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Mercure de France

Le Mercure de France est à l'origine une revue française, fondée au xviie siècle sous le nom de Mercure Galant, et qui évoluera en plusieurs étapes, à travers divers rebondissements, pour devenir une maison d'édition au xxe siècle. (Groupe Gallimard)

Ciels de Loire, Emmanuelle Guattari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 26 Août 2013. , dans Mercure de France, Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, La rentrée littéraire

Ciels de Loire, 22 août 2013, 142 p., 13,80 € . Ecrivain(s): Emmanuelle Guattari Edition: Mercure de France

 

Ciels de Loire se présente un peu comme le deuxième volet du travail initié par Emmanuelle Guattari dans son premier roman publié l’année dernière chez le même éditeur. L’auteure qui a grandi avec ses parents et ses frères au domaine de La Borde, en pays de Loire, dans cette célèbre clinique psychiatrique hors norme codirigée par son père – et employant de nombreux membres de sa famille maternelle – continue en effet d’y explorer sa mémoire. Mais la petite fille grandit, devient adolescente puis mère. Une nouvelle génération s’annonce qui prendra le relais de celle qui peu à peu s’est éteinte : « au suivant ! »

Ce second roman n’est pas la répétition de La petite Borde. Le mouvement s’y inverse, entraînant un « feuilletage différent des perspectives » et « quelque chose de subtilement décalé dans la vision ». Les gares ferment, les lieux changent, comme les corps, et la narratrice s’y éloigne progressivement de ce « monde fou » autour duquel tourna sa petite enfance, de ces cavalcades dans un espace hors du temps, ignorant des frontières, où tout semblait possible.

La petite Borde, Emmanuelle Guattari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 18 Juin 2013. , dans Mercure de France, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Récits

La petite Borde, juin 2012, 142 p., 13,50 € . Ecrivain(s): Emmanuelle Guattari Edition: Mercure de France

Dans son premier roman, La petite Borde, Emmanuelle Guattari cherche à livrer un regard d’enfant sur l’univers de la clinique de La Borde, ce célèbre établissement expérimental rompant avec la tradition d’enfermement des malades mentaux – cofondé par son père – où elle a grandi avec ses frères et les autres enfants du personnel. Traînant leur enfance « au milieu des adultes », « les enfants de La Borde » évoluaient avec une grande liberté dans ce foisonnant « phalanstère labordien » qui n’était pas seulement une clinique psychiatrique à « la présence fantastique », mais un château ouvert sur un parc immense, des forêts et des étangs. Un lieu à la fois tangible, concret, et doté d’un large potentiel imaginaire renvoyant aussi à l’univers des contes. Un lieu extraordinaire où se côtoyaient et se croisaient des mondes multiples…

Ce n’est pas un simple récit autobiographique mais une véritable construction littéraire emplie de fantaisie permettant à l’auteure de reconstituer cet univers avec une grande justesse de ton en restituant par petites touches juxtaposées cette perception du monde particulière à l’enfance. Ce récit romanesque racontant ces « cavalcades d’enfants » espiègles et intrépides parmi les pensionnaires et les autres adultes peuplant ce vaste domaine fait ainsi revivre, d’une écriture légère et virevoltante, concise et elliptique – mais jouant aussi sur les répétitions – tous ces mondes aujourd’hui disparus. Une écriture dont il émane de l’humour et de la tendresse et beaucoup de fraîcheur et de poésie.

Les Saintes du scandale, Erri de Luca

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 12 Juin 2013. , dans Mercure de France, Les Livres, Recensions, Essais, La Une Livres, Italie, Histoire

Les saintes du scandale, traduction de l’italien par Danièle Valin, avril 2013, 112 p., 15 € . Ecrivain(s): Erri de Luca Edition: Mercure de France

 

Erri De Luca connaît parfaitement l’hébreu ancien et fréquente quotidiennement la Bible depuis de très nombreuses années, et ce non-croyant à l’esprit libre est devenu un remarquable exégète des textes sacrés, dont il nous livre une lecture humaniste s’appuyant sur une argumentation à la fois simple et érudite.

