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Recensions

Le chien d’Ulysse, Salim Bachi

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 05 Septembre 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Maghreb, Folio (Gallimard)

Le chien d’Ulysse, 5 septembre 2013, 304 pages, 7,20 € . Ecrivain(s): Salim Bachi Edition: Folio (Gallimard)

 

Le chien d’Ulysse, premier roman de Salim Bachi, qui avait fait d’emblée remarquer ce jeune écrivain algérien exilé en France, vient d’être réédité en collection de poche, douze ans après sa publication. C’est l’occasion de lire ou de relire ce livre magnifique, unanimement salué à l’époque par la critique et couronné par le Goncourt du premier roman. Un livre qui entamait un cycle d’écriture autour de la ville imaginaire de Cyrtha, que l’auteur poursuivit avec La Kahéna en 2003 et Les douze contes de minuit en 2006 – un recueil de nouvelles dont trois avaient servi de point de départ à l’écriture du Chien d’Ulysse.

Quittant au petit matin la promiscuité de l’appartement où il vit avec sa famille, Hocine rejoint Mourad à la gare Cyrtha où ils se donnent rendez-vous chaque matin pour prendre le train les conduisant à l’université. Les deux étudiants se rendent d’abord chez leur professeur de littérature, Ali Khan, car ce dernier doit leur présenter son ami d’enfance, le journaliste Hamid Kaïm, puis ils rencontrent un haut dignitaire de l’armée désireux de les enrôler.

Contes d'amour, de folie et de mort, Horacio Quiroga

Ecrit par Guy Donikian , le Jeudi, 05 Septembre 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Amérique Latine, Nouvelles, Métailié

Contes d’amour de folie et de mort , trad. espagnol (Uruguay) par Frédéric Chambert, 5 septembre 2013, 215 pages, 10 € . Ecrivain(s): Horacio Quiroga Edition: Métailié

 

Les contes d’amour de folie et de mort ont été écrits en 1917. Horacio Quiroga, écrivain uruguayen, a eu une vie durant laquelle il a côtoyé la mort dès son plus jeune âge, ce qui a, à l’évidence, plus qu’influencé son œuvre. Il a trois mois quand son père se tire une balle de fusil dans la tête, et on ne saura pas s’il s’agit d’un suicide ou d’un accident. En revanche, dix sept ans plus tard, son beau-père se suicide en raison d’une maladie. Sa première femme se suicide en 1915 et Quiroga lui-même va tuer accidentellement son meilleur ami lors de la manipulation d’un pistolet.

Ce recueil de nouvelles, relativement courtes, met en scène la mort dans ce qu’elle a d’incontournable, et on ne s’étonnera pas de trouver dans les nouvelles des chutes qui paraissent d’une logique implacable. Lire Horacio Quiroga c’est s’immerger dans ce rapport au monde très singulier, où l’éphémère est au service d’un réalisme et dans lequel chaque détail a son importance.

Immortelles, Laure Adler

Ecrit par Stéphane Bret , le Jeudi, 05 Septembre 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Grasset, La rentrée littéraire

Immortelles, 5 septembre 2013, 362 pages . Ecrivain(s): Laure Adler Edition: Grasset

 

L’amitié, ce sentiment si précieux, peut nous conduire à un peu d’éternité. C’est à cette célébration que souhaite nous faire assister Laure Adler dans son roman Eternelles. C’est le récit des parcours de trois femmes, Judith, Suzanne et Florence, qui ont toutes, à différents moments de leurs vies respectives, rencontré la narratrice, l’ont marquée, influencée, façonnée dans ses choix de vie, affectifs, sociétaux.

Judith a passé son enfance en Argentine, issue d’une famille d’origine juive polonaise. Sa mère, Ethel, connaîtra la France durant la seconde guerre mondiale. Suzanne, marquée dès l’enfance par l’absence d’un père parti, dit-il, installer des filiales pour le compte d’une grande entreprise au Brésil, éprouve très tôt l’impératif de la recherche de la liberté ; elle se compare à Albertine, personnage de La Recherche du temps perdu. Elle est devenue « une fille murée ». Florence, pour sa part, cherche son salut dans les spectacles, dans le théâtre, art dont elle est éprise. Elle fréquente assidûment le festival d’Avignon, assiste aux débordements du Living Theater, à la mise en cause de Jean Vilar par des contestataires.

Le cycliste de Tchernobyl, Javier Sebastián

Ecrit par Adrien Battini , le Mercredi, 04 Septembre 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Espagne, Métailié, La rentrée littéraire

Le cycliste de Tchernobyl, traduit de l’espagnol par François Gaudry, 5 septembre 2013, 208 p., 18 € . Ecrivain(s): Javier Sebastián Edition: Métailié

 

Il est des hommes qui ont traversé le siècle précédent à la trajectoire purement romanesque. C’est probablement ce qu’a dû penser Javier Sebastián lorsqu’il s’est penché sur la biographie du physicien Vassili Nesterenko dont il tire la présente fiction. Plus précisément, l’écrivain espagnol a tissé son récit autour de trois périodes correspondant en quelque sorte aux trois états mentaux d’un homme marqué au plus profond de sa psyché par la catastrophe nucléaire de 1986.

En respectant la continuité historique, nous aurions l’expert en physique nucléaire qui doit faire face aux immédiates retombées de l’explosion, puis le cycliste qui sillonne une zone de Tchernobyl toujours irradiée mais repeuplée, et enfin le vieil homme traumatisé et perdu dans un Paris qui lui est irrémédiablement étranger. Du fait de son maillage singulier, Le cycliste de Tchernobyl est composé comme une fugue aux trois voix qui s’alternent, se répondent et reconstruisent progressivement le drame de cet homme jusqu’à la coda, sublime et bouleversante.

Boby Lapointe, C’est bon pour c’que t’as, Abécédaire, Chloé Radiguet

, le Mercredi, 04 Septembre 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Récits, Le Cherche-Midi

Boby Lapointe, C’est bon pour c’que t’as, Abécédaire, avril 2013, 288 pages, 17 € . Ecrivain(s): Chloé Radiguet Edition: Le Cherche-Midi

 

 

« Je ne veux que du bien aux langues de tous pays, et à celle que je connais le mieux, le français, qui est si riche, si vivante, si renouvelée que je ne comprends pas pourquoi les gens qui pourtant changent de chemise tous les jours se servent si longtemps des mêmes clichés qu’ils trempent à toutes les sauces. Ces négligés de la glotte ignorent les plaisirs des jeux de mots dans cette langue dotée de tous temps de tant de redondances que tout peut se traduire en allitérations, calembours, et autres fientes de l’esprit (…) ».

Lire Boby Lapointe raconté par Chloé Radiguet, c’est comme croquer un bonbon acidulé : ça agace la dent et ça fait très plaisir. Elle procède par touches impressionnistes et, tout en délicatesse, ferre le personnage dont on a l’impression d’avoir une vue d’ensemble – l’impression, seulement : ce n’est pas une mince affaire que de s’approcher de ce géant des figures de style.