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Recensions

Combat toujours perdant, Michel Houellebecq (par Alix Lerman Enriquez)

Ecrit par Alix Lerman Enriquez , le Mardi, 18 Août 2026. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Flammarion, Cette semaine

Combat toujours perdant, Michel Houellebecq, Flammarion

 

Nous oublions trop souvent qu'avant d'être un célèbre romancier, Michel Houellebecq s'est fait connaître en tant que poète. Ainsi, ses précédents recueils (dont le très beau Configuration du dernier rivage ainsi que La poursuite du bonheur, Renaissance) nous font découvrir une poésie romantique et désabusée souvent érotique. Dans ce dernier recueil, d'un rythme et d'une facture souvent très classique où les vers en alexandrins et les rimes s'entrecroisent pour donner à l'ensemble un style limpide, épris d’harmonie, Michel Houellebecq ne déroge pas à cette règle. L’écrivain reprend ses thèmes favoris : l'amour, l’humour, le sexe, la déchéance de l'homme et bien sûr la mort.

Heureusement, au creux de la plus grande noirceur, l’humour grinçant de l’écrivain n’est jamais loin. Tel en témoigne ce poème sous forme d’annonce immobilière où le cocasse rivalise avec le ridicule de la situation.

Rue de l’Espérance, Alexandre Courban (par Jean-Jacques Bretou)

Ecrit par Jean-Jacques Bretou , le Mercredi, 03 Juin 2026. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Folio (Gallimard)

Rue de l’Espérance, Alexandre Courban – 1935 – Folio – 288 pages – 9,50 € Edition: Folio (Gallimard)

 

Samedi 8 décembre 1934, Édouard Blutoir est installé dans le café qui fait l’angle du boulevard Kellermann et de la rue de l’Amiral-Mouchez dans le 13ème arrondissement. Il regarde son canon de blanc en hésitant, la veille il s’était promis que ce serait le dernier. Il est ouvrier, tourneur-fraiseur, et fier de sa condition. Pourtant, il doit sa présence ici, à cette heure-là pour avoir perdu une main à la suite d’un accident du travail en octobre 1931 chez Gnome et Rhône. Infirme, ils l’ont jeté à la rue et néanmoins, dans l’âme, il appartient toujours à cette classe ouvrière dont il porte fièrement le couvre-chef : la casquette. Celle que mettent les bourgeois pour faire du sport, une casquette plate avec un bouton sur le dessus presqu’un signe de ralliement. Car c’est l’époque des rebuffades chez les ouvriers et l’on rêve d’une union solide des partis politiques de gauche. On est à la veille du Front Populaire. Et, c’est aussi l’heure de la course aux armements. La preuve, à condition d’être soumis, ce qui n’a pas été forcément le cas de Blutoir, on trouve facilement du travail dans les grandes usines métallurgiques de la région parisienne. On embauche à Villacoublay chez Bréguet, à Billanccourt chez Farman, chez Lorraine Dietrich à Argenteuil

Ghostfather, Éric Calatraba (par Alix Lerman Enriquez)

Ecrit par Alix Lerman Enriquez , le Mardi, 02 Juin 2026. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman

Ghostfather, Éric Calatraba, Ed. Melmac Noir

 

Si Los muertos, le précédent roman policier d'Éric Calatraba, se déroulant dans le sud de la France et en Espagne, était solaire et méridional, son deuxième ouvrage Ghostfather, est plongé dans une tout autre atmosphère, au cœur- même de la grisaille parisienne ou d’une ambiance pluvieuse et britannique.

Clément, un jeune guitariste français, un musicien prodige d'une vingtaine d’années va connaître un succès inespéré et va croiser sur sa route une chanteuse et parolière de talent : la jolie Isabel Ortega. À eux deux, ils forment un couple romantique et attachant.

Et aux côtés de ce jeune couple flamboyant, surgit un insolite protagoniste : la guitare de Clément, actrice omnisciente de ce roman musical, empreinte de grande sagesse et de tendresse à l'égard de Clément et de sa charmante Isabel :

Le tour de magie le plus incroyable du monde, Beatriz Martín Vidal (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Vendredi, 29 Mai 2026. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Grasset, Jeunesse

Le tour de magie le plus incroyable du monde, Beatriz Martín Vidal, éd. Grasset Jeunesse, 48 p., avril 2026, 19,90 € Edition: Grasset

 

Prestidigitation

Beatriz Martín Vidal a étudié à l'université de Salamanque avant de se spécialiser dans l'illustration à l'école d'art de Valladolid. Auteure d'albums illustrés, elle exerce depuis dix ans, principalement en illustration éditoriale. Son nouvel album jeunesse au format portrait (36,7 x 23,6 cm) est un beau livre de collection.

Le gibus est l’élément distinctif de la narration, qui annonce le tour de magie. Et nous voilà entraînés à assister à un mystérieux spectacle ! Le décor alentour se met alors à changer, comme au théâtre, des personnages fabuleux surdimensionnés apparaissent comme par un coup de baguette magique. Et c’est un univers imaginaire qui supplante l’environnement des rues, du jardin public, traversant l’espace. Le haut-de-forme possède des vertus fantastiques, surnaturelles, d’où jaillit un monde onirique.

Le choix de la folie, poème à dire et à crier, Alain Marc (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 26 Mai 2026. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Editions Douro

Le choix de la folie, poème à dire et à crier, Alain Marc, Z4 Editions - Éditions Douro . Ecrivain(s): Alain Marc Edition: Editions Douro

Dans son intitulé même, Le choix de la folie engage une position décisive : la folie n’y est pas subie, mais assumée, presque revendiquée comme un acte de libre arbitre. Deuxième mouvement du vaste ensemble Le Grand Cycle de la vie ou l’odyssée humaine, ce poème s’inscrit dans une architecture monumentale — quatorze sections déployées sur des milliers de pages — où l’écriture excède largement le livre pour devenir expérience totale. Pensé pour la voix, accompagné d’enregistrements sonores et prolongé sur scène par un dispositif visuel (notamment avec les œuvres du peintre Lawrence), le texte affirme d’emblée sa dimension performative : il est fait pour être dit, crié, murmuré, traversé.

Au cœur de cette entreprise, il y a une nécessité : arracher la parole à l’étouffement. Le poème déploie une existence prise dans « l’aire d’une cage », métaphore d’un enfermement psychique et existentiel dont l’écriture tenterait de briser les barreaux. Le souffle y est menacé, entravé par les débris du deuil, de l’échec ou de la dépression — états qui surgissent parfois « sans aucune cause apparente », comme des effondrements sans origine assignable.