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L’Epreuve et le baptême, Jacques Demaude

Ecrit par Patrick Devaux , le Mercredi, 30 Mai 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

L’Epreuve et le baptême, Le Taillis Pré, Poésie, mars 2018, frontispice Jeanne-Marie Zele, 122 pages, 14 € . Ecrivain(s): Jacques Demaude

 

Comment définir autrement Jacques Demaude que par « marteleur d’éternité », lui-même étant cet écrin d’absolu qu’on ne prête qu’aux grandes références, l’auteur se ressourçant depuis longtemps auprès d’autres grandes voix telles celles de Marcel Hennart, Michel Defgnée ou Max Elskamp.

Cet auteur éponge la nuit pour en transcender la lumière, celle qui nous continue, la « mort » n’étant qu’un vain mot : « charmer la lumière incréée ».

Sensible à l’élan du moindre mouvement poétique mais avec une prudence de Sioux car si « les branches surabondent, les fruits nous sont mesurés ».

Enfant littéraire de ce « Créateur » où « ratures sous les ratures, nous irons peut-être graver la lumière perpétuelle ».

Charlus, Philippe Berthier

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 29 Mai 2018. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Editions de Fallois

Charlus, juin 2017, 168 pages, 19 € . Ecrivain(s): Philippe Berthier Edition: Editions de Fallois

 

 

Les essais autour de la Recherche n’en finiront jamais de fleurir, tant sa richesse semble une source inépuisable de réflexions et de points de rencontre, mais aussi tant s’avèrent justes les miroirs qu’elle nous tend, inflexible et tendre, cruelle et bienveillante.

Le professeur Philippe Berthier s’empare dans un court et virevoltant essai de l’un des personnages emblématiques de l’univers proustien, le baron de Charlus. Si le fond n’apporte pas de révélation inédite sur ce cher Palamède, laissant de côté certaines recherches, en privilégiant d’autres, l’agencement du livre apporte une lecture où l’érudition rivalise avec un style somme toute fort proustien, mais surtout un regard singulier où l’auteur se dit tout autant qu’il dit le personnage sur lequel il se penche.

Le Siège de Vienne, Horia Ursu

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 29 Mai 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman

Le Siège de Vienne, éditions Xenia, avril 2018, trad. roumain Florica Courriol, 368 pages, 20 € . Ecrivain(s): Horia Ursu

 

 

Publié en 2007 en Roumanie, Le Siège de Vienne – qui demanda treize années d’écriture à Horia Ursu – fut encensé par la critique et couronné par de nombreux prix. C’est un roman d’une extrême richesse et d’une très belle écriture métaphorique à l’élégante ironie, magistralement mené par un auteur érudit non avare de citations et possédant l’art de la suggestion comme le sens de la formule. Un roman à la fois drôle et profond, réaliste et fantaisiste, où s’équilibrent descriptions, dialogues aux nombreux registres linguistiques et commentaires analytiques, et se combinent de multiples tonalités mêlant notamment l’absurde et l’insolite d’un Ionesco et d’un Beckett à l’onirique et au fantastique d’un Boulgakov.

Faire-part, Jean-Louis Rambour

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 29 Mai 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Récits

Faire-part, Jean-Louis Rambour, éd. Gros Textes, 2017, 64 pages, 6 € . Ecrivain(s): Jean-Louis Rambour

 

Si nous ne sommes pas tous égaux à la naissance, nous ne le sommes pas davantage devant la mort, cela nous tous le savons. La force de cet opus et l’efficacité du poète Jean-Louis Rambour reviennent ici à une mise en scène fantaisiste, du moins pas toujours sérieuse, des cérémonies funèbres célébrant le décès d’une personnalité, d’un quidam, d’un anonyme – une récréation par les mots qui nous sauve de la gravité du moment tout en nous invitant à poser un regard lucide, authentique et humoristique sur cet événement tragique.

Si des personnalités font l’objet de quelques notices nécrologiques parmi les 44 proposées (Juliette Gréco, Robert Lamoureux, Margaret T., Maurice André, Jésus, Hugo Chavez (et Stéphane Hessel)), cependant nous retrouvons surtout dans l’inventaire de l’auteur du Mémo d’Amiens la présence (disparue) de quidams ou de petites gens qui n’en n’ont pas moins marqué leur temps, chacun à sa manière.

Don Quichotte, Pietro Citati

Ecrit par Jean-Paul Gavard-Perret , le Lundi, 28 Mai 2018. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Gallimard, Italie

Don Quichotte, 2018, trad. italien Brigitte Pérol, avril 2018, 192 pages, 19,50 € . Ecrivain(s): Pietro Citati Edition: Gallimard

 

Pietro Citati lecteur de Cervantès

Pietro Citati prouve combien le Don Quichotte de Cervantès reste un livre inépuisable. Dans ce roman premier, sorte de chant renversant et mystique (sous certains aspects) et farce de première importance, Cervantès mélange le rire à la douleur. Et l’auteur italien commente à sa manière cette symbiose en dépliant des plis inconnus de la robe de Dulcinée du Toboso comme des hauts de chausse du héros et de son fidèle écuyer. Il prouve comment Cervantès procède pour que bien des ombres et des chausse-trappes nous attirent là où la question que les deux héros, inconsciemment, se posent, se déplace sans cesse entre un « qui je suis » et un « si je suis ».

Les mots de Cervantès ne font donc rien que constater les dégâts d’un héros premier de l’histoire du roman. Ecrire, rappelle l’Italien, est donc toujours croire à la vie mais dans un sens particulier. Et il appelle à l’éveil, à la lucidité du lecteur face à une œuvre hors norme et ses suites de fractures, merveilles, absurdités et critiques implicites. Celles-ci portent autant sur le rêve que sur la réalité. L’essai trace une nouvelle carte pour ce livre où se pose la question de leur sens.