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Recensions

Mots décroisés, Patrick Devaux (par Patryck Froissart)

Ecrit par Patryck Froissart , le Mercredi, 15 Mai 2024. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Poésie, Editions du Cygne

Mots décroisés, Patrick Devaux, Editions du Cygne, octobre 2023, 45 pages, 10 € Edition: Editions du Cygne

 

Préfacé par la poétesse Parme Ceriset, ce nouveau recueil de Patrick Devaux, faisant référence inversée aux grilles des cruciverbistes, est un montage délicat de « poèmes verticaux » dont quasiment tous les « vers » sont constitués systématiquement d’un mot unique ou, plus rarement, de deux.

Personnages : une femme, simplement désignée par un pronom, « elle », en train de croiser et décroiser les mots « comme on croise et décroise les jambes », et le poète narrateur qui la tient dans l’empan de son regard attentif, qui imagine, traduit et exprime ce qu’elle fait, ce qu’elle pense, ce qui l’occupe et la préoccupe, le poète voyeur à qui, incidemment, elle demande de « l’aider à trouver », ce qui pose ces questions immédiates :

que cherche-t-elle ?

quel sens veut-elle donner à quoi ?

Sans Manu, François Mary (par Luc-André Sagne)

Ecrit par Luc-André Sagne , le Mardi, 14 Mai 2024. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman

Sans Manu, François Mary, ErosOnyx éditions, Coll. Eoliens, 2023, 106 pages, 14,50 €

 

Une voix, ici, s’élève, qui nous parle et qu’on entend avant de la lire. Une voix douce, calme, posée, presque lente, pour décrire avec d’autant plus de force un malheur. Elle dit l’épreuve simplement, sans effet, avec une grande sensibilité. Mais devant la brutalité de son irruption, la violence de l’arrachement, les mots viennent à manquer. Car ce dont il s’agit n’est autre qu’une histoire d’amour brisée, l’histoire d’amour exigeante, sauvage, non conventionnelle entre deux hommes dont l’un n’a pas trente ans et l’autre soixante-dix. Et qui s’est fracassée sur la mort soudaine du plus jeune.

La voix est donc celle du plus âgé, de celui qui survit. Elle va raconter cette douleur, cette perte. A travers tous les détails significatifs de la vie quotidienne, tous les moments importants de ce couple atypique, découpés en de très brefs chapitres, au nombre de soixante-quatre exactement, qui sont comme autant de vignettes sauvegardées de l’oubli, elle va, à travers ces évocations parfois déchirantes, explorer ce manque. Elle va parler de Manu.

Insomnies intimes, De l’ombre à la lumière, Valérie Fauchet (par Marjorie Rafécas Poeydomenge)

Ecrit par Marjorie Rafécas-Poeydomenge , le Jeudi, 02 Mai 2024. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres

Insomnies intimes, De l’ombre à la lumière, Valérie Fauchet, KDP Amazon, février 2024, 222 pages, 18 €

Les insomnies sont-elles des invitées inattendues, redoutables, comme des mantes religieuses nocturnes prêtes à nous piquer dans le vif de nos blessures ? Ou au contraire, des intimités enfin retrouvées, comme la « Flamme d’une chandelle » (1), pour réveiller le clair-obscur de notre chambre. Après Une voyante passe aux aveux et La vie est une affaire personnelle (trilogie romanesque, Editions Ipanema), Valérie Fauchet nous invite dans ce nouveau livre à apprivoiser nos insomnies de façon créative et poétique, et envisager nos lieux, nos objets autrement, pour mieux nous comprendre et nous surprendre. L’auteure nous livre sans tabou des bouts de sa vie intime romancés, avec poésie et authenticité, en résonnance avec des lieux qui l’ont marquée. Toutes sortes de lieux : des terrasses de café, des chambres d’hôtel, la plage, « des maisons prisons », « des maisons tristesse », « des maisons closes », « des maisons pop », « des maisons sans enfants », « des maisons hantées », « des maisons souvenirs », « des maisons château en Espagne », « des maisons comme des moulins, des maisons vides, des maisons où il ne se passe jamais rien, des maisons sans amour, des maisons en plein carrefour, des maisons qu’on ne voit pas, des maisons qu’on n’aime pas, et des maisons du bonheur ».

Aujourd’hui, Amos, Anne Cortey, Janik Coat (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mardi, 30 Avril 2024. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Grasset, Jeunesse

Aujourd’hui, Amos, Anne Cortey, Janik Coat, Grasset-Jeunesse, 2016, 40 pages, 13 € Edition: Grasset

 

Instants de vie, instants de poésie

Ce livre délicieux donne l’illusion d’un carré, de par ses dimensions (16,7x17,6 cm), et comme il est indiqué, est « fait avec amour en pays de poésie ». Anne Cortey (née en 1966 à Avignon, ayant étudié l’histoire de l’art), et Janik Coat (née en 1972 à Rennes, diplômée de graphisme des Beaux-arts de Nantes), ont conçu à elles deux ce charmant album jeunesse très onirique.

Il s’agit ici du récit d’une journée d’Amos, un jeune garçon hybride bleu et rouge, à la fois koala et lapin, aux belles oreilles rouges, doté de grands yeux jaunes et d’une drôle de petite truffe noire toute ronde. Ce dernier est sage, rêveur et appliqué. Par ailleurs, il adore la campagne, l’odeur de la terre et des trésors qu’elle renferme et fait pousser… Doué d’inspiration, Amos écrit des poèmes !

Jonas, Le requin mécanique, Bertrand Santini, Paul Mager (par Yasmina Mahdi)

Ecrit par Yasmina Mahdi , le Mercredi, 24 Avril 2024. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Grasset, Jeunesse

Jonas, Le requin mécanique, Bertrand Santini, Paul Mager, Grasset Jeunesse 2023, 15,90 € Edition: Grasset

 

Les automates en danger

Bertrand Santini (né en 1968, auteur reconnu pour la jeunesse, notamment pour Yark) signe ici un roman illustré qui a obtenu les Prix Libbylit et Millepages Jeunesse – une parodie des Dents de la mer. À MonsterLand, aux États-Unis, tout est artificiel : décors de plastique, spectacles faussement effrayants et interprètes en ferraille. Le parc d’attraction dépérit un peu dans une atmosphère de fête foraine bon marché. Là, « le vent dispersait des odeurs tièdes de barbe à papa et de pralines grillées. Les lumières du parc s’éteignaient une à une, métamorphosant les manèges en sortes d’immenses squelettes figés dans la nuit ». Les copies de vedettes du cinéma fantastique qui furent jadis célèbres peuplent cette réplique de Disneyland désenchanté, mais n’intéressent plus un public blasé et avide de violence plus crue. Fin d’un rêve américain et constat de notre monde actuel et de sa brutalité. Pourtant, entre les dinosaures et les anciens monstres de films de genre recyclés, l’amitié est bien réelle – une valeur.