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Pays nordiques

Les vaches de Staline, Sofi Oksanen

Ecrit par Paul Martell , le Jeudi, 15 Septembre 2011. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Stock, La rentrée littéraire

Les Vaches de Staline, Stock La Cosmopolite, 524 pages, 22,50 € . Ecrivain(s): Sofi Oksanen Edition: Stock

Après l’énorme succès obtenu par Purge l’an dernier, les éditions Stock publient l’un des précédents livres de Sofi Oksanen, paru initialement en 2003, Les Vaches de Staline.

Les vaches de Staline, c’est ainsi que les Estoniens déportés en Sibérie désignèrent les maigres chèvres qu’ils trouvèrent là-bas pour se moquer de la propagande soviétique qui assurait que le régime produisait des vaches exceptionnelles.

« La vache de Staline, c’est une chèvre ». Une chèvre toute maigre, comme Anna, une brindille de quarante kilos qui souffre de troubles alimentaires. Anna ne sait pas manger. Elle est boulimarexique, c’est-à-dire qu’elle est à la fois boulimique et anorexique.

Pour soulager son ventre « interminablement avide de sucreries », elle ingurgite des quantités astronomiques de nourriture, de quoi nourrir un régiment pendant plusieurs jours.


« Je me suis mise à mesurer le temps en kilocalories », dit-elle.


Voyage au bout de la névrose : Une nuit à Reykjavik de Brina Svit

Ecrit par Elena-Brandusa Steiciuc , le Mardi, 06 Septembre 2011. , dans Pays nordiques, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard, La rentrée littéraire

Une nuit à Reykjavík de Brina Svit (Ed. Gallimard, 2011, 167 p.)

Une femme en crise attend un homme qu’elle paie pour passer une nuit ensemble, une seule nuit, sur une île en crise. En Islande, à Reykjavík, où la nuit commence l’après-midi et ne se termine que le lendemain à 11 heures, Lisbeth Sorel donne rendez-vous à Eduardo Ros. C’est un Argentin rencontré par hasard dans une milonga de Buenos Aires, où cet homme, plus jeune qu’elle, gagne sa vie comme partenaire de tango pour les dames riches.

On pourrait s’attendre à un roman où les scènes érotiques se succèdent dans un rythme affolant, à une rencontre pleine de passion entre le jeune macho sud-américain et la Française encore belle et désirable, qui sait – quand elle le veut – mettre en valeur ses charmes.

Or, il n’en est rien de tout cela dans ce roman dont le syntagme du titre n’est qu’un prétexte pour donner à l’héroïne l’occasion de revisiter un passé douloureux, marqué par la mort récente de sa sœur cadette, Lucie, photographe d’art, dont elle partage non seulement les initiales, mais aussi – à un moment de leur existence – l’homme aimé.

Entre ciel et terre, Jon Kalman Stefansson

Ecrit par Yann Suty , le Mercredi, 10 Août 2011. , dans Pays nordiques, Les Livres, Recensions, Roman, Gallimard

Entre ciel et terre. 2010. 21 € . Ecrivain(s): Jon Kalman Stefansson Edition: Gallimard

Ne vous fiez pas à son titre un peu bateau : Entre ciel et terre est une merveille.

L’une des toutes premières phrases du livre donne le ton : « C’était en ces années où, probablement, nous étions encore vivants ». Vivants mais en même temps morts, comme Stefánsson l’écrit un peu plus loin : « Nous errons ici, morts, mais pourtant vivants ».

Entre ciel et terre se déroule en Islande, à une époque où on peut écouter Dickens donner des lectures de ses œuvres et où Emile Zola fait l’actualité pour la sortie d’un nouveau roman. L’Islande se trouve alors « à l’extrême limite du monde », si loin à l’écart « que bien des gens ignorent [son] existence ». « Il n’y a aucune ville, pas de chemin de fer, aucun palais » et « rien à voir que des montagnes, des chutes d’eau, des étendues de terre accidentées ». La vie y est rude, d’autant plus qu’il faut faire avec « le voisinage constant de la mort ».

Mais c’est aussi un pays qui devient magnifique sous la plume poétique (image quelque peu galvaudée, mais ô combien vraie !) de Stefánsson. Un pays dans lequel « les montagnes sombrent dans l’eau », où « la mer est bleu de froid », et « respire lourdement ». Un pays où la mer « rêve que le clair de lune est la somme de ses rêves ». C’est aussi un pays qui a « cette lumière capable de te transpercer et de te changer en poète ».

Les plumes du dinosaure, Sissel-Jo Gazan

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 09 Juillet 2011. , dans Pays nordiques, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Le Serpent à plumes

Les Plumes du dinosaure, traduit du danois par Max Stadler et Magali Girault, 2011, 526 p. 26 €. . Ecrivain(s): Sissel-Jo Gazan Edition: Le Serpent à plumes


Les amateurs de polars vont devoir s’intéresser aux dinosaures cet été. De quelle nouvelle lubie s’agit-il ? Ni plus ni moins de vous faire découvrir un excellent roman venu du froid où se mêlent trames scientifiques et meurtres à l’Université. Mais comble du comble, il vous sera demandé d’envisager l’idée que les oiseaux sont les descendants directs de ces mêmes dinosaures.

C’est en effet la querelle qui oppose les scientifiques sur le lien exact qui unit les oiseaux et les dinosaures à plumes dont les fossiles font l’objet de nombreuses découvertes récentes, qui constitue le cœur de l’intrigue. Anna Bella, jeune chercheuse sous la direction du professeur Lars Helland, cherche à contrer le chercheur canadien Clive Freeman farouchement opposé au rapprochement entre les espèces à plumes. Lorsque Helland est retrouvé mort, le corps rempli de milliers d’œufs de cestode ou ténia du proc, la panique s’installe. Anna Bella devra jongler entre révélations familiales, vie de famille, fin de son mémoire et interrogatoires serrés menés par le commissaire Søren Marhauge. Lorsqu’un inconnu assiège son domicile et répond sur le portable de son ami Johannes assassiné à son tour, elle se met à mener l’enquête.

L'Enfant allemand, Camilla Läckberg

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 28 Mai 2011. , dans Pays nordiques, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Actes Noirs (Actes Sud)

L’Enfant allemand, traduit du suédois par Lena Grumbach, 2011, 456 p., 23€ . Ecrivain(s): Camilla Läckberg Edition: Actes Noirs (Actes Sud)


Une nouvelle figure est en passe de détrôner les Miss Marple et autres Kay Scarpetta de la littérature policière. La Suède a désormais son détective en jupons, une héroïne dont le succès a largement dépassé ses frontières. Il s’agit de l’écrivain Erica Falck qui enquête sur des faits criminels et les met en récit.
Qui est cette détective venue du froid ? En réalité, le lecteur serait bien embarrassé pour définir ses particularités, ses manies ou son apparence. Et c’est bien là que réside l’une des réussites de cette série : Erica Falck est une jeune femme bien de son temps aux prises avec des préoccupations de jeune mère, entre garde des enfants et partage des tâches domestiques, préoccupations dans lesquelles bien des lectrices se reconnaîtront. Elle est entourée par une famille chaleureuse dont on suit les joies et les déboires en parallèle à son enquête. Elle est épaulée par un compagnon policier, détail avantageux qui permet de croiser les informations récoltées et de dépeindre les savoureuses figures d’un commissariat mis en émoi par chaque nouvelle affaire. Läckberg apporte à chacun de ses personnages une attention égale, les faisant évoluer d’un volume à l’autre, les dépeignant avec des détails qui sonnent justes, pleins d’humour et qui manquent à bien des récits policiers.