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Recensions

Superman est arabe, Joumana Haddad

Ecrit par Cathy Garcia , le Samedi, 13 Avril 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Moyen Orient, Sindbad, Actes Sud

Superman est arabe, traduit de l’anglais par Anne-Laure Tissut, février 2013, 232 pages, 20 € . Ecrivain(s): Joumana Haddad Edition: Sindbad, Actes Sud

 

Joumana Haddad, dans la continuité de J’ai tué Shérazade, nous donne à lire un pamphlet aussi réfléchi que passionné, bouillonnant, à la fois très personnel dans la forme : truffé de citations qui soulignent les propos, elle alterne faits, pensées, coups de gueule, récit, poésie, témoignages – et d’une nécessité universelle vitale dans le fond.

Ce livre sous-titré « De Dieu, du mariage, des machos et autres désastreuses inventions » est une attaque en règle contre le système patriarcal qui sévit dans le monde arabe mais pas seulement, loin de là. Un système qui s’enracine ici dans les trois religions monothéistes, avec tout ce qui en dérive : machisme, discrimination, violence, assassinat, privation de liberté et qui, si les femmes en sont les victimes directes, n’épargne pas non plus les hommes, qui se doivent d’adopter certains comportements, qui ne font que camoufler en vérité un profond malaise, des peurs et un sentiment d’insécurité non affrontés de face et qui surtout les empêchent d’accéder à la totalité de leur être et donc à leur propre liberté.

Féminismes, ailleurs, Collectif

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Vendredi, 12 Avril 2013. , dans Recensions, Les Livres, Essais, La Une Livres, Editions Indigène

Féminismes, ailleurs, Collectif (Claire Auzias, Lina Ben Mhenni, Marcia Langton, Malika Mokeddem, Michèle Therrien), 40 pages, v. papier, 2,94 € Edition: Editions Indigène

 

 

Indigène éditions a lancé une nouvelle collection dédiée aux voix féminines : Femmes, où en êtes-vous ?

On y trouve, en plus d’autres titres, Féminismes, ailleurs. Commençant par une introduction de Sylvie Crossman, ce petit essai collectif comprend cinq petits textes écrits par cinq femmes, sur les femmes.

Cinq femmes caractérisées par une pensée savante, libre, mais jamais séparées de la complexité, de l’implacabilité du réel. Solidaires de leur peuple ou de leurs sœurs, mais sans concession envers les dérives de leur tradition, et toujours reliées à l’espérance (p.5).

Chacune d’elles parle des femmes dans une aire culturelle et géographique précise, d’où l’exigence de mettre le mot Féminisme au pluriel.

Les eaux tumultueuses, Aharon Appelfeld

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 11 Avril 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, L'Olivier (Seuil), Israël

Les eaux tumultueuses. Traduit de l'hébreu Valérie Zenatti Mars 2013. 188 p. 19 € . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: L'Olivier (Seuil)

 

 

Appelfeld – dans ce roman écrit il y a 25 ans et fort heureusement traduit aujourd’hui enfin par l’excellent et fidèle Valérie Zenatti – nous propose le tableau fascinant d’un monde qui ne l’est pas moins. Fascination qu’exerce la désagrégation, la fin car nous sommes conviés, dans une étrange pension de vacances pour juifs aisés, à assister à une séquence troublante de la fin d’un monde.

Rita arrive, comme chaque année, à la pension Zaltzer pour ses vacances traditionnelles, partagées entre les jeux d’argent, l’alcool et d’éventuelles rencontres érotiques. Elle est la première à arriver, rejointe par bientôt par trois ou quatre autres habitués. Et ils attendent les autres. Bien lents à arriver. Viendront-ils ? Ne viendront-ils pas ? Appelfeld va utiliser cette attente comme une scansion à suspense. Le petit groupe va même, pendant tout le début du séjour, aller régulièrement à la gare, attendre les « arrivants ». Qui n’arrivent pas.

Ivresse/Play loud, Falk Richter

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 11 Avril 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Théâtre, L'Arche éditeur

Ivresse/ Play loud, traduit de l’allemand par Anne Monfort, Collection Scène ouverte, 2013, 156 pages, 13,50 € . Ecrivain(s): Falk Richter Edition: L'Arche éditeur

 

 

Ivresse ou « partir par l’écriture dans un autre monde »

 

Falk Richter, avec ses deux dernières pièces, Ivresse et Play loud, qui constitue le nouveau volume de son œuvre chez l’Arche Editeur, s’interroge avec un humour désespéré sur notre intimité sapée par le politique, l’économique mondialisé. Falk Richter a d’ailleurs une profonde admiration pour Büchner, pour son théâtre justement politique, révolutionnaire et intime. Ainsi La force vampirique des réseaux, les vies « coachées » sont-elles des codes sociaux intégrés par les individus.

 

« L’extérieur est aussi là à l’intérieur » (p.14)

Sayonara Gangsters, Genichiro Takahashi

Ecrit par Ivanne Rialland , le Mardi, 09 Avril 2013. , dans Recensions, Les Livres, La Une Livres, Roman, Japon

Sayonara Gangsters, Books éditions, 20 mars 2013, traduit de l’anglais Jean-François Chaix, d’après la traduction du japonais de Michael Emmerich, 223 p., 18 € . Ecrivain(s): Genichiro Takahashi

 

 

Vieille dame, quintuplés, habitant de Jupiter, « chose incompréhensible », et même Virgile transformé en frigo, tout le monde défile dans la classe de poésie du narrateur, dans un monde où les gangsters font la loi, où l’on apprend sa mort par un faire-part envoyé par la mairie et où les rivières peuvent couler au 6ème étage des immeubles.

On pourrait placer ce roman sous l’égide des Métamorphoses d’Ovide, un Ovide en exil, aussi saoul qu’il l’est dans le roman, où il fait une apparition dans le récit du réfrigérateur Virgile. La fantaisie débridée du roman invite à l’énumération d’éléments incongrus plutôt qu’au résumé, mais il y a bien là cependant une histoire, discrète, celle des amours de Sayonara Gangsters, le narrateur, qui encadrent de leur tendresse et de leur mélancolie le défilé cocasse des aspirants poètes.