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Actes Noirs (Actes Sud)

Collection polars d'Actes Sud


Les mâchoires du serpent, Hervé Claude

Ecrit par Gilles Brancati , le Mercredi, 23 Janvier 2013. , dans Actes Noirs (Actes Sud), Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Roman

Les mâchoires du serpent, novembre 2012, 336 pages, 21 € . Ecrivain(s): Hervé Claude Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

 

Ashe, un rentier français donne un coup de main au « police officer » qui le missionne pour des investigations qu’il ne pourrait pas faire lui-même compte tenu de sa notoriété. L’anonymat de Ashe est une discrétion utile. Il devient son bras, son homme de confiance. C’est lui qui le pilote, mais Ashe prend aussi des initiatives. On retrouve un premier corps mutilé, émasculé, découpé. Les soupçons se portent tout d’abord sur une « sale bête », en principe disparue depuis longtemps, la seule qui serait capable de déchiqueter ainsi le corps d’un homme. L’animal mythique, celui qu’on croyait disparu et qui réapparaît parce qu’enfoui dans un inconscient collectif, Ashe n’y croit guère. À moins qu’il s’agisse d’anciens rituels aborigènes. On ne sait pas, personne ne sait tellement ce meurtre, puis les suivants sont monstrueux. Pourquoi cette sauvagerie ? Par sadisme, pour brouiller les pistes ?

Autant le dire tout de suite, l’enquête policière est un prétexte à une évocation de l’Australie d’aujourd’hui et de la part d’histoire qu’elle n’a pas résolue, celle d’une conquête et de l’échec de l’assimilation de la population aborigène menée à marche forcée. Jusqu’au dénouement nous rencontrons l’immensité d’un territoire qui autorise bien des excès, des exploitants miniers enrichis sans vergogne, les villes qui concentrent la population et où, comme partout, circulent l’alcool et la drogue. Le tout sur fond d’une homosexualité proposée ici sans tabou.

Le voleur de cadavres, Patricia Melo

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 29 Novembre 2012. , dans Actes Noirs (Actes Sud), Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Amérique Latine, Roman

Le Voleur de Cadavres. Trad. Du portugais (Brésil) par Sébastien Roy. 218 p. 19,80 € . Ecrivain(s): Patricia Melo Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

 

Livre étrange et fort, bousculant tous les archétypes du roman noir, le voleur de cadavres interroge sur la frontière ténue qui sépare le bien et le mal chez des personnages pourtant bien « gentils », presque touchants d’humanité.

Première surprise, le cadre de l’histoire. Loin des villes grondantes, du bitume mouillé, des néons blafards et des truands. Le narrateur/héros de l’histoire a quitté la ville qu’il ne supportait plus, Sao Paulo, pour se reposer dans une sorte de paradis terrestre, le Pantanal, dans le Mato Grosso à l’ouest de Brésil. Paradis écologique qui constitue l’écosystème le plus dense de la planète, avec un réseau extraordinaire de cours d’eau et de lacs, des forêts somptueuses et une faune d’une richesse exceptionnelle.

Notre homme va à la pêche sur le fleuve Paraguay. Il fait un temps splendide. Tout est paisible. Soudain un petit avion se fait entendre, tombe dans le fleuve nez en avant, et se plante dans l’eau devant notre pêcheur ébahi.

La Sirène, Camilla Läckberg

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 02 Août 2012. , dans Actes Noirs (Actes Sud), Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Pays nordiques

La sirène, Trad. Suédois Lena Grumbach, Juin 2012. 411 p. 23,50 € . Ecrivain(s): Camilla Läckberg Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

Faut-il ranger les livres de Camilla Läckberg au rayon littérature ? Peut-être pas, si l’on s’en tient aux qualités d’écriture ou à l’entreprise créative. Mais sans aucun doute si on entend que la littérature romanesque est aussi une machine narrative.

