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Les Livres

La classe verte, Benjamin Pitchal

Ecrit par Christelle d’Herart-Brocard , le Mardi, 03 Avril 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

La classe verte, février 2018, 304 pages, 21 € . Ecrivain(s): Benjamin Pitchal Edition: Gallimard

Benjamin quitte le lycée, le baccalauréat en poche. Alors que ses parents rêvent de le voir s’enferrer dans des études supérieures, il n’aspire qu’à la liberté, celle des voyages, de la poésie, de la Grande Vie, qu’il conçoit de bohème mais sans les désagréments du « sans-le sou ». Il trouve auprès de son grand-père biologique, Alain Gheerbrant, une oreille attentive et bienveillante, ainsi qu’un allié précieux dans la voie qu’il s’est choisie : tumultueuse, chaotique, constellée de toutes les promesses que la jeunesse entrevoit, et avant tout libérale pour ne pas dire libertaire. Explorateur et homme de lettres, le vieil homme espère bien transmettre à ce petit-fils tombé du ciel sa passion pour la littérature, ainsi que toutes les ficelles de son ancienne profession. Fasciné par le destin exceptionnel de celui qui explora l’Amazonie et fut l’éditeur d’Antonin Artaud, Benjamin voue à ce grand-père charismatique une réelle et tendre admiration, et se laisse bien volontiers enivrer par ses récits, conseils et anecdotes distillés au cours de déjeuners gastronomiques bien arrosés, et qui, toujours, convoquent d’illustres personnages, tels que Paulhan, Gide, Breton, Bataille ou encore Césaire. Si Alain lui prodigue sa propre conception du surréalisme et l’encourage dans sa vocation poétique (« Quelles que soient les circonstances, il faut toujours prendre le parti de la révolte. Tel aurait dû rester le principal enseignement du surréalisme »), Benjamin s’aventurera malgré tout dans des voyages beaucoup plus périlleux que l’engagement intellectuel prôné par son grand-père.

La nuit ne se tait pas, Danièle Corre

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Mardi, 03 Avril 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Poésie

La nuit ne se tait pas, Éditions Tensing, 2013, 87 pages, 9 € . Ecrivain(s): Danièle Corre

 

Paru aux Éditions Tensing en 2013,La nuit ne se tait pasde Danièle Corre accueille en ses lignes vives l’obscurité lumineuse sous-tendant la toile nocturne. Toile tendue dans l’écoute d’une écriture elle-même lumineuse (ainsi que Charles Dobzynski qualifia l’écriture de la poète dans Aujourd’hui poèmeen octobre 2006).

Les mots de Georges-Emmanuel Clancier cités en exergue, extraits de Vive fut l’aventure, en appellent à la Terre et sa lumière (« Terreta lumière// qu’elles’étendede cercleen cerclesans fin// et chante »). Vêtus d’impatience nous tentons, écrit Danièle Corre, d’« égratigner de lumièrenos pans de nuits », besogneux d’un espoir incessant, tous nos sens à l’affût, nous tenant inlassablement à chaque jour recommencé « sur une nouvelle parcelled’espace une autre plate-forme du temps ». Le souffle de nos veilles est semblable à cette lueur que l’appel d’air n’étouffe pas, qu’un excès d’oxygène ou d’attente suffirait à consumer ou éteindre. Au cœur de La nuit(qui) ne se tait pas, l’étincelle d’un souffle soutient nos regards, parcourant les palpitations d’une douceur d’être

L’Homme Coquillage, Asli Erdogan

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 30 Mars 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Asie, Roman, Actes Sud

L’Homme Coquillage, mars 2018, trad. turc Julien Lapeyre de Cabanes, 208 p. 19,90 € . Ecrivain(s): Aslı Erdoğan Edition: Actes Sud

 

Premier ouvrage d’Asli Erdogan publié en 1993 en Turquie et enfin traduit en français, L’Homme Coquillage est un roman initiatique et psychologique d’inspiration autobiographique s’aventurant dans les mystérieux abysses intérieurs de « l’immense océan de la réalité », l’auteure tentant de « mettre en mots » leur « chanson infinie », d’en approcher la vérité. C’est l’histoire d’une « amitié miraculeuse » scellée sous les Tropiques « aux frontières de la vie et de la mort », d’un « amour profond, féroce et irréel », « aussi âpre que le terreau qui l’a vu naître ».

