Identification

Les Livres

Avec Lucian Blaga, Poète de l’autre mémoire, Luminitza C. Tigirlas (par Murielle Compère-Demarcy)

Ecrit par MCDEM (Murielle Compère-Demarcy) , le Jeudi, 04 Juillet 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Avec Lucian Blaga, Poète de l’autre mémoire, Luminitza C. Tigirlas, éditions du Cygne, avril 2019, 108 pages, 13 €

 

Luminitza C. Tigirlas, poète et essayiste de langue française d’origine roumaine, psychanalyste trilingue à Saint-Priest (Rhône), nous offre avec cet essai consacré à l’œuvre poétique, théâtrale et philosophique de Lucian Blaga, le deuxième volet d’une Trilogie initialement intitulée Parfaire le sacré sans pardonner l’amour. L’ensemble interroge en ses trois volets le sacrifice de l’amour au nom de la création et dans le silence du sacré, commencé avec Rilke-Poème Elancé dans l’asphère (L’Harmattan, 2017), poursuivi dans l’ordre de publication par ce livre Avec Lucian Blaga, Poète de l’autre mémoire (éditions du Cygne, 2019), clôturé par Fileuse de l’invisible Marina Tsvetaeva, inspiré par l’œuvre et la vie de la poétesse russe (éditions de Corlevour, 2019). Par-delà Lucian Blaga, ainsi que le précise la quatrième de couverture, « à travers d’autres lectures de la littérature universelle, le sacrifice touche à une perception et à une rencontre intime de l’auteur avec le sujet de l’emmurement mythique et totalitaire dans le silence du sacré ». L’œuvre de Paul Claudel, de Georges Bataille, de Søren Kierkegaard ont fait singulièrement se confronter aussi le Dire à la dimension du sacré en passant par le sacrifice.

Goodbye, Columbus, Philip Roth (par Cyrille Godefroy)

Ecrit par Cyrille Godefroy , le Mercredi, 03 Juillet 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Folio (Gallimard), Cette semaine

Goodbye, Columbus, coll. Folio bilingue, mai 2019, 342 pages, 11,40 € . Ecrivain(s): Philip Roth Edition: Folio (Gallimard)

 

L’obscur objet du désir ne se laisse pas peindre comme on tranche une part de gigot. L’auteur ne l’appréhende, ne le déchiffre, ne l’écrit aisément, tel un écureuil filochant à l’approche de l’homme. Ainsi le jeune Philip Roth (1933-2018) s’emmêla-t-il la plume et bâcla-t-il l’amorce de la liaison entre Neil et Brenda, les deux protagonistes du roman Goodbye, Columbus, publié en 1959. Alors néophyte en littérature, Philip Roth faisait ses gammes, tâtonnait, et ne se dispensa pas d’aligner les fadaises, les descriptions oiseuses, les scènes superficielles, les dialogues plats, qu’aucun style ni humour véritables ne vinrent relever. À cette époque, Roth ne possédait pas encore la maîtrise ni le feu qui donneront naissance quelques années plus tard à la satire dévastatrice de Portnoy (1969), l’architecture monumentale de La Tache (2000), la confession poignante d’Un homme (2006).

Notre Décennie, Trilogie, 25, L’Immobile, Rudimentaire, Stéphane Bonnard (par Marie du Crest)

Ecrit par Marie du Crest , le Mercredi, 03 Juillet 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Théâtre, Espaces 34

Notre Décennie, Trilogie, 25, L’Immobile, Rudimentaire, septembre 2018, 92 pages, 15 € . Ecrivain(s): Stéphane Bonnard Edition: Espaces 34

 

Stéphane Bonnard cofonde en 1996 KompleX KapharnaüM, dans l’agglomération lyonnaise. Le collectif propose à travers des performances sonores, visuelles, musicales, une approche poétique et sociale dans l’espace urbain de la vie contemporaine, en impliquant le public. Le texte a également toute sa place dans ce dispositif. La trilogie porte la voix littéraire de ce monde impitoyable de la mondialisation et du management inhumain.