Parce que dans ce domaine, ce livre est redoutable d’efficacité ! Quand vous entrez dans l’engrenage de la terrible histoire qu’il raconte, vous n’en sortez en aucun cas avant le dernier mot, avant le craquement de la dernière dent du mécanisme implacable construit par notre suédoise. Toute la structure narrative est au millimètre, menant une histoire unique scandée par des chapitres mettant en scène – et en voix – les protagonistes de ce thriller haletant.

Qu’apporterait, par exemple, une citation extraite du livre ? Rien, car rien ne dépasse, rien n’emporte l’enthousiasme, rien ne soulève l’adhésion  littéraire. Mais tout est impeccablement à sa place ! Et on n’en perd pas une goutte de ce conte noir qui perd les êtres qui le vivent comme une tragédie antique.

Bon. Un extrait quand même. Pour faire le contraire de ce qui est annoncé. Pour exemple aussi de la sobriété efficace de la « machine » (ce passage rappelle irrésistiblement les nouvelles noires de Robert Bloch).

De bons voisins, Ryan David Jahn

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 09 Février 2012. , dans Actes Noirs (Actes Sud), Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, USA, Roman

De bons voisins (acts of violence), Actes Sud Actes noirs. Décembre 2011. Trad. de l’anglais (USA) par Simon Baril. 270 p. 21 € . Ecrivain(s): Ryan David Jahn Edition: Actes Noirs (Actes Sud)


Tiré d’un fait divers réel, ce roman est conçu comme une pièce de théâtre noire. « De bons voisins » se déroule autour d’une scène centrale : le meurtre, effroyablement violent, de Kat dans la cour de son immeuble. Autour, comme le choeur des tragédies antiques, les « voisins » qui regardent depuis les appartements, immobiles dans leur propre misère, leur peur, leur lâcheté, la perte de toute humanité. Aucun ne bouge.

La plume de Ryan David Jahn, dépouillée, sans effets de style ce qui rend encore plus insoutenable la réalité rapportée, se déplace alors comme une caméra dans un long travelling tournant autour de la cour centrale. Le décor fait irrésistiblement penser au célébrissime « Fenêtre sur cour » d’Alfred Hitchcock. De chapitre en chapitre, le lecteur se déplace d’appartement en appartement, découvrant peu à peu les abîmes existentiels des habitants, torturés par la pauvreté, la dépression, la solitude, la vieillesse.

L'Enfant allemand, Camilla Läckberg (Myriam Bendhif-Syllas)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 28 Mai 2011. , dans Actes Noirs (Actes Sud), Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Pays nordiques

L’Enfant allemand, traduit du suédois par Lena Grumbach, 2011, 456 p., 23€ . Ecrivain(s): Camilla Läckberg Edition: Actes Noirs (Actes Sud)


Une nouvelle figure est en passe de détrôner les Miss Marple et autres Kay Scarpetta de la littérature policière. La Suède a désormais son détective en jupons, une héroïne dont le succès a largement dépassé ses frontières. Il s’agit de l’écrivain Erica Falck qui enquête sur des faits criminels et les met en récit.
Qui est cette détective venue du froid ? En réalité, le lecteur serait bien embarrassé pour définir ses particularités, ses manies ou son apparence. Et c’est bien là que réside l’une des réussites de cette série : Erica Falck est une jeune femme bien de son temps aux prises avec des préoccupations de jeune mère, entre garde des enfants et partage des tâches domestiques, préoccupations dans lesquelles bien des lectrices se reconnaîtront. Elle est entourée par une famille chaleureuse dont on suit les joies et les déboires en parallèle à son enquête. Elle est épaulée par un compagnon policier, détail avantageux qui permet de croiser les informations récoltées et de dépeindre les savoureuses figures d’un commissariat mis en émoi par chaque nouvelle affaire. Läckberg apporte à chacun de ses personnages une attention égale, les faisant évoluer d’un volume à l’autre, les dépeignant avec des détails qui sonnent justes, pleins d’humour et qui manquent à bien des récits policiers.