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Pays nordiques

Quand les colombes disparurent, Sofi Oksanen

Ecrit par Victoire NGuyen , le Lundi, 01 Juillet 2013. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Stock

Quand les colombes disparurent, traduit du finnois par Sébastien Cagnoli, Stock, La cosmopolite, mai 2013, 400 pages, 21,50 € . Ecrivain(s): Sofi Oksanen Edition: Stock

 

La roue Estonienne

 

La formulation choisie par Alexandre Soljénitsyne, La Roue Rouge, pour évoquer son œuvre fleuve de 7 tomes concernant l’histoire de la Russie puis de l’URSS, s’adapte parfaitement à ce troisième roman de Sofi Oksanen. Premièrement parce qu’elle a consacré une conférence avec d’autres collègues écrivains et universitaires sur l’œuvre de l’écrivain russe disparu il y a quelques années. Deuxièmement parce que son roman au titre évocateur, Quand les colombes disparurent, relate l’Histoire de l’Estonie et ses rapports conflictuels avec l’Allemagne Nazie puis l’Union Soviétique pendant la Guerre Froide. L’Estonie est prise en étau entre deux idéologies. Bien qu’englobée dans l’Union Soviétique après la Seconde Guerre Mondiale, elle n’a jamais cessé d’entretenir des relations « coupables avec la Finlande et les deux autres voisins du Nord… ».

Le sang des fleurs, Johanna Sinisalo

Ecrit par Martine L. Petauton , le Mardi, 25 Juin 2013. , dans Pays nordiques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Le sang des fleurs, traduit du finnois par Anne Colin Du Terrail, mai 2013, 285 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Johanna Sinisalo Edition: Actes Sud

 

 

Jamais avant le coucher du soleil et le magique Oiseau de malheur, qu’on avait adorés, font qu’on sait dans quel rayon on va se trouver, avec Sinisalo – une des plus belles plumes du Nord. On s’y précipite, comme un enfant dans le magasin de jouets : on piaffe un peu ; on veut « le même » en tout neuf, avec quelques fonctions en plus. Du fantastique, du rêve – dangereusement pastel, un réel qui fait peur : l’avenir écologique du monde… Un roman de Sinisalo, c’est toutes ces saveurs, à lire au coin du feu, ou en parcourant de grandes landes désertes. C’est souvent, ne pas lâcher le livre, tant l’émotion est prenante, l’atmosphère unique. Bref, la lire, la grande dame Finlandaise, c’est un sacré menu.

Alors, d’où vient que son Sang des fleurs donne par moments l’impression de marcher à côté ? Peut-être par son sujet trop ciblé, trop connu, trop – hélas – réel : le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles, appelé par les Américains, terriblement touchés depuis quelques décennies, le CCD (colony colapse disorder).

De tes yeux, tu me vis, Sjon

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 10 Juin 2013. , dans Pays nordiques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Rivages poche

De tes yeux, tu me vis, traduit de l’islandais par Eric Boury, 2013, 320 pages, 9,15 € . Ecrivain(s): Sjon Edition: Rivages poche

 

Un rêve ? Un fil de lecture ? Une vue onirique de la guerre depuis un lieu préservé ? Aucun des personnages de cette « histoire d’amour » ne semble avoir d’épaisseur, prisonnier qu’il est des matriochkas d’une pensée poétique, kaléidoscope déformant et reformant sens et paysages mentaux : « Et quand il ne leur resta plus qu’à border la jeune fille dans le livre, à la napper de lait et de pain, à poser le matelas sur le secrétaire afin qu’elle puisse lire tandis qu’elle mangerait quelques allumettes et qu’elle se désaltérerait avec un peu de cire chaude, ils avaient eu tout le loisir d’examiner le malheureux qui dormait comme un ange malgré tout ce vacarme » (p.125-126).

Vies dans un rêve, rêve de vies éparses, souvenirs empruntés… L’étrangeté fantastique du monde de Kafka y côtoie la spiritualité hébraïque « Quand je n’étais qu’une matière informe,

tes yeux me voyaient » (Psaumes, 139,16).

Nombreux sont les clins d’œil cinématographiques :

Le dîner, Herman Koch

Ecrit par Olivier Bleuez , le Samedi, 08 Juin 2013. , dans Pays nordiques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, 10/18

Le dîner, traduction (Néerlandais) Isabelle Rosselin, janvier 2013, 356 pages, 8,10 € . Ecrivain(s): Herman Koch Edition: 10/18

 

Paul est le narrateur. Paul est marié à Claire. Ils ont un fils d’une quinzaine d’années : Michel. Serge Lohman est le frère de Paul, c’est un homme politique en pleine ascension qui a de grandes chances d’être le futur premier ministre des Pays-Bas. Il est marié à Babette et ils ont trois enfants dont Rick et Beau qui ont à peu près l’âge de Michel. Serge est très populaire et cela agace profondément son frère.

Ces deux couples vont se retrouver dans un restaurant pour un repas décisif. Le livre est rythmé par ce dîner et chaque partie porte le titre d’une des fractions de la soirée : entrée, plat, etc. Dès le début, au bout de quelques pages, nous savons que Paul, en consultant le téléphone cellulaire de son fils, est tombé sur une vidéo très problématique.

« J’ai trouvé ce que je cherchais plus vite que je ne le pensais. J’ai regardé et senti ma tête se refroidir lentement ».

Etranges Rivages, Arnaldur Indridason

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 22 Mai 2013. , dans Pays nordiques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Métailié

Etranges rivages. Traduit de l’islandais par Eric Boury. Février 2013. 300 p. 19,50 € . Ecrivain(s): Arnaldur Indridason Edition: Métailié

S’il est encore des réticents qui considèrent le roman noir comme un genre « mineur » de la littérature, alors qu’ils viennent, avec leurs préjugés en bandoulière, lire le dernier opus en date d’Arnaldur Indridason. Ils y découvriront une œuvre magistrale qui compte de manière majeure dans le paysage littéraire d’aujourd’hui.

Ceux qui suivent les œuvres du maître nordique, se rappellent que son dernier livre nous avait privé de notre enquêteur favori, Erlendur. On y avait vaguement et mystérieusement appris qu’il était en « vacances » quelque part vers les fjords de l’Est. Et c’est là que ce livre nous permet de le rejoindre. Erlendur n’est pas en voyage organisé, c’est le moins qu’on puisse dire ! Il est seul, logeant dans une ferme abandonnée battue par les vents glacés, sans mobilier, dormant à même le sol dans un sac de couchage. Jugez donc du confort du séjour d’Erlendur :

 

« Il s’était mis à pleuvoir, le vent qui s’était levé hululait sur les murs nus qui offraient toutefois un abri suffisant contre ce frimas tout en grisaille. La petite lampe à gaz qu’il avait apportée lui procurait un peu de chaleur, il l’avait réglée au niveau le plus bas, de manière à ce qu’elle dure le plus longtemps possible. Elle projetait autour de lui une clarté blafarde, crépusculaire, et tout autour il faisait aussi noir que dans un cercueil. »