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Pays nordiques

Le dîner, Herman Koch

Ecrit par Olivier Bleuez , le Samedi, 08 Juin 2013. , dans Pays nordiques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, 10/18

Le dîner, traduction (Néerlandais) Isabelle Rosselin, janvier 2013, 356 pages, 8,10 € . Ecrivain(s): Herman Koch Edition: 10/18

 

Paul est le narrateur. Paul est marié à Claire. Ils ont un fils d’une quinzaine d’années : Michel. Serge Lohman est le frère de Paul, c’est un homme politique en pleine ascension qui a de grandes chances d’être le futur premier ministre des Pays-Bas. Il est marié à Babette et ils ont trois enfants dont Rick et Beau qui ont à peu près l’âge de Michel. Serge est très populaire et cela agace profondément son frère.

Ces deux couples vont se retrouver dans un restaurant pour un repas décisif. Le livre est rythmé par ce dîner et chaque partie porte le titre d’une des fractions de la soirée : entrée, plat, etc. Dès le début, au bout de quelques pages, nous savons que Paul, en consultant le téléphone cellulaire de son fils, est tombé sur une vidéo très problématique.

« J’ai trouvé ce que je cherchais plus vite que je ne le pensais. J’ai regardé et senti ma tête se refroidir lentement ».

Etranges Rivages, Arnaldur Indridason

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Mercredi, 22 Mai 2013. , dans Pays nordiques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Métailié

Etranges rivages. Traduit de l’islandais par Eric Boury. Février 2013. 300 p. 19,50 € . Ecrivain(s): Arnaldur Indridason Edition: Métailié

S’il est encore des réticents qui considèrent le roman noir comme un genre « mineur » de la littérature, alors qu’ils viennent, avec leurs préjugés en bandoulière, lire le dernier opus en date d’Arnaldur Indridason. Ils y découvriront une œuvre magistrale qui compte de manière majeure dans le paysage littéraire d’aujourd’hui.

Ceux qui suivent les œuvres du maître nordique, se rappellent que son dernier livre nous avait privé de notre enquêteur favori, Erlendur. On y avait vaguement et mystérieusement appris qu’il était en « vacances » quelque part vers les fjords de l’Est. Et c’est là que ce livre nous permet de le rejoindre. Erlendur n’est pas en voyage organisé, c’est le moins qu’on puisse dire ! Il est seul, logeant dans une ferme abandonnée battue par les vents glacés, sans mobilier, dormant à même le sol dans un sac de couchage. Jugez donc du confort du séjour d’Erlendur :

 

« Il s’était mis à pleuvoir, le vent qui s’était levé hululait sur les murs nus qui offraient toutefois un abri suffisant contre ce frimas tout en grisaille. La petite lampe à gaz qu’il avait apportée lui procurait un peu de chaleur, il l’avait réglée au niveau le plus bas, de manière à ce qu’elle dure le plus longtemps possible. Elle projetait autour de lui une clarté blafarde, crépusculaire, et tout autour il faisait aussi noir que dans un cercueil. »

Fantôme, Jo Nesbø

Ecrit par Yan Lespoux , le Mardi, 21 Mai 2013. , dans Pays nordiques, Les Livres, Recensions, Polars, La Une Livres, Roman, Série Noire (Gallimard)

Fantôme, traduit du norvégien par Paul Dott, avril 2013, 560 pages, 21 € . Ecrivain(s): Jo Nesbø Edition: Série Noire (Gallimard)

 

Pour sa neuvième apparition, l’inaltérable Harry Hole revient de son exil hongkongais pour tenter de résoudre une affaire qui le touche de près. En effet, Oleg, le fils de Rakel, l’amour de sa vie, est accusé du meurtre de Gusto, un dealer avec lequel il traînait depuis quelques années. Toutefois, au fur et à mesure qu’il avance dans son enquête, Hole met à jour de nombreuses collusions entre services de police, politiques locaux et un mystérieux trafiquant de drogue surnommé Dubaï. Ce faisant, il perturbe un fragile équilibre et devient lui-même une cible à abattre.

Personnage attachant et complexe, c’est toujours avec plaisir que l’on retrouve Harry Hole. Ajoutons à cela la thématique du trafic de drogue, de la marginalité et de la corruption en Norvège, qui vient quelque peu bousculer l’image que l’on peut avoir de ces sociétés scandinaves souvent citées en exemple chez nous et, bien entendu, le savoir-faire de Jo Nesbø. Car l’auteur norvégien est indéniablement aujourd’hui l’un des meilleurs auteurs de thriller. Imaginatif, collant au plus près à la réalité sociale et politique, mais aussi spécialiste éprouvé des fins de chapitres qui donnent envie de continuer à tourner les pages, et de la mise en place de fausses pistes et de personnages ambigus, il fait preuve d’un savoir faire qui lui permet d’accrocher le lecteur et de le tenir en haleine.

Chef-d'oeuvre, Christian Lollike

Ecrit par Marie du Crest , le Jeudi, 09 Mai 2013. , dans Pays nordiques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Théâtre

Chef-d’œuvre, traduction du danois Catherine-Lise Dubost, Editions Théâtrales, collection Traits d’Union, 2008, 36 pages, 9 € (chez le même éditeur : Service suicide ; Histoire à venir) . Ecrivain(s): Christian Lollike

 

WTC 9/11 ou peut-on encore faire du théâtre ?

 

Chef-d’œuvre est une œuvre coup de poing. Son auteur revendique l’influence du philosophe slovène Zizek, auteur de Bienvenue dans le désert du réel, ouvrage dans lequel il s’interroge sur la dimension spectaculaire de l’événement universellement médiatisé. Elle peut révolter, ébranler les convictions des lecteurs et des spectateurs, elle dérange les bonnes consciences.

Comme souvent chez Lollike, les personnages n’existent plus. Il se sert des lettres de l’alphabet de A à Z pour identifier l’entrée des voix. La première partie du texte convoque les voix de A à D. Il s’agit des positions de débatteurs autour de la question des spectacles qu’offre notre monde, spectacles de terreur, spectacle de téléréalité ; de toute façon tout est performance.

Deuil, Gudbergur Bergsson

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 18 Avril 2013. , dans Pays nordiques, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Métailié

Deuil. Traduit de l’islandais par Eric Boury février 2013. 126 p. 15 € . Ecrivain(s): Gudbergur Bergsson Edition: Métailié

 

 

Etrangement, ce livre est beaucoup moins sombre qu’on ne l’attend. Pourtant tout y est, du titre au sujet et à la narration même. Un vieil homme, veuf, mal en point et assez dépressif qui n’a plus d’autre attente que la pathologie éventuelle et la mort inéluctable. Pas d’autres distractions que les souvenirs de sa femme aimée et perdue, de quelques scènes de sa vie, de ses enfants, affectivement lointains désormais. Pas d’autres distractions que le chuchotis d’une bouilloire, quelques bruits venus du dehors. Tout le cadre d’un roman noir, voire lugubre. Et pourtant, Bergsson écrit un récit qui ne l’est jamais.

Quelque chose d’un regard qui reste amusé sur le désastre qu’est en fin de compte, imparablement, une vie. Même le (les) malheur peut être vu avec un sourire, amer certes mais un sourire. Cela porte un nom : l’humour, une certaine épaisseur de distance au propos, que Bergsson manie avec talent. Même le souvenir douloureux de la femme d’une vie garde une trace d’amusement :