Pour introduire notre réflexion brièvement, je reprendrai le titre du célèbre livre de Simone Weil : La Pesanteur et la grâce. Car ici, dans le Vita Nova de Louise Glück, c’est bel et bien la question : la pesanteur, comme profondeur d’une langue, et la grâce, comme légèreté d’un propos ironique non voilé. Oui, un balancement sans cesse entre la profondeur de l’expression, l’éclat (comme en peinture ce qui distingue un petit tableau d’un chef-d’œuvre), et les thèmes. Tout est grand ici. À la fois les images, la construction du poème, la fulgurance de certaines strophes, l’écume qui porte la langue (comme une embarcation sillonne des embruns), l’appel aux grands mythes et livres fondateurs, et cette marque très nette du sarcasme, presque d’une gaité.
J’ai dit : « pesanteur » et « grâce ». Mais il serait plus juste de parler de mouvement rotatoire, de balancement, de dodelinement, d’ondulation. Cette poésie est instable, elle balance dans l’ironie, dans le rêve, entre la réalité contingente qui entoure la poétesse qui pourrait se rapprocher en cela de l’école « confessionnaliste », et des formes originales, ou des signes venant de la culture classique, mordues par de constantes antiphrases. L’écrivaine vaque dans son langage avec agilité.