R.H. ou la trilogie contemporaine

La trilogie est une forme récurrente de l’écriture musicale ou littéraire. Trois pièces se font écho à travers la contamination des lieux de l’action : Stéphane Bonnard en effet s’attache à montrer du dedans l’organisation du monde du travail qui broie les individus. Dans la première pièce, 25, il sera question du Groupe (tout le monde reconnaît France Télécom devenu Orange derrière ce nom en majuscule anonyme et glaçant), ou dans L’Immobile, de l’architecture presque carcérale des Tours (celles de la Défense ou de La Part-Dieu à Lyon). Et de l’Hôtel particulier en siège de la toute puissance dans la dernière pièce.

L’année des nuages, Lilyane Beauquel (par Théo Ananissoh)

Ecrit par Theo Ananissoh , le Mercredi, 03 Juillet 2019. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Gallimard

L’année des nuages, février 2019, 162 pages, 16 € . Ecrivain(s): Lilyane Beauquel Edition: Gallimard

 

Le roman commence par la fin. Le corps d’un jeune homme tué par un véhicule est découvert dans les fourrés. Mais ce n’est pas la fin de l’histoire qui reste ouverte, et qui tisse plusieurs vies jeunes et moins jeunes à Montpellier et en Syrie.

D’abord le couple Chloé et Adam. Moins de vingt ans d’âge. Étudiants en médecine. Couple ? Façon de parler ou de les voir de loin puisqu’ils vivent ensemble. Chloé veut aimer, faire l’amour ; Adam se refuse, est obsédé par Nora, premier et unique amour abandonné, laissé en quittant la Syrie – le contexte est bien celui de la guerre qui ravage ce pays « où a commencé l’art de cultiver les épis de blé et de les multiplier ». Obsédé semble un mot faible pour dire l’état d’esprit d’Adam. Il voit, sent, devine Nora partout et tout le temps ; au point d’être involontairement mais très clairement cruel.

« A travers le vêtement de nuit, il aperçoit son sexe mais ce sont les hanches de Nora qu’il voudrait tenir. La voix de Chloé n’a pas le cristal de celle de Nora, les aréoles de ses seins sont roses, celles de Nora sont brunes. Chloé est jolie, il l’a vue porter des meubles, courir au même rythme que lui, cette fille ne devrait pas souffrir de l’indifférence d’un garçon, pourtant il est ce garçon ».

Persévérance du fait juif Une théorie politique de la survie, Danny Trom (par Gilles Banderier)

Ecrit par Gilles Banderier , le Mercredi, 03 Juillet 2019. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Persévérance du fait juif Une théorie politique de la survie, Danny Trom, Seuil/Gallimard, coll. Hautes Études, juin 2018, 492 pages, 28 €

 

Le livre de Danny Trom – un grand livre – se propose de répondre à une question à la fois simple et dérangeante : pourquoi y a-t-il encore des Juifs ? Comment se fait-il que ce peuple très ancien, aussi ancien que les Chinois, existe encore ? À propos de la longue obstination déployée pour faire disparaître les tribus indiennes des Andes, Jean Raspail notait : « Un tel acharnement impressionne. Il n’a de comparable que celui qui accabla les Juifs tout au long de leur histoire, survivants du déluge, hommes d’avant les hommes, eux aussi » (La Hache des steppes, Via Romana, 2016, p.223). De grands empires s’y sont essayé : l’Égypte, Rome, l’Église constantinienne (de façon schizophrène, car son fondateur et ses premiers disciples étaient Juifs), le IIIe Empire germanique et, actuellement, tout ce que le monde arabo-musulman compte de fanatiques (le réservoir est apparemment inépuisable). Mais ce sont ces empires qui ont disparu ou sont en voie de disparition. Une explication évidente (mais est-elle aussi évidente que cela et ne serait-elle pas plutôt un refus d’explication ?) consisterait à invoquer la protection divine.