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Les Livres

Le Devoir de violence, Yambo Ouologuem, par Fedwa Ghanima Bouzit

Ecrit par Fedwa Ghanima Bouzit , le Mardi, 16 Octobre 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Afrique, Roman, Seuil

Le Devoir de violence, mai 2018, 304 pages, 19 € . Ecrivain(s): Yambo Ouologuem Edition: Seuil

La malédiction est enfin levée sur Le Devoir de violence de Yambo Ouologuem

La première fois que je lisais Yambo Ouologuem, c’était une retranscription d’un entretien où il tente d’expliquer son processus d’écriture : « Je crois que la plume est à l’écrivain ce qu’est à l’aveugle son bâton. C’est-à-dire qu’un objet inerte devient un instrument opératoire dans lequel vient se loger la sensibilité qui s’y prolonge. De même que l’aveugle qui marche à tâtons sait où il va, en gros, dans son idée, mais ne sait pas les embûches qu’il va trouver. De même, je pense qu’il y a une loi de l’écriture qui fait que l’on sent confusément en soi des zones de ténèbres épaisses que l’on voudrait, non pas élucider, mais pénétrer, à travers lesquelles on voudrait se frayer une voie… ».

Intriguée par son approche à l’écriture, je voulais immédiatement le lire. Seulement, impossible de le trouver en librairie alors. Je peux enfin le lire en cette année 2018 car son chef-d’œuvre, Le Devoir de violence, a été réédité par Le Seuil au mois de mai. C’est que ce roman et son auteur ont été frappés d’une malédiction cinquante ans durant. Avec cette réédition, nous pouvons enfin relire Le Devoir de violence et lui redonner toutes ses lettres de noblesse comme l’un des romans phares de la littérature africaine.

Les jours de silence, Phillip Lewis, par Fanny Guyomard

Ecrit par Fanny Guyomard , le Mardi, 16 Octobre 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, USA, Roman, Belfond

Les jours de silence, août 2018, trad. américain Anne-Laure Tissut, 448 pages, 22 € . Ecrivain(s): Phillip Lewis Edition: Belfond

 

Quête du père, quête de l’autre et des mots pour exprimer l’amour. Avec sa plume sensible et élégante, Phillip Lewis offre un magnifique roman qui interroge les silences de notre enfance, les questions demeurées insolubles sur nos pères impénétrables dont on cherche la reconnaissance.

Comme ces romans qui se déroulent sur plusieurs décennies, Les jours de silence convoque un puissant et tendu sentiment de nostalgie. Nous ressentons les sept années qui ont été nécessaires pour écrire ce roman, ce temps qui infuse l’écriture et qui la fait traverser plusieurs phases.

Le regard enchanté de l’enfant narrateur devient lors de son exil le récit d’une longue déchéance, d’une errance destructrice. Un déni du passé, qui ne cesse pourtant de resurgir. Car en fuyant et en s’oubliant, le narrateur ne fait que redevenir ce père alcoolique. Il devient (involontairement ?) son double, comme pour mieux le comprendre. Et dans cette quête s’exprime en filigrane l’essence ambivalente de la littérature : elle est autant force d’illusion que de désillusion.

Introduction à La Recherche du temps perdu, Bernard de Fallois, par Fabrice del Dingo

Ecrit par Fabrice del Dingo , le Mardi, 16 Octobre 2018. , dans Les Livres, Les Chroniques, La Une CED

Introduction à La Recherche du temps perdu, Bernard de Fallois, Editions de Fallois, août 2018, 320 pages, 18 €

Nul ne connaissait mieux l’œuvre de Proust que Bernard de Fallois. Son Introduction à La Recherche du temps perdu en est la meilleure preuve. Il parle de cette somme romanesque d’une manière passionnée, magistrale et limpide, parvenant à rendre simple et concis ce qui ne l’est pas toujours. Et, surtout, il donne furieusement envie de déguster, ou de relire, les sept volumes qui la composent.

L’auteur évacue en quelques pages la biographie de Proust ; rien ne sert de connaître la vie d’un écrivain pour apprécier et comprendre son œuvre car « les vrais livres sont les enfants du silence et de la nuit » et « l’homme qui écrit, peint ou compose n’est pas celui qui dîne en ville, bavarde avec des amis, leur envoie des lettres ou leur fait des confidences ».

Du côté de chez Swann reçut un accueil tiède et décontenança ses lecteurs. Ce premier volume comporte pourtant le volet le plus célèbre de La Recherche, Un amour de Swann, « un Proust en réduction, un Proust pour ceux qui n’ont pas le temps de lire Proust. (…). Nous rions de Mme Verdurin et de ses fidèles, nous souffrons avec ce pauvre Swann, nous sourions de sa naïveté en le voyant souffrir pour Odette car il est le seul à ne pas avoir compris qu’elle était une demi-mondaine ».

Faune et flore du dedans, Blandine Fauré, par Sandrine Ferron-Veillard

Ecrit par Sandrine Ferron-Veillard , le Lundi, 15 Octobre 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Roman, Editions Arléa

Faune et flore du dedans, août 2018, 220 pages, 20 € . Ecrivain(s): Blandine Fauré Edition: Editions Arléa

 

« Il faut faire de la nature un projet de droit », déclarait Michel Serres (1), ajoutant qu’il faudrait urgemment « trouver un avocat à la nature ». Trouver des remèdes. Plus de marrons, plus de fleurs, plus de merles, plus de mésanges, plus de moineaux, plus d’abeilles, plus d’insectes pour nous importuner. La Nature ne nous dérangera plus. Et ça se joue à trois ans près. Le vivant qui meurt dans nos appareils, pour nos pulsions, grâce à nos progrès. Pourtant ! Nous avions toutes les bonnes raisons d’agir ainsi. Il fallait bien pallier la peur ancestrale, n’est-ce pas, la peur matrice de nos cerveaux, réduire la dépense d’énergie pour maintenir nos existences. La vie avec une belle majuscule, quitte à tuer tout ce qui la menace directement.

La Nature.

Ne croyez donc pas que ce livre est un manifeste. Ne cherchez d’ailleurs pas de qualificatif, vous n’en trouverez point. D’une nature plutôt épiphyte. Car s’il devait être un végétal, il serait une liane.

Épiphyte, qui croît sur d’autres plantes sans en tirer sa nourriture.

Sweetie, Philippe Malone, par Marie du Crest

Ecrit par Marie du Crest , le Lundi, 15 Octobre 2018. , dans Les Livres, Critiques, La Une Livres, Théâtre, Espaces 34

Sweetie, mars 2018, 104 pages, 15,80 € . Ecrivain(s): Philippe Malone Edition: Espaces 34


Le livre et le texte

Lorsque l’on ouvre le volume dont le titre est Sweetie, et l’auteur, Ph. Malone, les habitués des éditions Espaces 34 retrouvent, comme le veut la Collection Théâtre, une première de couverture bleu nuit, une discrète illustration ou photographie dans le bas de la page. Ici une carte à jouer reine et roi de pique, toujours inquiétants à l’endroit et à l’envers. Le lecteur prend dans ses mains le petit livre et découvre alors la quatrième de couverture. Mais étrangement elle apparaît comme la première de couverture à l’envers : la carte à jouer en haut et le titre en bas. Nulle trace d’un résumé de la fable, nulle trace d’une rapide biographie de l’auteur comme d’habitude. Le livre donc se donne dans sa conception matérielle, comme un endroit, un envers, à choisir, identique par le texte, changeant seulement quand cela est nécessaire de genre, texte comme répété et retourné, deux fois dédicacé à l’ami de théâtre disparu, Emmanuel Darley.