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Recensions

Le bonheur pauvre rengaine, Sylvain Pattieu

Ecrit par Martine L. Petauton , le Jeudi, 22 Août 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire, La Brune (Le Rouergue)

Le bonheur pauvre rengaine, 21 août 2013, 290 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Sylvain Pattieu Edition: La Brune (Le Rouergue)

 

Un historien c’est déjà un sacré client pour nous raconter quelque chose. Un écrivain (sachant écrire, évidemment) c’est une autre entrée dans une histoire ; alors, si l’écrivain – qui sait écrire, c’est sûr – utilise aussi sa casquette d’historien de belle valeur, ça donne ce livre-là : on s’y croirait, on s’y plaît, et – comme on dit d’un beau produit – c’est du solide, monsieur ! du vrai bois dont on sent le fil de page en page – pas de la camelote de bazar…

On plonge avec notre imaginaire mais aussi notre appétit d’une « vraie histoire » dans un Marseille plus réaliste que la meilleure collection de cartes postales anciennes, juste sépia – ce qu’il faut ; on s’embarque et cela, jusqu’à la dernière page à regret avalée…

Rien que le titre chante comme une de ces chansons réalistes de l’entre-deux guerres : une « Goualante du pauvre Jean » – ici, de toutes ces Yvonne, Yves, l’égaré de Bretagne et ce Cyprien, « nègre du Dahomey » passé souteneur de petites femmes, comme d’autres deviennent maçons… « Le bonheur, pauvre rengaine » dans une France sortie tout fraîchement de la boue des tranchées, cul par-dessus tête – on dirait de nos jours, avec une mimique de psy, « pantelante du trauma de la Grande Guerre ».

Né sous les coups, Martyn Waites

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 21 Août 2013. , dans Recensions, Les Livres, Polars, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, La rentrée littéraire, Rivages/Thriller

Né sous les coups (born under punches) 21 août 2013. trad de l’anglais Alexis Nolent. 459 p 22€ . Ecrivain(s): Martyn Waites Edition: Rivages/Thriller

 

Si vous n’avez pas une grande sympathie pour « la dame de fer », Margaret Thatcher, la lecture de ce livre vous la fera détester à jamais. L’action de ce roman se situe alternativement dans deux époques : « maintenant » et « avant ». « Avant » c’est 1984 avec en fond d’écran permanent et souvent même au cœur de l’action, la dernière grande grève ouvrière en Angleterre, la grève des mineurs du printemps 84, écrasée par la répression du gouvernement Thatcher. 1984, l’Angleterre bascule dans une nouvelle ère, sinistre. Comment ne pas évoquer, au passage, le 1984 de George Orwell ?

« Les temps modernes, tels que nous les connaissons, ont débuté le lundi 28 mai 1984. (…) C’est ce jour-là que notre pays a changé pour toujours, que la bombe à retardement a été enclenchée et le compte à rebours lancé. Et où ce singulier événement a-t-il eu lieu ? A Orgreave, près de Rotherham, dans le South Yorkshire. »

Ce jour-là, et Martyn Waites nous le fera vivre au plus près, la police aux ordres du gouvernement Thatcher écrase la dernière manifestation des mineurs dans le sang. C’est une certaine idée de l’Angleterre qui meurt, celle des trade unions, des confréries, des camarades, des solidarités dans les quartiers. « Maintenant », c’est autre chose :

Manuel El Negro, David Fauquemberg

Ecrit par Yann Suty , le Mardi, 20 Août 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Fayard, La rentrée littéraire

Manuel El Negro, 21 août 2013, 366 pages, 20 € . Ecrivain(s): David Fauquemberg Edition: Fayard

 

« En vous racontant Manuel, je vous parlerai de moi ».

En s’attelant à l’histoire du chanteur de flamenco Manuel El Negro, Melchior de la Peña avertit qu’il sera aussi question de lui. Ce portrait d’un homme sera le portrait de deux hommes. Il prévient aussi que cette histoire risque de n’être tout à fait réelle. La vie de Manuel, telle qu’il la conçoit en effet, est comme un songe.

Sa vie, Melchior l’a passée derrière sa guitare, le front courbé au-dessus de ses cordes. Il dira même qu’il est devenu esclave de son instrument. Il est un homme de l’ombre, toujours en retrait sur la scène, un homme qui a « appris à se taire ».

« Les mots, voyez, disaient si peu, ils ne servent souvent qu’à créer des malentendus. La musique est sans équivoque, elle ne vous cache rien des sentiments de l’autre ».

Tartes aux pommes et fin du monde, Guillaume Siaudeau

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 20 Août 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Alma Editeur

Tartes aux pommes et fin du monde, 14 août 2013, 144 pages, 14 € . Ecrivain(s): Guillaume Siaudeau Edition: Alma Editeur

 

Avec Tartes aux pommes et fin du monde, Guillaume Siaudeau signe un premier roman plein d’imagination, de légèreté et d’humour, et non dépourvu d’acuité ni d’épaisseur philosophique. Un roman en forme de récit autobiographique dans lequel un doux rêveur « qui aime bien les bibliothèques » retrace avec candeur son parcours menant à l’âge où il faut affronter l’humaine condition et se demander si la vie vaut la peine d’être vécue.

Guillaume Siaudeau présente ce récit globalement linéaire (même s’il intègre plusieurs flash-backs reprenant des souvenirs) de manière très aérée, une bonne quarantaine de chapitres commençant à mi-page multipliant les espaces blancs propices à la rêverie. Et, bien qu’ancrant son histoire dans la réalité, dans la banalité de ces routines et de ces événements heureux ou malheureux qui tissent le quotidien, il plonge le lecteur dans un univers onirique et poétique venant la transcender, allégeant ainsi la cruauté de l’existence. Un univers fantaisiste et loufoque qui n’est pas sans rappeler Boris Vian auquel l’auteur semble envoyer un clin d’œil avec ce bar du « Martin triste » qui « avait pour spécialité les cocktails clignotants ». Et sa séduisante héroïne ne se prénomme pas Chloé ni Alise mais tout simplement Alice : « le genre de fille qui vous accueille cheveux ouverts et dont les rétines font deux petits parterres de terreau fertile où planter vos yeux ».

Les cygnes sauvages, Kenneth White

Ecrit par Lionel Bedin , le Lundi, 19 Août 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Iles britanniques, Récits, Le Mot et le Reste

Les cygnes sauvages, traduit par Marie-Claude White, juin 2013, 120 pages, 16 € . Ecrivain(s): Kenneth White Edition: Le Mot et le Reste

 

« Je suis parti dans le vent »


Un beau jour, à la fin des années 80, Kenneth White décide de faire « une virée » au Japon, en forme de « pèlerinage géopoétique », pour « rendre hommage aux choses précieuses et précaires » et pour faire un « voyage-haïku » dans le sillage de Bashô. Il espère bien en tirer un livre, qu’il voudrait « petit livre nippon extravagant, plein d’images et de pensées zigzagantes ». S’immerger dans un pays, dans une culture, dans des souvenirs littéraires, et « si possible, voir les cygnes sauvages venus de Sibérie s’abattre avec leurs cris d’outre-terre sur les lacs du Nord où ils viennent hiverner ». On ne peut pas avoir de buts plus clairs pour un voyage. Le résultat est ce récit, Les Cygnes sauvages, un livre à l’air inoffensif, pas très épais, et pourtant rempli à craquer d’histoires, de descriptions, de sons, de poésie, de philosophie, d’histoire littéraire, d’érudition – mais une érudition douce, qui ne fait pas mal à la tête, et même une érudition qui rend intelligent. Ou zen.