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Recensions

Journal. Vol. II 1964-1980, Susan Sontag

Ecrit par Frédéric Aribit , le Mardi, 27 Août 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, USA, Biographie, Christian Bourgois

Journal. Volume II 1964-1980, préface de David Rieff, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Anne Rabinovitch, mai 2013, 574 pages, 24 € . Ecrivain(s): Susan Sontag Edition: Christian Bourgois

 

« Je veux que la rencontre avec une personne ou une œuvre d’art change tout », disait-elle.

Sous-titré Renaître, le volume I de l’immense Journal de Susan Sontag, publié en 2010 par Christian Bourgois, couvrait les années 1947-1963. Désormais disponible chez le même éditeur, le deuxième volet du triptyque attendu, La Conscience attelée à la chair (1964-1980), entre de plain-pied dans la période de maturité intellectuelle, qui voit écrire celle qui se définit elle-même comme une « cagienne-franco-juive » parmi ses essais majeurs (Sur la photographie, 1977).

On y suit donc, sur un mode intime, le filigrane d’une œuvre et d’une pensée inquiète et en questionnement permanent à la fois sur les déchirements du monde comme sur la difficulté d’être, d’aimer, d’écrire, de vivre, c’est-à-dire de penser. Les notes sont très hétérogènes, parfois d’une brièveté laconique, parfois se développant au contraire sur des pages et des pages, parfois quotidiennes, parfois espacées de plusieurs semaines, plusieurs mois. Mais c’est, à travers cet « esprit d’escalier chronique » qu’elle avoue au hasard d’une brève, toujours une même exigence d’honnêteté qui s’y lit, un même désir de lucidité auquel l’exercice du journal offre le recours d’une écriture confidente.

Un monde beau, fou et cruel, Troy Blacklaws

Ecrit par Alexis Brunet , le Lundi, 26 Août 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Afrique, Roman, Flammarion, La rentrée littéraire

Un monde beau, fou et cruel, traduit de l’anglais (AFS) par Pierre Guglielmina, 21 août 2013, 19 € . Ecrivain(s): Troy Blacklaws Edition: Flammarion

 

Afrique du Sud, le Cap, Décembre 2004. Plus de dix ans après la fin de l’apartheid, le rêve arc-en-ciel de Nelson Mandela ne parvient pas à émerger. Gangsters et trafics en tous genres, pauvreté exponentielle, racisme inter-ethnique envers de nouveaux immigrés africains, persistance voire développement de ghettos déjà existants sous l’apartheid, manque de possibilités pour les générations nouvelles. Que les choses soient claires, la vie n’est pas de tout repos dans la ville du Cap et dans ses environs. La vie y est même très souvent dure.

Deux protagonistes. Jérusalem, surnommé Jero, et Jabulani. Un jeune sud-africain, un professeur du Zimbabwe. Le premier est métis, né de père musulman et de mère juive, le second échoue dans le chaos de la nation « arc en ciel » suite à la répression s’abattant dans son pays. Le premier tombe sous le charme d’une jeune femme caucasienne de la bonne société. Le second tombe aux mains de malfrats aux activités les plus sordides, et n’ayant pas une once d’humanité dans ce monde gangrené par la violence et le mépris de la vie humaine. Et tandis que le premier, pauvre et de sang noir, joue quelques accords de guitare dans la rue pour tenter d’attirer l’attention de la belle blanche et riche, le second se retrouve poursuivi par un bandit surnommé « Cowboy fantôme », auquel il tente désespérément d’échapper.

Le quatrième mur, Sorj Chalandon

Ecrit par Etienne Orsini , le Samedi, 24 Août 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Grasset, La rentrée littéraire

Le quatrième mur, 21 aout 2013, 336 p. 19 € . Ecrivain(s): Sorj Chalandon Edition: Grasset

Militant d’extrême-gauche toujours prêt à en découdre dans les couloirs de la faculté avec les « rats noirs » fascistes, Georges fait un jour la connaissance de Samuel Akounis, un résistant grec à la dictature des colonels. Il est très tôt fasciné par ce personnage avec lequel il partage une véritable passion pour le théâtre. Les origines juives de Sam ne sont pas étrangères à ce sentiment. Pour l’activiste pro-Palestinien, se lier d’amitié avec un juif, c’est déjà faire l’expérience de la complexité du monde. D’ailleurs, la sagesse de Sam vient s’opposer en permanence aux jugements à l’emporte-pièces du militant. A la violence des armes, celui-ci préfère la puissance du théâtre.

Quelques années plus tard, alors que leur amitié s’est consolidée, Sam fait part à Georges du projet fou qu’il a de monter L’Antigone d’Anouilh dans Beyrouth en guerre. Un projet qu’il sait aussi dérisoire que nécessaire et qui n’aura peut-être d’autre effet que de « voler deux heures à la guerre, en prélevant dans chaque camp un fils ou une fille pour en faire des acteurs… ». Tandis que le projet est avancé, des contacts ayant été pris dans chaque camp, Samuel Akounis se voit empêché de le réaliser par un terrible cancer, séquelle de séances de tortures subies du temps des colonels. Il charge alors son ami Georges de mener à bien cette mission et lui fait promettre qu’il ira jusqu’au bout. Georges, laissant pour plusieurs mois son épouse, Aurore, et leur bébé, Louise, part au Liban.

Tué à l'ennemi, la dernière guerre de Charles Péguy, Michel Laval

Ecrit par Didier Bazy , le Samedi, 24 Août 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Biographie, Récits, Calmann-Lévy

Tué à l’ennemi, La dernière guerre de Charles Péguy, janvier 2013, 430 pages, 22 € . Ecrivain(s): Michel Laval Edition: Calmann-Lévy

Homme inalphabet

Toi qui ne sais

Ni lire ni écrire

Ni le A ni le B

Homme de l’immense

Masse tu le sais

L’internité te pense

Et te pousse à la paix

Homme bien ordinaire

Tu pars vers la guerre

Le cou dans la boue

Tu tombes et meurs debout

Kinderzimmer, Valentine Goby

Ecrit par Stéphane Bret , le Vendredi, 23 Août 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Actes Sud, La rentrée littéraire

Kinderzimmer, 21 août 2013, 218 pages, 20 € . Ecrivain(s): Valentine Goby Edition: Actes Sud

 

Comment écrire sur la déportation, cet épisode tragique de l’histoire de la seconde guerre mondiale, sujet de maints ouvrages d’historiens et d’anciens déportés regroupés sous le nom de littérature concentrationnaire ? En dévoilant, par la fiction romanesque, un aspect peu connu de la vie des camps : la naissance de bébés dans les camps de concentration nazis.

En 1944, Ravensbrück est majoritairement un camp de femmes ; il compte plus de quarante mille détenues. Mila, femme travaillant dans une librairie d’édition musicale, est détenue à Ravensbrück, elle a été dénoncée par un mouchard et déportée.

La première partie du roman décrit, avec une précision digne d’une historienne, la vie dans le camp, la cruauté des Schwester, des Aufseherin (gardiennes et surveillantes) vis-à-vis des déportées. Valentine Goby décrit le supplice lors de l’Appel, qui peut durer plusieurs heures sous un froid insupportable, dans des tenues les plus légères : « C’est le moment où tes pupilles roulent comme des yeux de mouches. Voir. Mesurer l’espace. Bouger les pupilles d’un coin à l’autre de l’œil et de haut en bas sans remuer la tête, sans rien activer du reste du corps qui doit être immobile, ont dit les Françaises : faire la stèle ».