livres, USA, Roman, Calmann-Lévy

Le coup du hasard (A Stab In The Dark, 1981), traduction de l’anglais (USA) par Alain Defossé, avril 2013, 200 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Lawrence Block Edition: Calmann-Lévy

 

Heureuse initiative de la part de Robert Pépin que d’exhumer ce volet manquant des enquêtes de Matt Scudder, le seul à n’avoir jamais été traduit en France.

Quatrième roman mettant en scène ce détective privé sans licence enquêtant autant pour rendre service aux autres que pour se rendre service à lui-même, Le coup du hasard voit Scudder partir à la recherche du véritable assassin d’une jeune femme tuée neuf ans plutôt. Si le crime avait initialement été mis sur le compte d’un tueur en série, de nouveaux éléments semblent en effet indiquer que le meurtre de Barbara Ettinger serait le fait d’une autre personne. Refusant de vivre dans l’ignorance de l’identité de l’assassin de sa fille, Charles London demande donc à Scudder de reprendre des investigations, au risque de devoir regarder la vérité en face.

Coup de sang, Enrique Serna

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 05 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Métailié

Coup de sang (La sangre erguida), traduit de l’espagnol (Mexique) par François Gaudry, avril 2013, 335 pages, 20 € . Ecrivain(s): Enrique Serna Edition: Métailié

 

Bulmaro Diaz, alias Amador Bravo, a pour habitude de dialoguer avec son sexe. Le roman débute sur une période de relations tendues entre eux deux. Bulmaro en effet accuse son alter ego d’avoir fait preuve d’une concupiscence scandaleusement égocentrique lorsqu’il l’a obligé à quitter sa famille et à abandonner l’affaire prospère de mécanique générale qu’il possédait à Vera Cruz pour suivre à Barcelone Romalia, une chanteuse peu talentueuse mais fort voluptueuse :

« Ce que je ne te pardonne pas, c’est de m’avoir fait céder quand Romalia m’a annoncé à grand renfort de trompettes qu’on venait de lui proposer de chanter comme soliste dans un club de salsa à Barcelone ».

Juan Luis Kerlow a lâché ses études de biomédecine au grand dam de sa famille d’intellectuels pour faire une brillante carrière d’acteur du porno à Los Angeles. Il entre en scène en ce roman au moment où les producteurs, à la recherche de nouveaux talents, commencent à le laisser sur la touche. Par défaut, il accepte un contrat médiocre de cinq films sur un an à Barcelone.

Délivrance brisée, Chantal Chawaf

Ecrit par Valérie Debieux , le Vendredi, 05 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, La Grande Ourse

Délivrance brisée, janvier 2013, 251 p. 18 € . Ecrivain(s): Chantal Chawaf Edition: La Grande Ourse

 

 

Paris, de nos jours. Deux femmes, l’une, Eliane, la négresse littéraire, a le talent ; l’autre, Virginia, la richissime Américaine, l’argent. Leur lien, la rédaction d’un roman, sur arrière-fond de relation ancillaire, de persévérance commune, d’abnégation, de cocktails, de soirées mondaines et de sexe. Objectif visé : de la reconnaissance littéraire pour la seconde. Peu importe le prix, seul le résultat compte. «Virginia conviait les journalistes et les éditeurs non pas à dîner mais à négocier tacitement, médias contre nourriture. Moi, je vous donne mon champagne et mon caviar, vous, donnez-moi l’équivalent en articles de presse, émissions télévisées, contrats d’édition avec gros à-valoir et présentez-moi vos amis hauts placés. Elle ne s’intéressait qu’au renom et au pouvoir. Personne n’était plus coriace qu’elle pour promouvoir le succès. S’imaginant patronner les lettres et les arts dans des fêtes somptueuses, elle mettait ses moyens de milliardaire à la disposition des dirigeants de la culture. On rencontrait chez elle tous les seigneurs de la médiacratie».

Massalia Blues, Minna Sif

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 05 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Alma Editeur

Massalia Blues, février 2013, 392 p., 18 € . Ecrivain(s): Minna Sif Edition: Alma Editeur

Être aimé ne sert à rien.

Pour ne pas être seul,

Il faut être capable d’aimer

Dino Buzatti

 

Minna Sif nous plonge au cœur d’une sorte de cour des miracles, pègre et misère s’y côtoient, pour le pire et exceptionnellement pour le meilleur. C’est Marseille la belle, ses quartiers, son vieux port, ses vendeurs à la sauvette, ses marchands de sommeil, ses parias et ses prostituées, et dans cette cour grouillante de la ville basse, un roi découronné pousse son Caddie. Clochard et clandestin, fier et roublard, Brahim refuse d’aller chercher des papiers à la préfecture. Et cela, malgré les offres d’aide insistantes de la narratrice, écrivain public du côté de la Poste Colbert, pour tout un monde sans voix, parfois même sans droits. Enfant déjà, elle était la voix de ses parents, venus eux aussi de douars marocains aux noms imprononçables.