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Les Livres

Brille encore, soleil d’or, Guo Zhenyuan (par Myriam Bendhif-Syllas)

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mercredi, 12 Juin 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Jeunesse

Brille encore, soleil d’or, Guo Zhenyuan, HongFei, avril 2019, adaptation Véronique Massenot, Zhu Chengliang, 48 pages, 14,50 €

 

Comment retenir le soleil lorsqu’il décline et cesse de dispenser sa chaleur et sa lumière ? Voilà la question que se pose une joyeuse troupe d’animaux face à ce curieux cycle du jour et de la nuit. Buffles, pandas, oiseaux, écureuils, kangourous vont tenter de diverses manières de faire briller encore l’astre d’or, avec une naïveté confondante et bienvenue.

Le récit de cette journée est porté par de courtes phrases, des mots très simples qui mettent l’accent sur les émotions ressenties, sur le dynamisme des dialogues. Face à cette apparente simplicité se déploient des illustrations de toute beauté, exploitant la double page au profit du mouvement, dans une composition maîtrisée et habile.

Une végétation dorée recouvre le sol sombre. Sur un ciel carmin chaleureux monte puis décline le soleil. Face à lui, du haut de la montagne, l’observent les animaux avant de se résoudre à agir. Les traits de peinture visibles, les touches de couleurs s’éloignant d’une véracité documentaire, les formes arrondies, rapprochent le dessin de celui d’un enfant.

Le Cœur en Lesse, Aurélien Dony (par Patrick Devaux)

Ecrit par Patrick Devaux , le Mercredi, 12 Juin 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Nouvelles

Le Cœur en Lesse, MEO éditions, mai 2019, 100 pages, 14 € . Ecrivain(s): Aurélien Dony

 

Outre le souvenir d’enfance, par exemple, il est possible de faire vivre l’idée humaine dans les ressources d’un paysage, avec aussi un esprit d’intégration : « J’ai besoin d’espace, de ciel à travers les branches, de vent sur ma peau. J’ai besoin d’appartenir à l’écorce des bouleaux, aux plumes des tourterelles, au cours d’eau. Je veux m’enraciner, devenir ce tout dont je suis ».

C’est qu’Aurélien maîtrise l’ambiance, scénarise tout ce qu’il touche. Touchante aventure à faire jaillir, parfois, le souvenir dans le vieux rêve d’autrui apportant une certaine consolation :

« Il n’y a plus rien, Simonne… L’ombre du vieux couple, dans la lumière d’or d’une fin de jour d’été, se fond dans le décor. Simonne serre un peu plus la main d’Emile entre ses doigts.

– Si, mon amour, regarde. Il y a encore des papillons ».

Âmes, Histoire de la souffrance I, Tristan Garcia (par Fanny Guyomard)

Ecrit par Fanny Guyomard , le Mardi, 11 Juin 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

Âmes, Histoire de la souffrance I, janvier 2019, 720 pages, 24 € . Ecrivain(s): Tristan Garcia Edition: Gallimard

 

L’humanité en souffrance. C’est l’objet de ce roman, qui raconte la passation de la souffrance à travers les âges, son oubli, ses moments de splendeur et ses grandes misères. Tout commence quand apparaît la vie, il y a des milliards d’années : un ver se retrouve mangé. De ce dédoublement et division originels s’ensuit la multiplication des âmes, le peuplement de la Terre en une gigantesque contamination de la souffrance et une lutte des individus pour survivre.

Chaque chapitre ou conte suit alors les aventures et mésaventures de quatre âmes au fil du temps, comme un jeu où ces quatre couleurs se croisent et vivent les pires choses que l’on puisse imaginer, avant de se perdre et se retrouver dans une autre vie.

Faim, soif, fatigue, froid, chaleur accablante, blessure, torture, viol. La souffrance est déclinée sous toutes ses formes. Et quand on a trouvé le moyen de ne plus ressentir de douleur physique, reste tout de même la peur, la haine, la frustration, le ressentiment, l’abandon, la jalousie ou l’humiliation. Le bonheur se limite alors aux affects les plus bruts…

Petite, Sarah Gysler (par Lionel Bedin)

Ecrit par Lionel Bedin , le Mardi, 11 Juin 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits, Editions des Equateurs

Petite, juin 2018, 190 pages, 18 € . Ecrivain(s): Sarah Gysler Edition: Editions des Equateurs

 

Sarah Gysler est née « au milieu des années nonante » à Lausanne, « exactement quarante-huit jours après que Kurt Cobain eut été retrouvé mort dans sa maison de Seattle ». Coïncidence ? En tout cas comme la promesse d’un récit rock’n’roll…

Première partie : la colère.

Mais l’enfance de Sarah ne l’est pas tellement rock’n’roll. Quand elle a trois ans, ses parents « cessent légalement de s’aimer ». Premier choc. Le deuxième vers l’âge de huit ans, quand elle apprend qu’elle a des « origines ». Ça se voit sur sa figure : sa mère est algérienne. « En Algérie, c’est une plus-value d’avoir un passeport suisse, en Suisse c’est un malus d’être arabe ». Éternel problème : être étrangère partout. Puis d’autres événements s’enchaînent : les gardes alternées, le chantage de la mère (« j’aurais mieux fait d’avorter »), la maladie du père.

Tu reviendras, Brahim Metiba (par Tawfiq Belfadel)

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 11 Juin 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Maghreb, Elyzad

Tu reviendras, avril 2019, 96 pages, 13 € . Ecrivain(s): Brahim Metiba Edition: Elyzad

 

L’un et l’autre

A Paris, un homme de quarante ans se souvient de l’Algérie, de sa ville natale Skikda, et de sa famille laissée il y a dix ans.

Il se souvient notamment de cet incident qui a déchiré ses relations avec la famille et fait de lui un autre : le jour où il a révélé son homosexualité. C’est le jour où tout a basculé.

« Jusque-là je croyais être homosexuel comme on a une passion pour le violon ou les timbres postaux : ça va un moment, puis ça passe, que je finirais par entrer dans le rang. Ce sont, toujours, mes mots de l’époque » (pp.11-12).

Le narrateur solitaire décide de rentrer voir sa ville natale, sa famille, et retrouver sa jeunesse et son enfance lointaines.

« Mon absence avait trop duré, je ne pouvais plus fuir éternellement, il fallait revenir et affronter la situation » (p.19).