Identification

Recensions

L'étrange affaire du pantalon de Dassoukine, Fouad Laroui

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Samedi, 06 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Maghreb, Nouvelles, Julliard

L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine, Julliard, octobre 2012, 169 pages, 17,50 € . Ecrivain(s): Fouad Laroui Edition: Julliard

 

Le prix Goncourt de la nouvelle a fort opportunément récompensé en mai 2013 L’étrange affaire du pantalon de Dassoukine, un recueil de nouvelles original à la fois drôle et profond, tendre et grave et d’une grande inventivité d’écriture.

Fouad Laroui ne se contente pas en effet d’y déboulonner les codes et les clichés et d’y dénoncer le culte des apparences en mettant en scène de courtes histoires quotidiennes, illustrant l’absurdité du monde au travers de situations cocasses et de chutes inattendues. Il s’attache surtout à y mettre en scène le langage, disloquant sa cohérence de surface, ses automatismes rassurants, creusant de multiples décalages langagiers en jouant sur les sons et les graphies comme sur l’ambiguïté du sens des mots, sur la variété des langues et les anachronismes, utilisant les ressources de la ponctuation, des incises et des caractères italiques, désarticulant la syntaxe, brouillant l’identité narrative et imbriquant sans cesse dialogues et monologues…

Coup de sang, Enrique Serna

Ecrit par Patryck Froissart , le Vendredi, 05 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Métailié

Coup de sang (La sangre erguida), traduit de l’espagnol (Mexique) par François Gaudry, avril 2013, 335 pages, 20 € . Ecrivain(s): Enrique Serna Edition: Métailié

 

Bulmaro Diaz, alias Amador Bravo, a pour habitude de dialoguer avec son sexe. Le roman débute sur une période de relations tendues entre eux deux. Bulmaro en effet accuse son alter ego d’avoir fait preuve d’une concupiscence scandaleusement égocentrique lorsqu’il l’a obligé à quitter sa famille et à abandonner l’affaire prospère de mécanique générale qu’il possédait à Vera Cruz pour suivre à Barcelone Romalia, une chanteuse peu talentueuse mais fort voluptueuse :

« Ce que je ne te pardonne pas, c’est de m’avoir fait céder quand Romalia m’a annoncé à grand renfort de trompettes qu’on venait de lui proposer de chanter comme soliste dans un club de salsa à Barcelone ».

Juan Luis Kerlow a lâché ses études de biomédecine au grand dam de sa famille d’intellectuels pour faire une brillante carrière d’acteur du porno à Los Angeles. Il entre en scène en ce roman au moment où les producteurs, à la recherche de nouveaux talents, commencent à le laisser sur la touche. Par défaut, il accepte un contrat médiocre de cinq films sur un an à Barcelone.

Massalia Blues, Minna Sif

Ecrit par Cathy Garcia , le Vendredi, 05 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Alma Editeur

Massalia Blues, février 2013, 392 p., 18 € . Ecrivain(s): Minna Sif Edition: Alma Editeur

Être aimé ne sert à rien.

Pour ne pas être seul,

Il faut être capable d’aimer

Dino Buzatti

 

Minna Sif nous plonge au cœur d’une sorte de cour des miracles, pègre et misère s’y côtoient, pour le pire et exceptionnellement pour le meilleur. C’est Marseille la belle, ses quartiers, son vieux port, ses vendeurs à la sauvette, ses marchands de sommeil, ses parias et ses prostituées, et dans cette cour grouillante de la ville basse, un roi découronné pousse son Caddie. Clochard et clandestin, fier et roublard, Brahim refuse d’aller chercher des papiers à la préfecture. Et cela, malgré les offres d’aide insistantes de la narratrice, écrivain public du côté de la Poste Colbert, pour tout un monde sans voix, parfois même sans droits. Enfant déjà, elle était la voix de ses parents, venus eux aussi de douars marocains aux noms imprononçables.

Le griot de l'émir, Beyrouk

Ecrit par Theo Ananissoh , le Jeudi, 04 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Afrique, Roman

Le griot de l’émir, Editions Elyzad (Tunis), mars 2013, 167 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Beyrouk

 

Le Silence de la mer de Vercors. Une famille française, pendant l’Occupation, est obligée de loger un officier allemand. Celui-ci impose sa présence quotidienne dans le séjour, parle à ses « hôtes » qui lui opposent un mutisme obstiné. Un soir, l’Allemand se met devant les rayons de la bibliothèque. « Toute cette maison a une âme », observe-t-il. Il caresse les reliures. Balzac, Baudelaire, Chateaubriand, Corneille, Descartes… Il s’exclame : « Quel appel ! ». Le lecteur s’arrête un instant, perplexe : on a quand même voulu assujettir une maison pourvue d’une telle « âme », pour reprendre le mot de l’intrus lui-même… Il aurait fallu que, par extraordinaire, le feu permanent que constituent tous ces noms dans la bibliothèque n’éclaire ou ne chauffe plus du tout pour que fût réellement envisageable le succès d’une telle entreprise… Non ?

C’est d’un refus de la même sorte que traite Le griot de l’émir du Mauritanien Beyrouk. Dans un Sahara des temps anciens, un griot, héritier d’une vieille et exceptionnelle tradition artistique, est pour ainsi dire empêché par la qualité et la richesse culturelle dont il émane de se résigner à l’humiliation de la défaite.

La fabrique des mots, Erik Orsenna

Ecrit par Victoire NGuyen , le Mercredi, 03 Juillet 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Récits, Stock

La fabrique des mots, mai 2013, 140 pages, 15 € . Ecrivain(s): Erik Orsenna Edition: Stock

 

Une ballade au royaume des mots


« Méfiez-vous ! Les mots ne sont pas ce qu’on croit : de petits animaux doux et dociles, auxquels il n’arrive jamais rien. Les mots aiment l’amour. Mais aussi la bataille. Ils se trouvent ainsi mêlés à toutes sortes d’aventures, sentimentales et dangereuses ».

Ainsi s’ouvre le récit sur la vie des mots, ces petits génies sympathiques mais pouvant semer la zizanie et faire taire pour de bon les puissants ! En effet, la narratrice, Jeanne, devenue adulte, s’est souvenue d’une aventure fort singulière dont elle a participé avec l’ensemble de sa classe : la résistance devant la disparition des mots. Nous sommes sur une île lointaine. Jeanne grandit doucement et va à l’école. Elle côtoie ses amis : le timide Philippe, l’intrépide Rachida et l’intelligente Apolline. Cependant, une terrible nouvelle arrive à l’oreille des enfants, le dictateur, Nécrole, en colère décide de supprimer tous les mots inutiles :