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Les Livres

Inauguration de l’ennui, Guillaume Siaudeau

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 06 Avril 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie, Alma Editeur

Inauguration de l’ennui, mars 2018, 140 pages, 12 € . Ecrivain(s): Guillaume Siaudeau Edition: Alma Editeur

 

Pour Guillaume Siaudeau, la poésie est accessible à tous : « il suffit d’ouvrir l’œil, mais le bon », de regarder le monde autour de soi et de se regarder. Et, portant un regard léger et décalé sur les petites choses, il nous offre des poèmes en vers libres, sans fioritures, leur donnant une envergure inattendue :

Pour comparer

Comment t’expliquer ça

Ah si tiens

imagine l’envergure

d’une mouche

vue d’une miette

Par là, Estelle Fenzy

Ecrit par France Burghelle Rey , le Vendredi, 06 Avril 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

Par là, éd. Lanskine, février 2018, 72 pages, 12 € . Ecrivain(s): Estelle Fenzy

 

Le titre du nouveau recueil d’Estelle Fenzy, comme ceux des précédents, interpelle le lecteur par sa brièveté et l’amène à suivre le chemin qu’il indique. Dès l’incipit la poète plante les premiers germes d’un conte cruel puisque « les ailes oublient leurs anges » et qu’une enfant peut se transformer en « monstre avide ». La nature, elle aussi, prend part au drame dans un vers éponyme du titre de la première partie : « Le vent sème des grains noirs » quand les saules alors « supplient à genoux la rivière ».

Le texte monte ensuite, tel un cauchemar, en crescendo jusqu’à l’expression oxymorique « les traces féroces de la joie ». Mais, par bonheur, L’enfant-sorcière « libère » aussi de la beauté car elle est poète : elle « écrit dans une langue impossible à comprendre ». Allégorie de toutes les formes de création, elle est en fusion avec la nature. Des parties descriptives et un récit au présent donnent à vivre ce phénomène au lecteur qui lit, le souffle coupé, et découvre que les êtres animés et inanimés se transforment « Par là » sous l’effet de ce miracle :

Les ombres de Montelupo, Valerio Varesi

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 05 Avril 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Italie, Agullo Editions

Les ombres de Montelupo, traduit de l'italien par Sarah Amrani, 309 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Valerio Varesi Edition: Agullo Editions

 

Retrouver le commissaire Soneri, ses doutes, son humanité profonde, ses agacements devant les errements moraux de ses congénères, ressemble à un rendez-vous attendu avec un ami de toujours. La proximité affective qu’éprouve ici le lecteur est d’autant plus forte que Soneri nous emmène cette fois sur les lieux et les traces de son enfance, de sa première jeunesse. Un village des Apennins, adossé à un mont brumeux (ah ! Les brumes de Varesi !), le Montelupo, et ses habitants, presque tous vieux après la désertion des jeunes vers les villes. C’est la fin de l’automne et les premiers froids viennent ajouter au silence, à l’isolement, à la peine.

Soneri n’est pas là pour une affaire policière. Il revient pour arpenter les pentes du Montelupo, à la recherche de champignons, pour quelques jours de repos. De champignons (spoiler !) il n’en trouvera guère mais on s’en doute, une affaire bien mystérieuse lui tombe dessus dont il ne se mêlera en aucun cas ! Enfin un peu, peut-être, ou beaucoup en fin de compte.

Le Jardin d’Orléans, Catherine Saulieu

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Jeudi, 05 Avril 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Editions de Fallois

Le Jardin d’Orléans, mars 2018, 344 pages, 22 € . Ecrivain(s): Catherine Saulieu Edition: Editions de Fallois

 

Histoire d’un nain (de jardin)

Catherine Saulieu a retrouvé les mémoires de son grand-père, Joseph Magloire, et se fondant sur ceux-ci, elle raconte sa vie. Il est issu d’une famille bourguignonne qui a dû s’exiler en Algérie à la fin du 19esiècle à la suite d’une faillite frauduleuse.

Une famille de tradition royaliste, qui déteste les francs-maçons et revêt des habits de deuil le 14 juillet, date funeste. Et naturellement, viscéralement antisémite. « Ceux-là, on les haïssait. Malheureusement, ils étaient fourrés partout, et même en classe de grec où il n’était pas rare qu’ils confisquent le prix d’excellence » note l’auteur avec ironie.

Le failli s’appelle Adrien Legros, il a signé un blanc-seing à un prêtre qu’il a chargé de construire un orphelinat. Mais l’abbé est un mauvais gestionnaire et Adrien se trouve rapidement ruiné. Loin d’en vouloir à l’église catholique, Adrien élève ses enfants et petits-enfants (dont Joseph Magloire grand-père de l’auteur) dans la foi chrétienne avec un discernement proche du néant.

Les rêveries du toxicomane solitaire, Anonyme

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 04 Avril 2018. , dans Les Livres, Critiques, Livres décortiqués, La Une Livres, Récits, Editions Allia

Les rêveries du toxicomane solitaire, Anonyme, Janvier 2018, 72 pages, 6,20 € Edition: Editions Allia

 

Les rêveries du toxicomane solitaire, rubis lové dans l’élégant écrin des éditions Allia, parut pour la première fois en 1997. Anonyme, on sait dorénavant qu’il fut taillé et poli par Bertrand Delcour (1961-2014), écrivain français marqué du sceau de la marginalité et de la radicalité, auteur entre autres des romans Blocus solus, Mezcal terminal, En pure perte. Dans un style délicieusement ciselé, Delcour évoque, dans le sillage de Baudelaire, De Quincey, Burroughs, Michaux et consorts, sa traversée des paradis artificiels, pour le meilleur et pour le pire. À mi-chemin entre le poème en prose, l’éloge exalté et l’étude édifiante, il relate, par-delà bien et mal, les circonstances et les effets de son assuétude consentie à l’héroïne durant 7 ans.

Quoique l’auteur prévienne en préambule qu’« il n’y a ni salut, ni potion magique pour se sauver », il se livre à un inventaire dithyrambique de ses premières injections opioïdes, qu’il nomme l’enfance de la toxicomanie : « Les toutes premières fois, ce fut un festoiement presque insoutenable. Aussitôt l’aiguille retirée, le garrot défait, la paix ravissante qui m’envahissait, montant des mollets, me jetait dans une stratosphère de délices ».