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Recensions

Boby Lapointe, C’est bon pour c’que t’as, Abécédaire, Chloé Radiguet

, le Mercredi, 04 Septembre 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Récits, Le Cherche-Midi

Boby Lapointe, C’est bon pour c’que t’as, Abécédaire, avril 2013, 288 pages, 17 € . Ecrivain(s): Chloé Radiguet Edition: Le Cherche-Midi

 

 

« Je ne veux que du bien aux langues de tous pays, et à celle que je connais le mieux, le français, qui est si riche, si vivante, si renouvelée que je ne comprends pas pourquoi les gens qui pourtant changent de chemise tous les jours se servent si longtemps des mêmes clichés qu’ils trempent à toutes les sauces. Ces négligés de la glotte ignorent les plaisirs des jeux de mots dans cette langue dotée de tous temps de tant de redondances que tout peut se traduire en allitérations, calembours, et autres fientes de l’esprit (…) ».

Lire Boby Lapointe raconté par Chloé Radiguet, c’est comme croquer un bonbon acidulé : ça agace la dent et ça fait très plaisir. Elle procède par touches impressionnistes et, tout en délicatesse, ferre le personnage dont on a l’impression d’avoir une vue d’ensemble – l’impression, seulement : ce n’est pas une mince affaire que de s’approcher de ce géant des figures de style.

Riviera, Mathilde Janin

Ecrit par Benjamin Cerulli , le Mercredi, 04 Septembre 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Actes Sud, La rentrée littéraire

Riviera, 24 août 2013, 217 pages, 19 € . Ecrivain(s): Mathilde Janin Edition: Actes Sud

Il est des livres qui vous marquent, vous accrochent, jusqu’à devenir une partie de vous. Il est des livres que l’on n’oublie jamais, et dont on se rappelle plus tard, tel un vieux souvenir. Des livres qui vous remuent les tripes, et d’autres qui vous donnent la nausée, ou qui du moins, vous ennuient. L’ennui, peut-être le pire des défauts d’un livre, quand c’est plat, quand c’est lisse et enlisé dans l’inaction, le tout brodé dans les grosseurs d’un style flegmatique. Riviera ne donne pas la nausée, mais est terriblement ennuyeux, lisse, et plat. Et flegmatique. Riviera représente parfaitement cette tranche de la littérature dite « contemporaine » qui ingère les codes sans les digérer, et qui laisse penser que la littérature souffre aujourd’hui d’une certaine forme de boulimie.

Pourtant, Riviera en mains, on part avec de bons a priori : un road-book « composé comme un album rock » si l’on en croit la quatrième de couverture. Hélas, premier hic, on ne voit pas très bien où se situe l’esthétique « rock » de ce roman, qui s’apparente davantage à un best-of de Nicole Croisille qu’à un album des Pink Floyd. Parce qu’il ne suffit pas de parler musique, labels et concerts, d’enfiler les titres comme des perles insignifiantes et de bombarder son récit de drogues diverses ou d’anxiolytiques, pour que ce soit qualifiable de « rock » ; ne faut-il pas, avant tout, que ce soit « rock » dans le verbe ? Ou du moins, que ce soit un peu osé dans les choix stylistiques ?

Guerriers amoureux, Jean-Louis Costes

Ecrit par Cathy Garcia , le Mardi, 03 Septembre 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman

Guerriers amoureux, Editions Eretic, avril 2013, 286 pages, 17 € . Ecrivain(s): Jean-Louis Costes

 

 

Costes, le phénomène ! ça fait longtemps que j’en entends parler, que j’ai vu quelques vidéos, visité son site, mais ce qui m’a aidée à comprendre (je ne comprenais pas) c’est de l’entendre parler lui et lire des interviews. Aussi, récemment j’ai eu envie de lire un de ses livres, le dernier donc qui est sorti en avril, alors je l’ai contacté et il me l’a gentiment envoyé en SP (service de presse). Pure curiosité et toujours ce besoin de comprendre, la marge m’a toujours attirée, car je sais les trésors de beauté et de tendresse qu’elle peut cacher sous des apparences ultra rebutantes, mais je vous préviens, c’est vraiment pas à mettre entre toutes les mains ! L’expérience en tout cas est des plus intéressantes et heureusement on se marre quand même malgré… TOUT, car il y a des moments on exploserait bien le bouquin contre un mur.

Le chasseur de lucioles, Janis Otsiemi

Ecrit par Alexis Brunet , le Mardi, 03 Septembre 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Afrique, Roman, Jigal

Le chasseur de lucioles, février 2012, 208 pages, 16 € . Ecrivain(s): Janis Otsiemi Edition: Jigal

 

C’est une plongée dans le Gabon contemporain que nous propose le romancier Janis Otsiemi. Une plongée dans une réalité bien dure, parfois crue, voire dérangeante. Au pays où le sigle SIDA signifie pour certains « Syndrome inventé pour décourager les amoureux », la vie humaine n’a pas la valeur qu’elle mérite, et celle des lucioles encore moins. Les lucioles, ce sont les prostituées. Mais le savoir avant d’entamer la lecture n’altère en rien cette dernière.

C’est pour se venger de la terrible nouvelle de sa séropositivité que Georges décide de transmettre le syndrome à une de ces lucioles, dans un motel de Libreville, capitale du Gabon. Hôtels de passe, flics de Série B, escroqueries en tout genre, Janis Otsiemi parvient à décrire le quotidien de son pays sans complaisance. A travers un style fait de phrases courtes et de mots bien placés, il réussit dès les premières pages à nous amener dans un univers comme si on y était. Et au passage, nous apprend quelques termes d’argot gabonais.

Heureux veinard, S. G. Browne

Ecrit par Yan Lespoux , le Lundi, 02 Septembre 2013. , dans Recensions, Les Livres, Polars, La Une Livres, USA, Série Noire (Gallimard)

Heureux veinard (Lucky Bastard, 2012), traduit de l’anglais (USA) Christophe Mercier, 352 p. 22,50 € . Ecrivain(s): S.G. Browne Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Nick Monday est détective privé mais aussi « braconneur » de chance. C’est-à-dire que, comme quelques heureux élus, il a la capacité de voler la chance des autres pour la revendre. Un don a priori avantageux mais qui, comme toute médaille, a son revers ainsi qu’il peut le constater ce jour-là. Cela commence par une sublime jeune femme se présentant comme la fille du maire de San Francisco et demandant à Monday de retrouver la personne qui dérobé la chance de son père… sauf que, comme de bien entendu, le coupable est le détective. Puis cela continue avec le chef de la Mafia chinoise du coin, accro à la chance, qui exige que Monday se mette à son service. Mais c’est sans compter sur le FBI qui voudrait que Monday fourgue plutôt de la malchance au parrain asiate afin de pouvoir enfin lui mettre le grappin dessus.

L’idée de départ de S. G. Browne est donc, on le voit, particulièrement loufoque et prometteuse. Jouer avec les codes du polar, mettant en scène un détective – femmes fatales, cynisme, répliques bien envoyées et tabassages en règle du héros – en y instillant un élément fantastique, peut en effet se révéler amusant. De fait, ça l’est parfois, en particulier lorsque, comme avec les zombies dans Comment j’ai cuisiné mon père, ma mère… et retrouvé l’amour, l’auteur s’attache à révéler combien la condition surnaturelle du héros peut poser des problèmes très terre à terre.