Identification

Recensions

La ville de nulle part, Alison Lurie (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Jeudi, 01 Octobre 2026. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, USA, Roman, Rivages poche, Cette semaine

La ville de nulle part, Alison Lurie, éd. Rivages poche, trad. Élisabeth Gille, 432 p., sept. 2026, 9,50€ Edition: Rivages poche

 

Sous le soleil, le désenchantement

Paul et Katherine Cattleman, deux bostoniens, emménagent à Los Angeles (la ville de nulle part), où « Toutes les maisons étaient en stuc, couleur de crèmes glacées : vanille, citron, framboise, orange ». L’on retrouve cet « amas de crème fouettée » sur la tête des starlettes, dégoulinant comme de la crème Chantilly. Deux styles de vie s’opposent (et se méconnaissent) entre les gens très riches aux habitations aux formes importées de tous les pays, les décors kitchs, sorte de Disneyland à ciel ouvert et, à l’inverse, ceux condamnés à « vivre dans des alignements de boîtes presque identiques, en brique ou en bois, comme autant de caisses de savons à sardines ». Tout est exubérant, démonstratif, dans l’immense métropole, clinquant, « une culture au sein de laquelle n’importe quel livre était l’équivalent de n’importe quel autre ».

Dog fiction, Pia Petersen (par Marjorie Rafécas-Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Mercredi, 30 Septembre 2026. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Plon, Cette semaine

Dog fiction, Février 2026, 248 pages, 21 € Pia Petersen Editeur : Plon Edition: Plon

 

Impossible de rester de marbre face à cette fiction narrée par un chien « mutant » anthropomorphe, qui nous fait comprendre que finalement, c’est peut-être nous, les humains, qui menons une vie de chien…

L’histoire se déroule au rythme frénétique de la Californie et dans la superficialité dégoulinante de la chirurgie plastique. « La beauté s’extirpe des choses, comme un chirurgien qui exhibe de la graisse d’une cuisse. » La beauté est-elle un mythe ? Faut-il préférer la beauté « qui a été voulue » à celle « qui va de soi » ? Lassé des épidermes frivoles, un chirurgien esthétique farfelu, Orlando, décide de mener un projet fou : opérer un chien, Yoda, pour lui créer un visage humain et le doter du langage. L’opération réussit, mais attire aussitôt toutes les convoitises… Yoda, chien humanisé, découvre alors toutes les turpitudes humaines, leurs contradictions et la puissance du langage.

Jardin sauvage et autres parcs parisiens (par Olivia Guérin)

Ecrit par Olivia Guérin , le Mercredi, 23 Septembre 2026. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Gallimard, Arts, Cette semaine

Jardin sauvage et autres parcs parisiens Hervé Le Tellier (textes), Alexandre de Broca (peintures), Sylvain Moser (musique) Gallimard, mai 2026, 26 euros Edition: Gallimard

 

Voilà un ouvrage atypique dans le paysage éditorial : Jardin sauvage et autres parcs parisiens constitue une oeuvre à trois voix, celles d'un écrivain, Hervé Le Tellier, d'un peintre, Alexandre de Broca, et d'un musicien, Sylvain Moser. Les trois complices emmènent avec eux le lecteur dans une flânerie à travers quinze parcs parisiens, tentant de rendre compte de manière synesthésique d'impressions ressenties dans ces jardins. Du point de vue de la matérialité de l'ouvrage, les textes d'Hervé Le Tellier sont accompagnés de peintures et de partitions musicales; le lecteur peut même scanner des QR codes pour écouter les compositions musicales. Ici, je ne commenterai que le versant littéraire de l'ouvrage.

Après L'Anomalie (Prix Goncourt 2020) et Nom sur le mur (2024), on n'attendait pas forcément Hervé Le Tellier au coin d'un jardin public. Mais il relève assez bien le défi.

Rock West Coast, Steven Jezo-Vannier (par Guy Donikian)

Ecrit par Guy Donikian , le Mardi, 22 Septembre 2026. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Arts, Le Mot et le Reste, Cette semaine

Rock West Coast, Steven Jezo-Vannier, éditions le Mot et le Reste, 568 pages, parution 21 aout 2026, 32 euros. Edition: Le Mot et le Reste


L’ouvrage a été publié en 2014 et Le Mot et le Reste le réédite en 2026. Son objet, le rock sur la côte ouest des USA.

La Californie est pour l’auteur, Steven Jezo-Vannier le lieu où tant de révolutions, de fusions, d’innovations musicales virent le jour. Il nous rappelle donc en quelques lignes ce qui fit la richesse économiques de la région ; l’or tout d’abord , l’agriculture en raison d’un climat exceptionnel, puis évidemment le pétrole. Sans oublier que ce jeune état, créé en 1850, abolit l’esclavage, ce qui en fait une terre de tolérance. Hollywood va participer à la vision idyllique de la Californie et les musiciens vont trouver dans la région un terrain idéal pour la création musicale. Et ceci explique le succès de « California Dreamin » des Mamas et Papas qui exposent l’idée d’une Californie de rêve, avec surf, belles voitures, jolies filles et rock’n roll.

Il fait chaud à Tanger au printemps, Françoise Cohen (par Mona)

Ecrit par Mona , le Mardi, 15 Septembre 2026. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, L'Harmattan, Cette semaine

Il fait chaud à Tanger au printemps, Françoise Cohen, Editions L’Harmattan, avril 2026, 96 pages, 13 € Edition: L'Harmattan

 

Françoise Cohen écrit des histoires d’ombres et d’âmes tourmentées et son dernier petit recueil de nouvelles possède une veine intimiste à caractère autobiographique. Le titre, Il fait chaud à Tanger au printemps, vient d’une phrase anodine prononcée par sa défunte mère. La narratrice, Francesca, porte le deuil d’une mère « passeuse d’histoires ». Hantée par une mystérieuse photo de sa famille maternelle prise à Tanger dans les années 40, elle décide de se faire conteuse à son tour. La transmission apparaît l’enjeu majeur du récit : s’inscrire dans la filiation « d’une famille de mémorialistes ou chroniqueurs de vie intime » et « offrir sa traversée du temps à ses descendants ».

Le « voile de tristesse » qui recouvre les cinq personnages présents sur le cliché sert d’élément déclencheur au récit. Cette « mélancolie couleur sépia » infuse délicatement tout le recueil rythmé par le leitmotiv de la perte. Le livre s’ouvre sous le signe de l’absence : « elle n’est plus ». Il manque la mère et, sur la photo, il manque aussi sa petite sœur morte en bas âge. L’expérience, à la fois familière et étrange, du deuil maternel renvoie à d’autres deuils jamais accomplis. Une faille mélancolique lézarde le bel édifice familial et la narratrice raconte ses tentatives pour retrouver les pièces manquantes du puzzle familial non sans un léger suspense (« un drame à venir et un drame passé sont ici en jeu. Le drame à venir, il n’est pas encore temps de le révéler »).