Dans ce dernier essai traduit en français, Les saintes du scandale, publié dans une belle édition judicieusement enrichie d’une quinzaine de reproductions en noir et blanc, il propose à nouveau une réflexion passionnante fondée sur une approche neuve des textes bibliques, qu’il développe dans un style léger et limpide empli d’humour et de poésie.

Partant d’une analyse de la langue hébraïque qui consacre dans sa grammaire la division sexuelle des tâches entre celle qui donne la vie et celui qui, marqué dans sa chair par le sceau de l’alliance avec Dieu, transmet le « bagage sacré », il montre comment la femme, malgré son moindre pouvoir apparent, est le principe moteur de l’humanité, celle qui, rebelle et courageuse, « gouverne le temps ».

Personne, Gwennaëlle Aubry

Ecrit par Didier Bazy , le Samedi, 20 Août 2011. , dans Mercure de France, Les Livres, Critiques, Roman, Gallimard

Personne, prix Femina 2009 . Ecrivain(s): Gwennaëlle Aubry Edition: Mercure de France

Personne. C'est le mot de passe qu'Ulysse exprime pour tromper le cyclope anthropophage et sauver ainsi sa peau.

Personne. C'est rien et ce n'est que quelqu'un de quelconque, comme personne, comme tout le monde.

Personne. C'est le masque qui nous constitue et une personne, c'est important.

Quand Personne campe la figure du père, Antigone prend la plume et Iphigénie veut comprendre.

Le cadre oulipien est déclaré. Sous les auspices de Perec, l'auteur écrit « parce que nous avons vécu ensemble... ombre au milieu de leurs ombres... ». Où nous dirige cet abécédaire filial qui commence avec Artaud et qui se clôt avec Zélig ? Du génie fou vers le caméléon mimétique, du moine dans le Jeanne d'Arc de Dreyer (où l'autre moine sous pseudonyme, le moine de Lewis) vers le suicidé de la société, psychanalysé et victime d'une société devenue plus folle que les individus qui croient la constituer, faut-il demander à la spécialiste de Plotin si cette progression, sous les astuces des limites de l'Oulipo, évoque, un tant soit peu, des hypotyposes, qui consistent à décrire des faits comme s'ils se déroulaient sous nos yeux ? Oui.

La foudre, Lydie Dattas

Ecrit par Matthieu Gosztola , le Mercredi, 16 Mars 2011. , dans Mercure de France, Les Livres, Critiques, La Une Livres

La foudre, janvier 2011, 13 euros 50. (Et Anita J. Laulla, Cracheurs de feu, Les Arêtes, 20 €) . Ecrivain(s): Lydie Dattas Edition: Mercure de France

Lydie Dattas fait merveilleusement parler la réalité du Cirque, au sein duquel elle a évolué pendant longtemps, dans un langage où les mots s’entrechoquent, passant du plus cru au plus éthéré (« tout gueulait la volupté » écrit-elle par exemple, et cette phrase à elle seule donne une idée du style qui court tout au long de l’ouvrage), où les mots font la castagne, ne s’apprivoisant jamais dans l’élan euphonique d’une phrase. Ainsi, Lydie Dattas ne narre pas seulement par chapitres les événements qui l’ont fait pénétrer intimement ce monde si rude, mais elle retranscrit jusque dans son style même toute la beauté et toute la violence de ce monde d’hommes, ce monde des chapiteaux où elle s’est sentie heureuse et violentée, exclue et acceptée, défaite mais aussi charmée. Plus violentée qu’acceptée du reste. Mais elle s’est, aussi, et ça a toujours été là pour elle l’essentiel, sentie à l’extrême enlevée jusque dans le plus intime de son cœur par cette furie sublime, par tout cela qui ne criait que le prosaïsme le plus nu et qui, par un paradoxe qu’elle ne s’expliquait pas et qui était pour elle à lui seul la preuve de l’existence de Dieu, la renvoyait sans cesse au divin, à tout ce que le monde des lettrés, de la philosophie même n’avaient, n’auraient jamais pu lui offrir. Face à la réalité du monde du Cirque, les yeux de Lydie Dattas furent comme « fracassés », tant elle y voyait là « la proximité du paradis ».