Brillante chercheuse en physique nucléaire, une jeune Turque de vingt-cinq ans – qui a aussi pratiqué la danse et, passionnée de littérature, écrit quelques nouvelles – a été invitée à une Université d’été aux Caraïbes. Cherchant à échapper dès qu’elle le peut au groupe de physiciens « pleins d’ambition et d’intelligence venus des quatre coins du monde », rassemblé dans un hôtel de luxe de l’île de Sainte-Croix, elle rencontre sur la plage un Noir au physique effrayant et au regard fascinant qui vend aux touristes ses coquillages rapportés du fond de l’océan. Une rencontre qui, dévoilant sa propre « part d’ombre et de sauvagerie », s’avérera fondatrice, la révélant à elle-même : « l’Homme Coquillage était mon oracle de Delphes, celui qui me poussait à me poser les bonnes questions et à trouver moi-même les réponses ».

Les sœurs de Fall River, Sarah Schmidt

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 29 Mars 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Océanie, Rivages

Les sœurs de Fall River (See What I Have Done), mars 2018, trad. anglais (Australie) Mathilde Bach, 445 pages, 23 € . Ecrivain(s): Sarah Schmidt Edition: Rivages

Voilà un premier roman maîtrisé de bout en bout, qui bâtit un univers glauque et étouffant, des personnages aussi improbables qu’exceptionnels, une narration fluide et forte superbement traduite par Mathilde Bach. Aucun lecteur n’échappera à l’emprise de ce roman tant la sobriété de l’écriture, la personnalité erratique et spectrale des sœurs Borden, rendent ce roman puissamment addictif. Oui, Sarah Schmidt signe un premier roman de haute volée.

Bien que prenant son point de départ dans un célèbre fait-divers*, cette œuvre n’est que peu une exofiction. Sarah Schmidt crée une fiction pure, éloignée de tout souci documentaire. Elle recrée un fait-divers en utilisant comme moteur narratif les pensées intérieures des protagonistes, donnant ainsi au récit une polyphonie macabre qui peu à peu nous mène à l’inexorable issue. Car s’il est un ingrédient qui constitue le fil directeur et la marque de ce roman, c’est une extrême tension, fondée sur la violence inouïe des rapports entre les personnages (TOUS les personnages, jamais il n’apparaît le moindre rapport d’affection ou de confiance !). Le meurtre des parents Borden pour ouvrir l’histoire, puis en alternant le jour d’avant/le jour d’après, la lente coulée de haine des parents entre eux, des parents et de leurs filles, des sœurs entre elles, de la domestique envers tous ses employeurs.

Lectures nouvelles du roman algérien, Charles Bonn

Ecrit par Dominique Ranaivoson , le Jeudi, 29 Mars 2018. , dans Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Editions Classiques Garnier

Lectures nouvelles du roman algérien, 280 pages . Ecrivain(s): Charles Bonn Edition: Editions Classiques Garnier

 

Charles Bonn est pour tous ceux qui s’intéressent aux littératures maghrébines une des principales références. Après avoir enseigné en Algérie, il n’a cessé, durant quarante ans, de stimuler la recherche, d’encadrer des thèses, de publier sur ces littératures que l’on ne disait pas encore « émergentes ». Il a fondé et dirigé la revue Expressions maghrébines, créé et animé le site Limag.

Dans une vision encyclopédique, ce site rassemble les publications universitaires, les compte-rendu, les notices biographiques des auteurs, les multiples références de tout ce qui a trait à la région. Au terme de ce parcours, l’infatigable chercheur offre un volume qui se veut un récapitulatif de son itinéraire intellectuel à propos du roman algérien et, bien sûr, à travers lui, de son itinéraire personnel. La tonalité personnelle (qualifiée de « peut-être un peu narcissique », 10) inscrite au cœur de ses réflexions par ailleurs aussi fouillées que dans des ouvrages collectifs ordinaires fait toute l’originalité de ce livre. Charles Bonn se remet lui-même, avec lucidité et distance, dans les contextes qu’il a traversés et qui l’ont formé : 68 en France, la mémoire de la guerre d’Algérie, les années 70 en Algérie, la structure des champs littéraires dans chaque pays, le poids des idéologies, les attentes des étudiants et des lectorats, les grilles instaurées par les critiques français en vue, la rupture de l’islamisme.